Brésil: La présidente Dilma Roussef met un veto partiel sur le Nouveau Code Forestier

Une décision qui satisfait et… inquiète

Brasilia, 28 mai 2012 (Apic) Après un mois de tergiversation, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a finalement apposé, le 26 mai 2012, son véto partiel sur le Nouveau Code Forestier. Cette loi votée il y a un mois par l’Assemblée nationale ouvrait la voie à davantage de déforestation. Cette décision, dont les détails n’ont pas été précisés, satisfait en partie la Conférence épiscopale mais déçoit de nombreuses organisations de défense de l’environnement.

Le texte, adopté par les députés le 25 avril, modifiait le code forestier de 1965. Il obligeait notamment les propriétaires terriens à conserver intacte une partie des forêts (jusqu’à 80% suivant les Etats, ndlr) et à reboiser certaines parcelles. Par exemple, les zones en bordure de fleuves, les sommets et les coteaux des collines, dont le boisement est vital pour lutter contre l’érosion, étaient protégés.

Une première version du Nouveau Code Forestier avait été adoptée par le Sénat, le 24 mai 2011. Mais la «Bancada Ruralista», coalition de partis soutenus par les grands propriétaires terriens présents au gouvernement et bien implantés à l’Assemblée nationale, avait considérablement durci le texte, les dégageant de nombre d’obligations de conservation et de reboisement. Parmi les articles les plus polémiques figuraient notamment une amnistie générale pour les «crimes environnementaux» (en particulier la coupe illégale d’arbres, ndlr), l’autorisation de l’installation de fermes dans les zones défrichées avant juillet 2008, et la fin partielle de l’obligation de reboiser les zones de déforestation, notamment en bordure de fleuve, dans des zones de protection permanentes (APP).

«Ce veto est une respiration»

L’annonce du veto, lors d’une conférence de presse à laquelle la présidente était absente, a été perçue de manière différente. Pour la Conférence épiscopale du Brésil (CNBB), cette décision est plutôt une satisfaction. «Cela fait déjà longtemps que nous affirmions que le texte voté par les députés était tragique et négatif, a déclaré Mgr Pedro Luiz Stringuini, évêque de Franca, dans l’état de São Paulo, et membre de la Commission épiscopale Pastorale pour la Charité, la Justice et la paix, lors de la réunion des représentants d’entités composant le Forum Changements Climatiques et Justice Sociale, les 24 et 25 mai. Nous recevons donc cette décision avec soulagement et joie. La victoire n’est certes pas totale, mais ce veto partiel permet au moins de rejeter les points les plus nocifs pour la question de l’environnement au Brésil. En tout cas, c’est une respiration pour continuer notre travail de mobilisation, de prise de conscience et de participation du peuple.»

Absence de précisions

Côté société civile en revanche, la réaction a été moins nuancée. «La société brésilienne et mondiale se rend compte que le Brésil continue à jouer avec le futur de ses forêts, a déclaré Maria Cecilia Wey de Brito, chargée du dossier au sein de WWF-Brésil. Ce veto partiel va à l’encontre des appels de la majorité de la société.»

Marcio Astrini, le coordinateur des campagnes de Greenpeace pour le Brésil, a dénoncé le manque de détails concernant le contenu du veto. «Dilma Rousseff a décidé de poser son veto sur 12 articles et de faire 32 modifications au texte, a-t-il expliqué. Mais ces altérations n’ont pas été précisées et ne seront divulguées que lors de la publication du texte final au Journal officiel, cette semaine.»

Flexibilité de la protection des forêts

Parmi les rares informations qui ont filtré, il apparaît que les contraintes de reboisement au bord des cours d’eau seront plus importantes que celles prévues par le texte adopté il y a un mois. «Mais le gouvernement n’a présenté aucune base technique pour définir ces règles», a regretté le responsable de Greenpeace.

Face à cette absence de précisions sur le remaniement du texte par la présidente, les organisations ont exprimé leurs préoccupations contre «la flexibilité de la protection et de la récupération de zones déboisées.» Une stratégie qui laisse un goût amer. «Ce veto partiel intervient quelques jours seulement avant le Sommet de la Terre qui va se tenir, en juin prochain, à Rio de Janeiro (»Rio+20»), a rappelé Raul do Vale, responsable de l’Institut Socio Environnemental (ISA), l’une des ONG les plus respectées du Brésil. Dilma Rousseff va tenter de faire en sorte que le Brésil soit vu comme le pays qui a mis son veto sur les points les plus sensibles en ce qui concerne la protection des forêts du pays.» Une image flatteuse que la société civile entend bien dénoncer. (apic/jcg/ggc)

28 mai 2012 | 16:32
par webmaster@kath.ch
Partagez!