Fribourg: Conférence de Sebastian Schief et Odilo Noti sur la politique sociale en Suisse

Un système social mis sous pression

Fribourg, 11 novembre 2011 (Apic) Dans le cadre des conférences publiques organisées par la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg sur le thème de la responsabilité chrétienne en politique, le professeur Sebastian Schief et Odilo Noti, responsable de la communication à Caritas Suisse, ont débattu jeudi soir 10 novembre de «ce qui est social dans la politique sociale en Suisse». Des analyses différentes, mais pas forcément divergentes.

Sebastian Schief, professeur de sociologie au département des sciences sociales de l’Université de Fribourg, a plaidé pour une politique sociale durable et intégrative, appelée à remplacer des solutions particulières et à court terme. En cinq thèses, il a analysé la situation actuelle des assurances sociales. Le système social suisse est mis sous pression. Différents facteurs ébranlent le système: la crise économique, le chômage, l’intégration des étrangers, la nouvelle pauvreté qui touche les jeunes, les problèmes financiers des assurances AVS et AI. Mais pour Sebastian Schief, si la politique sociale coûte cher, elle est cependant nécessaire.

Interdépendance de l’économie et du système social

La deuxième thèse affirme que le statut actuel de la politique sociale est en grande partie la conséquence des décisions politiques antérieures. Présentant des schémas de l’évolution des assurances depuis leur entrée en vigueur, le conférencier montre que les corrections apportées par les diverses révisions n’ont été que des solutions passagères.

La façon dont les personnes non actives (rentiers AVS, AI, chômeurs, etc.) peuvent vivre est fortement dépendante du cadre institutionnel et de la formation des prestations sociales au sein de la société. Telle est la troisième thèse défendue par l’universitaire.

De plus, constate-t-il, de manière générale, on n’a pas du tout pris en compte l’explosion des coûts des prestations sociales en fonction du produit national brut. Enfin, la poursuite du financement des systèmes sociaux dépend de manière cruciale du développement de la productivité économique et de la comparaison des coûts.

Pour Sebastian Schief, la protection de l’Etat devant les risques de la vie est un bien désiré par la population. Il constate que les réformes des différents systèmes sociaux ne sont pas rigoureuses ni coordonnées. Mais il insiste aussi sur le fait que, pour une véritable révision du système social, il est absolument nécessaire de tenir en compte tous les paramètres qui entrent en jeu.

Réduire la pauvreté de moitié

Odilo Noti, responsable de la communication à Caritas Suisse, demande une lutte contre la pauvreté dans un pays riche comme la Suisse. Il rappelle la campagne de Caritas, lancée en 2010, en vue de réduire de moitié la pauvreté en Suisse en 10 ans. Pour lui, la manière dont les pauvres sont traités dans un pays est révélatrice de la politique sociale d’une société. Constatant que «l’explosion des âges» entraîne un lourd tribut financier pour les générations futures, il craint que l’Etat social ne cesse de régresser au profit d’un néolibéralisme sauvage. Pour éviter l’écueil du néolibéralisme et celui du socialisme, voire du communisme, Odilo Noti revient à la conception chrétienne de la personne, dont l’autonomie et la dignité doivent à tout prix être préservées. En ce sens, il estime que chacun doit, autant que possible, assumer sa propre responsabilité, et que, lorsque cela n’est plus possible, la solidarité doit intervenir.

De nombreux facteurs entraînent des gens dans la pauvreté. Il cite les niveaux de formation, le coût des loyers, la charge fiscale, les limites physiques et psychiques, les charges entraînées par l’éducation des enfants, etc. Pour lui, il faut reconnaître que tous ont droit à l’aide sociale, à un soutien. Une authentique politique sociale est nécessaire dans tous les secteurs: travail, santé, formation, etc. Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire d’investir dans le secteur de la politique sociale, qui se fonde sur la justice, c’est-à-dire une répartition équilibrée des biens.

Note aux médias: Des images de cette conférence peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/js/bb)

11 novembre 2011 | 11:00
par webmaster@kath.ch
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