Série Apic: prêtres et religieuses au passé intéressant (IV) Lausanne: Soeur Isabelle Donegani, ancienne basketteuse de ligue nationale A
Une équipe de basket fonctionne un peu comme une communauté religieuse
Lausanne, 1er février 2012 (Apic) Avant de devenir religieuse, dans la communauté des Sœurs de Saint Maurice, Isabelle Donegani a joué de nombreuses années au basketball, en ligue B à Vouvry puis en ligue A à Fribourg. Pour l’Apic, elle a accepté de se replonger dans ce passé qui lui semble si lointain. «Pour s’épanouir, il faut donner le meilleur de soi-même, pour l’équipe», affirme-t-elle. Tout comme dans une communauté religieuse.
La jeune Isabelle Donegani a commencé à jouer au basket à Vouvry, un village de 3’600 habitants situé dans le Chablais valaisan, entre Monthey et Le Bouveret. C’est son professeur de gymnastique au CO qui lui a donné ce goût. «Il avait senti qu’un potentiel existait chez plusieurs filles de ma classe et il a lancé une équipe féminine, formée d’adolescentes», se rappelle la religieuse, rencontrée dans son bureau, à la rue des Mouettes à Lausanne. Puis l’équipe a eu quelques renforts, de bons entraîneurs, et a brillé au niveau cantonal, dans la ligue valaisanne. «Ce qui n’est pas rien pour un petit village», commente Sr Isabelle. La formation de Vouvry a même gravi tous les échelons pour atteindre, le temps d’une saison (77-78), la ligue nationale B.
Une «fine gâchette»
«J’étais dotée d’une bonne vision du jeu et j’étais connue comme une ’fine gâchette’, surtout à l’époque où j’ai joué à Vouvry. Je parvenais parfois à marquer un panier depuis le milieu du terrain», se rappelle-t-elle. En Valais, son talent n’était pas passé inaperçu: elle a été sélectionnée pour des camps d’entraînement avec l’équipe suisse des juniores, à Leysin, sans toutefois jouer de matchs internationaux. Durant la saison 77-78, elle a marqué 15,5 points par match, ce qui faisait d’elle la 4e ou 5e marqueuse de ligue B, et avait une réussite de 52,7% aux lancers francs (7e de ligue B), comme l’attestent des coupures de journaux, qui figurent parmi les rares souvenirs de l’époque conservés par la religieuse.
Isabelle Donegani a joué en ligue A à son arrivée à Fribourg, où elle a étudié la théologie à l’Université en 1981. L’équipe, issue de Fribourg-Olympic, venait de changer de club et s’appelait City-Fribourg. Mais la jeune joueuse ne garde pas des souvenirs sportifs impérissables de cette époque. Elle a l’impression que ses meilleures années étaient déjà derrière elle. «Je ne sais d’ailleurs plus combien de temps j’ai joué en ligue A. Peut-être 2 ans? J’avais mis mon enthousiasme ailleurs, dans mes études». Car si elle a plutôt bien joué au début, elle a ensuite douté d’elle-même, pour finalement prendre ses distances avec le milieu du basket.
Travail d’équipe, continuité, persévérance, partage
Ce qui lui plaisait dans ce sport? «Le travail d’équipe, la continuité, la persévérance, le partage, la circulation du ballon. On part à l’attaque ensemble, on défend ensemble et on recommence. Jusqu’à la fin», affirme-t-elle. «A l’entraînement, il faut répéter inlassablement des systèmes d’attaque, ce qui donne au jeu un aspect architectural». Et durant un match, il faut traverser une défense pour atteindre ensemble le panier. Et chaque fois recommencer. Isabelle Donegani appréciait ce mouvement incessant de flux et de reflux: attaque – défense, … Et elle ne faisait jamais de fautes. «Ou alors très rarement».
Le fonctionnement d’une équipe de basket n’est finalement pas si différent de celui d’une communauté religieuse: «On apprend à vivre avec les particularités de chacune. Pour s’épanouir, il faut donner le meilleur de soi-même, pour l’équipe».
Depuis 2006, Sr Isabelle œuvre «dans l’ombre» à l’ABC (l’Association Biblique Catholique de Suisse Romande), en vue de promouvoir la lecture de la Bible, dans le cadre de groupes de partage. «C’est comme au basket. Ca se pratique en équipe. L’apport de chacune et chacun est important. La lecture biblique est comme un terrain de jeu. Elle nécessite de l’écoute, du respect, un esprit constructif.»
«En repensant actuellement à toute cette période, ça m’a donné envie de rejouer», affirme-t-elle. Ce qu’elle a d’ailleurs fait il y a 6 ans, lors d’une rencontre des anciennes de Vouvry. «C’était sympathique, mais douloureux». Malgré un bon échauffement, plusieurs ont dû quitter le terrain sur blessure, même en jouant pour le plaisir. «Je me suis aperçu que le basket était un sport dangereux pour les articulations, et qu’on n’improvisait pas un certain niveau de sport!».
Sr Isabelle suit encore un peu l’évolution du sport en Valais, mais avec indifférence. Avec distance. Elle a complètement perdu contact avec le monde du sport et n’a même pas remarqué que l’équipe des filles de Fribourg, qui a pris le nom d’Elfic, a été championne suisse l’an dernier.
Encadré:
Il y a une vie après le sport!
Après ses études de théologie et sa carrière sportive, Isabelle Donegani entre le 12 avril 1987, jour des Rameaux, dans la communauté des Sœurs de Saint Maurice, qui a sa Maison Mère à La Pelouse à Bex. La communauté compte actuellement 55 religieuses en Suisse (elles étaient 120 lorsque Isabelle Donegani l’a rejointe) et 55 à Madagascar.
Après ses premiers vœux temporaires, prononcés en novembre 1989, elle retourne à Fribourg où elle devient assistante du Père Grégoire Rouiller tout en préparant son doctorat en théologie, qu’elle obtient en 1995. Elle retourne alors à Bex. «C’était une période difficile avec le projet de Maison de la Famille à Vérolliez, qui a fermé ses portes depuis. Mais j’étais contente de faire de la pastorale familiale, autre chose que de la théologie». Elle était également responsable diocésaine de la formation FAME en Valais, à mi-temps.
Puis, elle est retournée dans son domaine de prédilection, la recherche dans le domaine biblique, grâce à ses contacts avec Jean Delorme. Elle a ensuite, dès 2006, participé à l’équipe d’animation de l’ABC (l’Association Biblique Catholique de Suisse Romande), formée de 14 personnes, reprenant avec d’autres le flambeau de la théologienne Marie-Christine Varone. Depuis 7 ans, elle consacre un petit pourcentage de son temps à l’ABC et collabore à sa revue, Ecritures.
Depuis février 2011, au moment même où par ailleurs le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg projetait le lancement d’une «Année Marc» de lecture de l’Evangile à la maison, Sr Isabelle a été engagée pour un ministère au service de la Parole et de la vie spirituelle, avec des projets d’accompagnement des personnes à la prière avec la Bible: «Prier avec les Ecritures». Elle est ainsi engagée à 70% par l’Eglise catholique en Pays de Vaud et elle garde 30% pour sa communauté et ses autres engagements.
Note aux médias: Des photos de Sr Isabelle peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/bb)



