Vietnam: Libération d’un avocat dissident après 4 ans d’emprisonnement

Un témoignage précieux sur le sort des militants montagnards

Hanoï, 8 mars 2011 (Apic) L’avocat dissident, Me Nguyên Van Dai, a été libéré le 5 mars 2011, après avoir achevé une peine de quatre ans de prison. Il devra encore purger quatre années en résidence surveillée, annonce Eglises d’Asie (EDA), agence d’information des Missions étrangères de Paris, le 8 mars.

L’avocat a été condamné à l’issue d’un procès en appel, au mois de novembre 2007. Dans un entretien avec «Radio Free Asia» (émissions en vietnamien), il décrit les conditions très difficiles dans lesquelles il a vécu sa première période de détention. Il parle ensuite de son séjour dans le camp de détention de Nam Ha, où il a été transféré. Ce récit constitue un témoignage précieux sur le sort des militants montagnards arrêtés, la plupart pour des raisons religieuses, après les grandes manifestations de 2001 et 2004 sur les Hauts plateaux du Centre Vietnam.

Une même foi en Dieu

Me Nguyên Van Dai témoigne: «(…) Là, j’ai vécu avec mes frères montagnards des Hauts plateaux, condamnés pour les mêmes crimes que moi. Ils étaient tous animés par les mêmes idéaux et, chose importante, par la même foi en Dieu. Durant toute cette période où j’ai vécu avec eux, nous avons partagé la parole de Dieu ensemble. Ainsi, pendant toutes ces années, j’ai vécu heureux et épanoui auprès de mes frères des Hauts plateaux (…) Appartenant aux peuples Bahnar, Ede, Jaraï et H’mong, ils ont été arrêtés alors qu’ils participaient à des manifestations en faveur de la liberté religieuse, de la démocratie, ou encore de la restitution de terres spoliées. La plupart d’entre eux ont été arrêtés en 2001 et 2004. D’autres arrestations ont encore eu lieu, de 2006 à 2008. Quelques-uns étaient catholiques, mais la majorité était de confession protestante».

A son arrivée au centre d’internement de Nam Ha, il y avait environ 250 prisonniers montagnards. Ils n’étaient plus qu’une centaine lors de sa libération. «Ils ont été arrêtés pour trois sortes de crimes, a-t-il expliqué. Le chef d’accusation le plus souvent retenu était le «sabotage de la politique d’union nationale». Une deuxième catégorie de crime était la «fuite à l’étranger dans l’intention de s’opposer aux autorités». Le troisième crime portait le nom de «sabotage de la Sécurité». Certains détenus ont été accusés des trois crimes à la fois, d’autres ont été jugés coupables d’en avoir commis deux ou seulement l’un d’entre eux», a-t-il précisé.

Défenseur de la liberté religieuse

Agé aujourd’hui de 42 ans, l’avocat est issu d’une famille de fonctionnaires de la province de Hung Yên, au nord du Vietnam. Après ses études secondaires, il a fait un séjour en Allemagne, où il assista à la chute du mur de Berlin. De retour au pays, après des études de droit à Hanoï, il est employé dans divers cabinets juridiques. En 1997, il se fait connaître en se présentant à la députation comme candidat indépendant. Il fonde ensuite une entreprise de services et de conseil et ouvre un cabinet d’avocats «Thiên Ân».

A partir de 1999, il s’engage plus activement pour la défense de la liberté religieuse et plaide dans plusieurs procès, où sont mis en cause des pasteurs et des fidèles protestants. Il rédige et diffuse un certain nombre d’écrits, traitant des rapports des droits de l’homme avec le droit vietnamien, commentant certains points de la législation et de la constitution du Vietnam, encourageant le pluralisme, le pluripartisme et la démocratie. Il est l’un des fondateurs, en 2006, du groupe 8406 (*), militant pour l’avènement de la démocratie. Au moment de son arrestation, il est membre de plusieurs comités de défense des droits de l’homme et rédacteur pour des revues telles que «Liberté d’expression».

Le 3 mars 2007, les agents de la sécurité publique font irruption dans le bureau de l’avocat. Ils y trouvent sa collaboratrice, Me Lê Thi Công Nhân, en train d’initier des étudiants à la connaissance des droits de l’homme. Le 6 mars, Me Nguyên Van Dai et sa collaboratrice sont arrêtés.

Lors de son procès en première instance, au mois de mai 2007, l’avocat a été condamné à cinq ans de prison. Sa peine a été réduite à quatre ans par le procès en appel qui a eu lieu au mois de novembre de cette même année.

(*) Le «Bloc 8406» regroupe un ensemble de personne, partageant les mêmes idéaux de liberté et de démocratie. Il tire son nom du 8 avril 2006 (8406), date de la parution du «Manifeste pour la liberté et la démocratie au Vietnam», signé par 188 dissidents. (apic/eda/com/ggc)

8 mars 2011 | 18:01
par webmaster@kath.ch
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