"Je vous imagine main dans la main...", paroles de la chanson de Véronique Julier | Alexia / Pixabay / CC0 Content
Dossier

Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans

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Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l’incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée dans le cadre de différentes célébrations.

«Jeune, j’ai vécu deux ans à Crans, en tant que monitrice de ski, juste au-dessus du bar Constellation, raconte-t-elle à cath.ch. J’y ai passé beaucoup de belles soirées avec des amis.» Ce drame, «pour lequel il n’y a pas de mots», la bouleverse d’autant plus fortement.

Engagée dans l’Église réformée et musicienne – Véronique Julier joue dans un groupe de louange et fait de la batterie – elle ressent aussitôt le besoin de composer une chanson qui puisse être utilisée lors des différentes cérémonies d’hommages aux victimes. Mais pas seulement. Elle veut, plus largement, «toucher aussi les cœurs des gens qui se tiennent en dehors des Églises», apporter sa pierre au vaste mouvement de solidarité qui traverse le pays, «pour faire du bien en cette semaine où il y a beaucoup d’émotions».

Une chanson pour les jeunes

Membre de l’aumônerie œcuménique des prisons du canton de Vaud, active auprès des femmes de La Tulière, à Lonay, des détenues souvent très jeunes, elle a l’habitude de chercher des musiques qui puissent toucher les jeunes.«Je n’ai volontairement pas écrit des paroles religieuses et j’ai cherché des tonalités modernes, pour que tout le monde puisse s’approprier ce chant. Nos musiques liturgiques habituelles, l’orgue notamment qu’on entend beaucoup lors des services funèbres, ne sont pas nécessairement appropriés à la sensibilité des jeunes.»

C’est dans la nuit du 5 au 6 janvier que Véronique Julier finalise sa chanson. «Je voulais, au départ, mettre mon texte en musique avec des amis musiciens. Mais le timing était trop serré.» L’animatrice d’Église a donc composé la mélodie grâce au logiciel informatique suno, et posé les voix à partir de samples.

«Vous dansez encore…»

Quelques notes simples et douces, puis une voix grave masculine, «en harmonie avec ce moment si grave», proche de celle de l’artiste français Grand Corps Malade, slame le texte poétique: «C’était une nuit à part, celée dans le calendrier. Un îlot d’insouciance au milieu des heures serrées…»

Puis s’élève le refrain, fredonné cette fois par une autre voix d’homme: «Mais je vous imagine main dans la main, passant la porte du ciel sans vous lâcher. Vous dansez encore au-dessus du chagrin, dans une lumière douce où rien ne peut brûler.»

L’objectif de ce chant, intitulé Vous dansez encore…, est d’offrir aux personnes endeuillées un peu de douceur et de lumière en ce temps chargé d’émotion, avant que la colère et la recherche des responsables n’envahisse tout l’espace public.

«Je me suis néanmoins demandée si cette chanson ne venait pas trop tôt dans le processus de deuil. En même temps, je me suis dit que c’était maintenant qu’elle serait le plus utile, pour accompagner les célébrations, pour soigner les cœurs.»

Une initiative bien reçue

Par l’entremise d’amis, Véronique Julier a pu envoyer ce chant à la maman d’une des victimes de l’incendie et recueillir son avis. Cette mère endeuillée l’écoute, alors qu’elle est à la morgue avec la famille d’une autre victime. «Elle m’a envoyé un message audio pour me dire qu’ils ont tous été bouleversés, que c’était magnifique. ›C’est un hymne pour nos enfants décédés, ça nous aide, ça nous entraîne vers la lumière’, elle a ajouté.»

Encouragée dans sa démarche, l’aumônière a donc partagé ce chant sur les réseaux sociaux et avec ses collègues. Plusieurs d’entre eux ont déjà décidé de l’utiliser lors de services funèbres ou des temps d’hommage, notamment ceux prévus le 9 janvier. La chanson a déjà été utilisée à diverses occasions, à la fin d’une session d’un conseil communal, par exemple, et au gymnase de Burier, à La Tour-de-Peilz. (cath.ch/lb)

Un chant à entendre ici sur Youtube.

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