Une «chasse aux bandits» dans le but de «nettoyer» la capitale

Kinshasa: La police accusée d’exécuter des enfants des rues

Kinshasa, 6 décembre 2013 (Apic) Près de 30’000 enfants et jeunes de moins de 18 ans vivent dans la rue en République démocratique du Congo (RDC), en majorité dans la capitale Kinshasa. De plus en plus de filles sont dans ce cas, dont beaucoup n’ont d’autre choix que de se prostituer, parfois à tout juste 10 ans. Certains de ces «shegués» ont été exécutés froidement par les policiers ces dernières semaines.

Depuis que la Police nationale de RDC a lancé l’»Opération Likofi» (Coup de poing, en lingala) pour éradiquer le phénomène des «Kuluna» – ces enfants des rues qui vivent en bandes et sèment l’insécurité dans la ville – le nombre d’exécutions extrajudiciaires ne fait qu’augmenter. Des agences de l’ONU comme l’Agence des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et la Mission onusienne au Congo (MONUSCO) s’inquiètent des dérapages possibles. Les organisations qui accueillent ces enfants, lancent, elles aussi, un cri d’alarme face aux dérapages de cette «chasse aux bandits» à Kinshasa.

Sur place, cette opération prévue à Kinshasa du 15 novembre 2013 au 15 février 2014, est soutenue par une grande partie de la population. «Honnis soient, ceux qui prennent la défense des ‘Kuluna’, comme si ces bandits sont les seuls à qui reconnaître le droit à la vie, et pas à leurs victimes. On meurt comme on a vécu», peut-on lire sur des sites internet de la RDC.

Depuis deux semaines, sur ordre du président Kabila de «nettoyer» la capitale, la police s’en prend sans ménagements aux gangs de jeunes désœuvrés de plus en plus nombreux dans les rues. Sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, certains saccagent, volent, tuent à coups de machette, semant la terreur dans la ville.

«Bain de sang» tous les jours à la morgue de Kinshasa

Les membres d’une communauté chrétienne racontent que, lors d’une rafle dans leur paroisse, la nuit, les garçons et les hommes qui dormaient là avaient été séparés des femmes avant de se voir mitrailler. Sans autre forme de procès. Ils ont aussi vu deux jeunes abattus. «Un policier s’est assis sur une chaise au-dessus de l’un d’eux, encore secoué de convulsions», écrit la journaliste belge Béatrice Petit, sur le site internet des médias catholiques belges «info.catho.be». «Lors de notre conversation, le téléphone sonne: ‘Le dossier du jeune dont vous vous souciez est vierge. Vous pouvez venir le reprendre, à condition de payer 500 dollars’».

L’aumônier d’un grand hôpital kinois parle de «bain de sang» tous les jours à la morgue. «Le pire, c’est que la population, lassée des exactions, approuve pareilles exécutions extrajudiciaires, qui constituent à tout le moins un déni de justice». La MONUSCO et l’UNICEF rappellent que «l’Etat doit en toute circonstance faire respecter les droits humains, et assurer que les enfants bénéficient d’une protection particulière, selon la loi congolaise et les traités et conventions internationales».

Le gouvernement parle de «rumeurs» non vérifiées

«Une aide à la réinsertion sociale serait plus constructive», ajoute un observateur. En attendant, ceux qui accueillent des enfants jetés hors de la case familiale par la misère, comptent anxieusement leurs chérubins tous les soirs, tandis que les «Kuluna» se coupent les cheveux pour fuir discrètement, poursuit la journaliste Béatrice Petit. Profondément choquée, la représentante de l’UNICEF à Kinshasa est venue elle-même sensibiliser les journalistes présents à une réception donnée par l’ambassade de Belgique.

La presse parlait la semaine dernière d’une vingtaine de jeunes victimes d’exécutions extrajudiciaires, dont douze enfants. Interpellé, le gouvernement congolais rejette les allégations de l’UNICEF quant aux méthodes employées pour venir à bout des bandes de délinquants de rue, et parle de «rumeurs». (apic/cathobe/com/be)

6 décembre 2013 | 15:10
par webmaster@kath.ch
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