Bangladesh: Un prédicateur islamiste condamné à mort pour crimes de guerre
Une cour controversée
Dacca, 23 janvier 2013 (Apic) Le prédicateur bangladais et chef du parti islamiste «Jamaat-e-Islami», Abul Kalam Azad, a été condamné à mort par contumace le 21 janvier 2013. Il a été déclaré responsable de la mort de trois millions de personnes et du viol de 200’000 femmes. Le tribunal «international» instauré à Dacca pour juger les crimes de la guerre d’indépendance du Bangladesh de 1971 est controversé.
Le jugement a été rendu en l’absence de l’accusé, qui a fui au Pakistan en avril 2012, rapporte le 23 janvier «Eglises d’Asie» (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.
C’est le premier verdict rendu par les deux cours spéciales de justice (ITC) mises en place depuis 2010 par le gouvernement pour juger les crimes commis durant le conflit de 1971 avec le Pakistan.
Lors de cette guerre, qui aurait fait plus de trois millions de morts, le parti fondamentaliste «Jamaat-e-Islami» avait mené une répression sanglante contre les partisans de l’indépendance.
Le «Jamaat», qui est aujourd’hui le parti religieux d’opposition le plus important du pays, a qualifié cette cour spéciale de «mascarade» et accusé le Premier ministre de l’utiliser pour se débarrasser de ses opposants.
«Internationalité» usurpée
La suspicion concernant le déroulement des procès menés par l’ITC de Dacca est également partagée par de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme. C’est le cas de l’ONG «Human Rights Watch», qui a fait part de ses doutes concernant l’application des normes du droit international au sein du tribunal. La cour s’est en fait approprié le titre d’»internationale» sans aucune légitimité des Nations Unies.
Un juge présidant un autre tribunal a démissionné le mois dernier après que le magazine britannique «The Economist» ait divulgué les enregistrements de ses conversations avec un avocat bangladais résidant en Belgique. Ces échanges semblaient indiquer que le gouvernement faisait pression sur la Cour spéciale afin qu’elle rende des verdicts rapides et selon sa convenance.
«Il est vrai que ce tribunal est controversé, mais le procès d’Azad a été mené avec justice», a déclaré le 21 janvier à l’agence d’information catholique «Ucanews», Rosaline Costa, une avocate catholique et militante des droits de l’homme.
1’175 personnes soupçonnées de crime de guerre
Abul Kalam Azad, 63 ans, est l’un des principaux leaders du Jamaat-e-Islami et un «maulana» (prédicateur) réputé qui a présenté pendant de nombreuses années des prêches très suivis à la télévision.
Il a été déclaré coupable de sept chefs d’accusation sur huit, dont le génocide, le meurtre, le viol, le rapt et le pillage.
Onze autres personnes accusées de crimes de guerre attendent leur procès. L’enquête menée par le gouvernement aurait identifié 1’175 personnes. Parmi eux des généraux pakistanais et des islamistes alliés d’Islamabad à l’époque, qui se seraient rendus coupables de divers crimes durant la guerre de 1971.
Lors de la partition de l’Inde en 1947, le Pakistan s’est retrouvé constitué de deux régions réparties de chaque côté de l’Inde. Rapidement, les Bengalais du Pakistan oriental se sont rebellé contre la domination du Pakistan occidental, demandant l’autonomie. Après une répression sanglante par le Pakistan et une guerre de plusieurs mois, le Bangladesh accède à l’indépendance en 1971. (apic/eda/rz)



