Centrafrique: L'arrestation d'un pasteur éminent renforce les craintes des chrétiens
Une arrestation ordonnée par le président lui-même?
Bangui, 16 août 2013 (Apic) Le 6 août 2013, le pasteur Nicolas Guerékoyamé, président de l’Alliance évangélique de République Centre Africaine (RCA), a été arrêté, selon des médias du pays. Il aurait été incarcéré suite à des déclarations anti-gouvernement lors d’un sermon prononcé le 4 août dans la capitale Bangui. Une source de l’association de défense des chrétiens «Portes ouvertes» rapporte, le 16 août 2013, que le président musulman Michel Djotodia aurait lui-même ordonné l’interpellation de l’ecclésiastique.
D’après une source centrafricaine de «Portes ouvertes» ayant requis l’anonymat, l’arrestation sanctionnait en réalité la publication d’un article laissant entendre que les citoyens de la RCA étaient traités comme des esclaves. Dans l’édition de juillet du journal «Le Démocrate», le pasteur avait appelé la RCA «une nouvelle Gorée». L’île de Gorée, au large du Sénégal, était au XIXe siècle une plaque tournante du trafic des esclaves. Le pasteur avait également reproché au gouvernement de ne rien faire contre la vague de pillages, de viols et de meurtres qui accable le pays.
Les autorités centrafricaines ont qualifié les propos de Nicolas Guerékoyamé d’»excessifs et extrémistes», affirmant qu’ils «portaient atteinte à la dignité du chef de l’Etat et des institutions de transition».
Le président voudrait mettre en place un Etat islamique
Nicolas Guerékoyamé est membre du Conseil national de transition, un parlement provisoire mis en place après le putsch de mars, lorsque les rebelles armés de la coalition Séléka ont renversé le régime du président François Bozizé.
D’après la source de «Portes ouvertes», il est clair que l’ordre d’arrêter le pasteur émane du président actuel, Michel Djotodia lui-même.
Dans une lettre révélée en mai par l’ONG de défense des droits de l’homme «World Watch Monitor», Djotodia déclarait vouloir faire de la RCA une république islamique. Il s’y présentait en défenseur de l’islam et demandait le soutien de ses «frères» [musulmans, ndr].
En juillet, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) estimait à plus de 400 le nombre de meurtres commis par des éléments de la Séléka depuis qu’ils se sont emparés du pouvoir.
Massacres à l’ouest
Début août, le diocèse de Bouar, dans l’ouest de la RCA, a été le théâtre de violentes exactions et de massacres commis par les rebelles de la Séléka, relate par ailleurs l’œuvre d’entraide chrétienne Aide à l’Eglise en Détresse (AED). Les habitants d’au moins 14 villages se sont enfuis, a déclaré à l’AED le Père Aurelio Gazzera, un Carme de Bozoum. Le week-end dernier, plus de 970 réfugiés seraient arrivés rien que dans sa mission. (apic/com/rz)



