«Une extrême gravité»
Rome: Le Saint-Siège met en garde contre la crédibilité des documents confidentiels publiés par WikiLeaks
Rome, 12 décembre 2010 (Apic) Le Vatican a mis en garde, le 11 décembre, contre la crédibilité des informations divulguées par le site Internet WikiLeaks, après la publication par le quotidien britannique «The Guardian» d’une note diplomatique américaine mettant en cause son attitude dans une affaire de pédophilie. Dans un communiqué de son Bureau de presse, le Saint-Siège a jugé cette publication d’une «extrême gravité» et souligné que la «crédibilité» de ces télégrammes devait être considérée «avec réserve et avec beaucoup de prudence et qu’ils ne pouvaient être considérés comme une expression du Saint-Siège», rapporte l’agence I.MEDIA.
Dans son communiqué, le Vatican refuse «d’entrer dans l’appréciation de l’extrême gravité de la publication d’une grande quantité de documents réservés et confidentiels et de ses possibles conséquences». Le Bureau de presse du Saint-Siège remarque qu’une partie des documents rendus récemment publics par WikiLeaks concerne des rapports envoyés au département d’Etat américain par l’ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège.
Selon un télégramme de l’ambassade américaine à Rome, daté du 26 février dernier et publié le 11 décembre par le quotidien anglais «The Guardian», les demandes d’information de la commission Murphy, chargée d’enquêter sur les affaires de pédophilie en Irlande, «ont offensé beaucoup de gens au Vatican (…), car ils y voyaient un affront à la souveraineté du Vatican». La commission Murphy a écrit directement à des responsables du Vatican sans passer par la voie diplomatique. Cette procédure a entraîné la colère du Saint-Siège, qui reprochait au gouvernement irlandais de ne pas avoir exigé de la commission qu’elle respecte les procédures de demande d’informations au Vatican. «The Guardian» relève encore que l’ambassadeur irlandais au Vatican, Noel Fahey, a décrit cette période comme «la crise la plus difficile à gérer qu’il ait connue».
Diffusion condamnée par les USA
«Naturellement, de tels rapports reflètent les perceptions et les opinions de ceux qui les ont écrits et ne peuvent être considérés ni comme l’expression du Saint-Siège, ni comme des citations précises des paroles de ses responsables», poursuit le communiqué du Saint-Siège. «Leur crédibilité doit donc être considérée avec réserve et avec beaucoup de prudence, tenant compte de cette circonstance», conclut-il.
Dans une note officielle rapportée par Radio Vatican, l’ambassadeur américain près le Saint-Siège, Miguel Humberto Diaz, a fermement condamné la diffusion de documents «réservés au département d’Etat». L’ambassade américaine a en outre indiqué qu’elle ne fera aucun commentaire sur les contenus et sur l’authenticité de ces informations.
L’Osservatore Romano du 12 décembre n’a, quant à lui, fait aucun commentaire sur la publication des télégrammes et n’a pas repris le communiqué du Bureau de presse du Saint-Siège daté du 11 décembre.
850 câbles diplomatiques
Le site Internet WikiLeaks devrait être en mesure de rendre publics quelque 850 câbles diplomatiques – ou télégrammes du gouvernement américain – concernant le Vatican, parmi les 250’000 documents confidentiels qu’il affirme détenir.
Parmi les très nombreux sujets diplomatiques abordés dans ces télégrammes, outre le refus du Vatican de coopérer à l’enquête irlandaise sur la pédophilie, on trouverait l’opposition de Benoît XVI à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, les relations de «crise» entre le Vatican et les anglicans ou encore des révélations sur les «sentiments antisémites» de certains hauts responsables de l’Eglise catholique.
De plus, un autre document diplomatique transmis par WikiLeaks au «Guardian» s’inquiète des conséquences de l’appel de Benoît XVI aux Anglicans, réfractaires à l’ordination de femmes prêtres, à se convertir au catholicisme. L’ambassadeur du Royaume-Uni au Vatican redoute que ces propos ne favorisent la discrimination, voire des violences, contre les catholiques britanniques, rapporte un télégramme diplomatique américain.
Le rapport Murphy
Publié en novembre 2009 après trois ans d’enquête, le rapport Murphy a révélé comment les responsables du diocèse de Dublin ont couvert les abus sexuels commis par des membres du clergé sur les enfants de la région.
Le 20 mars 2010, le pape Benoît XVI avait exprimé la «honte» et le «remords» de toute l’Eglise pour les abus pédophiles commis par des prêtres et religieux irlandais, dans sa «Lettre pastorale aux catholiques d’Irlande», au ton très dur vis-à-vis des évêques du pays. Entre 2001 et 2010, 3000 accusations de pédophilie sont remontées au Vatican.
Un document intitulé «normes sur les délits les plus graves commis par des prêtres» a été rédigé, l’été dernier. Il durcit les règles au sein du clergé notamment sur la pédophilie. Les nouvelles normes ont été élaborées par Congrégation pour la doctrine de la foi. Une circulaire viendra bientôt compléter ce dispositif. (apic/imedia/ag/lb/nd)



