Rome: Le procès des ’Vatileaks’ met en avant le rôle de la gendarmerie vaticane

Une action ambiguë?

Rome, 3 octobre 2012 (Apic) Paolo Gabriele aurait commencé très tôt à s’intéresser au travail de la gendarmerie vaticane, dont le rôle paraît trouble. C’est ce qui ressort pour l’instant du procès de l’ex-majordome du pape, accusé d’avoir volé des documents confidentiels dans l’appartement pontifical pour les transmettre à la presse.

Les gendarmes qui ont effectué la perquisition au domicile de Paolo Gabriele, le 23 mai 2012, ont dit être tombés sur des dossiers qui concernaient la franc-maçonnerie, les services secrets, l’ésotérisme, mais aussi des documents concernant leur corps de police.

L’un des gendarmes a expliqué aux juges avoir donné au majordome, à sa demande, des informations sur le fonctionnement de la gendarmerie. Tout en indiquant qu’il ne s’agissait pas de «documents secrets», il a évoqué les requêtes «continues et maladives» de Paolo Gabriele sur le sujet. De son côté, Paolo Gabriele a assuré que Mgr Georg Gänswein, le secrétaire personnel de Benoît XVI, l’avait interrogé plusieurs fois sur la Gendarmerie vaticane et qu’il lui avait confié tout ce qu’il savait.

Une gendarmerie envahissante ?

«Au début, Paolo Gabriele a commencé par recueillir des informations sur la Gendarmerie vaticane», explique à l’agence de presse I.MEDIA une source bien informée. Le majordome lui-même aurait confié à cet informateur que le corps de gendarmes prenait «trop d’importance». De fait, dès 2002, la «Vigilance» a été transformée en «gendarmerie».

Puis, au début du pontificat de Benoît XVI, la gendarmerie vaticane a cherché à prendre plus de pouvoir au sein du petit Etat. Elle a occupé des postes traditionnellement confiés à la Garde suisse pontificale, et s’est peu à peu transformée en corps militaire. Dans le même temps, le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone a pris deux gendarmes à son service personnel, un acte inédit.

Le livre «Sa Sainteté», qui a révélé un certain nombre de documents confidentiels dérobés par Paolo Gabriele, contenait en particulier un courrier relatif aux rapports entre la gendarmerie et la Garde suisse. Avant une cérémonie grandiose organisée en septembre 2011 par la gendarmerie, le commandant des Gardes suisses affirmait être à la tête du «seul corps militaire» du Vatican. Il précisait qu’il ne souhaitait pas, comme cela lui avait été demandé, qu’un peloton d’honneur de la garde soit placé «sous les ordres d’un officier de la gendarmerie».

Paolo Gabriele attaque le commandant des gendarmes

Devant les juges, Paolo Gabriele a confié qu’il avait été choqué par le «traitement peu correct» réservé à l’aumônier de la gendarmerie. Mgr Giulio Viviani a été l’un des principaux cérémoniaires du pape au sein du Bureau des célébrations liturgiques et aumônier de la Gendarmerie vaticane pendant cinq ans. De fait, l’agence de presse I.MEDIA a appris qu’il avait été renvoyé dans son diocèse d’origine durant l’été 2010.

«Il a été chassé en deux jours», confie une source vaticane. Un autre informateur précise que l’aumônier des gendarmes avait pris la défense de certains hommes contre le commandant Domenico Giani. Cet ex-membre de la Police des finances et des services secrets italiens est arrivé à la tête de la Gendarmerie vaticane en juin 2006. Domenico Giani serait ainsi allé voir le secrétaire d’Etat pour se plaindre de l’attitude de l’aumônier.

Après son retour dans son diocèse, Mgr Viviani a reconnu, à propos de son service au Vatican, quelques «erreurs liées à son tempérament».

Mauvais traitements infligés au majordome?

Fort de ce contexte, on peut imaginer que la détention de Paolo Gabriele dans les locaux de la Gendarmerie vaticane a été délicate. Dès le début du procès, son avocate a évoqué les «pressions psychologiques» subies par son client. Elle a porté plainte pour «mauvais traitement».

Le tribunal a immédiatement ouvert une enquête. Tout aussi immédiatement, la Gendarmerie vaticane a assuré que les conditions de détention du majordome étaient conformes aux standards «prévus dans d’autres pays», sans pour autant préciser lesquels. Devant le tribunal, un gendarme a cependant assuré que Paolo Gabriele l’avait remercié pour le «bon traitement» qu’il avait reçu. Toujours est-il que, lors de la première audience, le tribunal a accepté de retirer de la procédure les deux interrogatoires préliminaires réalisés par le commandant Domenico Giani en l’absence de ses avocats au début de la détention.

Différend sur le début des forfaits

Interrogé par le président du Tribunal de l’Etat de la Cité du Vatican, Paolo Gabriele a dit avoir commencé à recueillir des documents confidentiels, courant 2011, dans le cadre de «l’affaire Vigano». Mgr Carlo Marie Vigano ancien ’numéro deux’ des services administratifs du Vatican, s’était plaint, dans une correspondance à ses supérieurs, dont le pape, de la soi-disant «corruption» et de «malversations» dans la gestion du patrimoine du Saint-Siège. Le pape lui a ensuite confié un poste de grande responsabilité, celle de nonce apostolique à Washington, fin 2011.

Mais le secrétaire particulier du pape, Mgr Georg Gänswein, a assuré lors de sa comparution avoir vu dans la masse de matériel perquisitionné au domicile du majordome, des documents confidentiels remontant à 2006.

Qui manipule Benoît XVI?

S’il plaide non coupable de vol, Paolo Gabriele s’est déjà dit coupable d’avoir «trahi» la confiance du pape. Il semblerait que ce serviteur pieux, un homme apparemment ingénu, ait cru bien faire. Il ne s’est en tout cas pas gêné pour photocopier certains documents sous les yeux des deux secrétaires du pape.

Paolo Gabriele a confié s’être «laissé guider par son instinct», face à une situation au Vatican qui devenait «insupportable». Devant les juges, il a confié avoir peu à peu acquis la conviction, en vivant pendant six ans au contact du pape, «qu’il était facile de manipuler une personne qui a entre ses mains un pouvoir aussi énorme». Qui manipulerait donc Benoît XVI?

Quelques questions demeurent… Paolo Gabriele se serait-il vu confier par le secrétaire du pape, Mgr Gänswein, une mission d’enquête sur la Gendarmerie et sa croissante prise de pouvoir au Vatican ? S’est-il de lui-même senti investi d’une mission qui serait devenue par la suite trop lourde et trop embarrassante ? Il n’est pas impossible que le mystère reste finalement irrésolu. (apic/imedia/ami/rz)

3 octobre 2012 | 17:00
par webmaster@kath.ch
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