Kirghizstan: Mise en garde contre la propagation de la violence
Une agence chrétienne avertit
Genève/Och, 15 juin (Apic) Si le pire conflit qu’ait connu le Kirghizstan depuis la révolution d’avril dernier reste pour le moment confiné autour de la ville d’Och, dans le sud du pays, l’agence internationale de secours et de développement Alliance ACT met en garde contre une propagation des combats.
Tatiana Kotova, du Forum Asie centrale d’ACT a, depuis la capitale Bichkek, affirmé à l’Alliance ACT à Genève qu’il n’est pas impossible que les violences ethniques entre Kirghizes et Ouzbeks se propagent à toute l’Asie centrale, une région du monde souvent oubliée.
«Il est important d’encourager les fragiles procédés démocratiques, non seulement au Kirghizstan, mais aussi dans les pays voisins d’Asie centrale», a déclaré Tatiana Kotova. «Le risque d’une propagation du conflit est élevé, et des répercussions à l’échelle de la planète ne sont pas à écarter.»
Au 15 juin, le bilan des victimes établi par les autorités kirghizes était de 138. Le New York Times avait cependant indiqué la veille que, selon Pierre-Emmanuel Ducruet, un porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les inspections de morgues à Och laissaient penser que plus de 700 personnes ont été tuées rien que dans cette ville. Il a ajouté que «pas moins de 3’000» personnes sont en attente d’une aide médicale, essentiellement pour des blessures par balles.
Les récentes violences ont eu lieu en particulier dans la vallée de Ferghana, une région fertile où sont situées Och et Jalal-Abad. Cette région appartenait autrefois à un seul seigneur féodal, mais le dictateur Joseph Staline l’a divisée entre l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan, toutes trois d’anciennes républiques soviétiques.
Toute é’Asie centrale menacée par des querelles religieuses
Environ 75% de la population kirghize est musulmane sunnite, tandis que 20% de la population fait partie de l’Eglise orthodoxe russe.
En 1990, des centaines de personnes ont trouvé la mort lors du différend territorial qui a opposé Kirghizes et Ouzbeks à Och, jusqu’à ce qu’un déploiement de troupes soviétiques permette un retour à l’ordre.
Och est le fief de l’ancien président en exil Kurmanbek Bakiyev, dont le gouvernement a été renversé en avril. Les récentes violences menacent de faire échouer le référendum sur le projet de constitution, prévu pour la fin juin, car les gens sont moins susceptibles d’y participer. Le gouvernement intérimaire a déclaré l’état d’urgence dans quatre régions du sud.
«Hier, personne ne s’attendait à cela. Nous avons été pris au dépourvu», a déclaré Tatiana Kotova. «Bishkek [dans le nord du pays] semble paisible pour le moment mais les gens ont très peur dans une situation aussi instable. Je m’inquiète de ce que la nuit nous réserve.»
Les membres d’ACT dans la région doivent décider au cours de la semaine s’ils vont garder leurs bureaux ouverts.
Les principales composantes ethniques des 5,3 millions d’habitants du Kirghizstan sont les Kirghizes (69,9%), les Ouzbeks (14,5%), et les Russes (8,4%). Dans le sud, les Ouzbeks représentent environ 40% du million d’habitants de la région de Jalal-Abad et près de 50% de la région voisine d’Och, selon l’agence de presse Reuters.
Le Forum Asie central d’ACT est constitué de DanChurchAid, de l’Organisation inter-Eglises de coopération au développement (ICCO) et de Christian Aid, qui travaillent toutes en coopération les unes avec les autres. Leurs bureaux se trouvent à Bichkek et à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. (apic/eni/js)



