Suisse

Une flamme nouvelle au monastère de Beinwil

Depuis janvier 2019, un moine et trois religieuses orthodoxes se sont installés dans l’ancienne abbaye bénédictine de Beinwil, dans le canton de Soleure. Ils y ont fondé un monastère masculin, le «Saint monastère de Jean Capodistrias», et un monastère féminin, le «Saint monastère de l’Entrée de la Mère de Dieu au Temple».

Sur une colline, près de la route reliant Unterbeinwil et Oberbeinwil, dans le Schwarzbubenland soleurois, un petit monastère s’intègre idéalement dans le paysage. Du XIe au XVIIe siècle, le lieu abritait des religieux bénédictins. Ils ont cependant quitté l’endroit à cause de l’isolement de la vallée et ont fondé le monastère de Mariastein, dans le même canton de Soleure.

Du protestantisme à l’orthodoxie

Mais le monastère de Beinwil est aujourd’hui redevenu un lieu de vie consacrée. Dans la crypte, ce matin, l’archimandrite Damaskinos, l’abbesse Archontia et les moniales Ionia et Agapia sont assis, pour la prière, devant des icônes orthodoxes et des cierges. Leur père spirituel, l’archimandrite Dionysios, qui dirige 21 monastères dans le monde, est également présent en esprit.

Soeur Agapia est d’origine allemande | © Vera Rüttimann

L’abbesse de Beinwil était engagée, dans sa jeunesse, dans une paroisse protestante, où elle a rencontré l’abbé actuel, l’archimandrite Damaskinos et son frère l’archiprêtre Capodistrias. «J’étais active dans ma paroisse, mais il me manquait toujours quelque chose», se souvient-elle.

Archontia a rencontré l’orthodoxie il y a plus de dix ans, lors d’un voyage en Grèce, auquel l’archiprêtre Capodistrias l’avait invitée. Elle avait certes déjà auparavant prié devant des icônes orthodoxes, au sein de la communauté œcuménique de Taizé, en France. Mais ce n’est qu’en Grèce qu’elle s’est réellement immergée dans ce monde.

Prière, miel et confiture

A Beinwil, la vie quotidienne s’est déjà bien mise en place. A six heures, les résidents se retrouvent dans la crypte pour la première prière de la journée. A dix heures, ils prennent un repas en commun au réfectoire, dans le silence et le recueillement. Les moines et moniales orthodoxes vivent en célibataires et ne peuvent former une communauté monastique commune. Ils peuvent cependant manger ensemble, ce qu’ils font de manière quotidienne au monastère soleurois.

L’association «Saint Monastère Jean Capodistrias de Beinwil» a son siège spirituel dans un monastère de l’île grecque de Zante, dans l’archipel ionien. C’est là que vit également le père spirituel de la communauté, l’archimandrite Dionysios, lié au patriarcat d’Antioche, basé à Damas.

Au soir, les vêpres et les complies se déroulent dans la crypte, après d’autres temps de prière. Entre ces moments, les habitants s’adonnent aux travaux habituels de la vie d’un monastère: le nettoyage, le rangement, la lessive, la cuisine, mais aussi la confection d’encens, de tisanes, de confiture, ainsi que la création d’icônes. L’immense jardin, dans lequel les religieux cultivent des légumes, des fruits et des herbes médicinales, donne également beaucoup de travail. Plus bas, dans la pente, se trouve une grande ruche où est récolté le miel du monastère.

De riches histoires de vie

Les personnes qui vivent aujourd’hui en ce lieu ont toutes une riche trajectoire de vie. Elles ont notamment déjà vécu dans différents pays. C’est le cas de Sœur Agapia, qui est souvent vue dans la cuisine ou le jardin. «Mon histoire est une histoire d’émigration», explique la religieuse au regard alerte. Née à Eichwalde, près de Berlin, elle s’est réfugiée en Allemagne de l’Ouest avec sa famille, pendant la Guerre froide, à l’occasion du pont aérien mis en place par les Américains en 1949. Comme les deux autres moniales, elle a séjourné dans des monastères en Grèce et en Norvège avant de s’installer à Beinwil en janvier 2019. Bien qu’un peu plus âgée, elle n’a pas hésité un instant lorsque son père spirituel lui a demandé si elle voulait participer à l’établissement d’un monastère orthodoxe en Suisse. «Cela m’a enthousiasmée. Il a toujours été important pour moi de constater ce que les gens de toutes nations et religions ont en commun», dit-elle. La religieuse est ouverte à toutes les religions, même s’il a toujours été clair pour elle que son chemin était avec le Christ.

L’archimandrite Damaskinos | © Vera Rüttimann

Sœur Agapia aime engager des conversations profondes avec les visiteurs qui passent la nuit dans la partie du monastère qui offre un hébergement. «L’accueil est l’une des traditions centrales de la vie monastique orthodoxe», assure l’Allemande. Les lits sont bien utilisés, parce que le monastère de Beinwil est sur la route de Saint-Jacques de Compostelle. Enfants, personnes âgées, athées, croyants – les religieuses et le religieux apprécient la foule disparate de leurs hôtes.

Un lieu de ressourcement

L’archimandrite Damaskinos accueille aussi avec plaisir les invités faisant partie du cercle d’amis du monastère. Ils travaillent comme bénévoles, dans le jardin ou ailleurs. Nombre d’entre eux viennent du village de Beinwil, qui a chaleureusement accueilli les nouveaux habitants. «Les gens du village, depuis qu’ils savent que le monastère est à nouveau habité, viennent nous rendre visite régulièrement», assure l’abbé. «Cela me plaît aussi que les gens d’ici parlent toujours de ‘leur’ monastère. On peut constater que le lieu est profondément enraciné dans leur âme», affirme Sœur Agapia.

L’abbesse Archontia espère qu’un jour une dizaine de moines et de moniales au moins constitueront leur communauté. Elle est confiante car «les monastères orthodoxes n’ont aucun problème de relève». Sœur Agapia espère que les visiteurs rencontreront des personnes qui leur feront ressentir qu’il «existe autre chose que la pensée matérialiste qui prévaut à notre époque». Les quatre résidents du monastère considèrent Beinwil comme un lieu où l’on peut trouver de la force, et il mériterait d’être davantage connu. «Maintenant que nous sommes ici, nous pouvons donner une nouvelle vie à ce lieu», se réjouit Sœur Agapia. (cath.ch/kath/vr/rz)

 

L'abbesse du monastère de Beinwil, Archontia, veut apporter au lieu une nouvelle vie | © Vera Rüttimann
30 avril 2019 | 16:57
par Raphaël Zbinden
Partagez!