Une haine alimentée par les écoles publiques, selon le Père McCulloch
Pakistan: Le ministre Shahbaz Bhatti, «victime de la haine religieuse»
Karachi, 3 mars 2011 (Apic) Le ministre pakistanais des Minorités religieuses Shahbaz Bhatti, assassiné mercredi 2 mars à Islamabad par des talibans présumés, a été tué «parce qu’il était un chrétien, un infidèle et un blasphème», peut-on lire sur les tracts de revendication des assassins. Le pamphlet est signé par le groupe «Tehrik-i-Taliban- Punjab».
Cette mise à mort d’un «infidèle» par les islamistes fait partie d’une «guerre de religion visant à éliminer ceux qui veulent modifier la loi sur le blasphème», affirment les assassins. «Par la grâce d’Allah, tous ceux qui sont membres de la Commission de révision iront en enfer». Membre du Parti du peuple pakistanais, de confession catholique, Shahbaz Bhatti a été nommé ministre des Minorités religieuses dans le gouvernement du Premier ministre Youssouf Raza Gilani après les élections législatives de février 2008.
De telles déclarations démontrent que «le Ministre Bhatti a été tué par haine religieuse», a déclaré jeudi 3 mars à l’agence d’information vaticane «Fides» le Père Robert McCulloch, missionnaire de Saint Colomban présent depuis 30 ans au Pakistan. Il connaît bien la famille du Ministre qui se savait menacé en raison de sa position en faveur de l’abolition de la loi sur le blasphème.
Le gouvernement pakistanais savait qu’on allait tuer le ministre
Le ministre Bhatti avait déjà fait l’objet d’une «condamnation à mort» de la part de la puissante organisation terroriste «Laskar-e-Toiba». Se basant sur des informations provenant d’un rapport des Services de Sécurité pakistanais, la «All Pakistan Minorities Alliance» (APMA), le réseau qui rassemble les minorités religieuses au Pakistan et dont le ministre assassiné était le fondateur et président, avait mis en garde les autorités pakistanaises fin janvier déjà. «Priez pour moi et pour ma vie. Je suis un homme qui s’est exclu toute possibilité de retraite: je ne peux ni ne veux revenir en arrière dans mon engagement. Je combattrai l’extrémisme et je me battrai jusqu’à la mort pour la défense des chrétiens», confiait Shahbaz Bhatti fin janvier à l’agence Fides.
L’APMA se déclarait alors «fortement préoccupée du fait des dernières nouvelles qui circulent à propos de l’organisation imminente d’un attentat contre le ministre, devenu l’objectif n°1 du fait de son engagement en faveur de l’abolition de la loi sur le blasphème. Il faut se serrer autour du ministre et demander à l’Etat la plus grande protection possible». Les informations connues alors confirmaient que les militants mettaient en place un plan pour le frapper à mort.
«Les assassinats au nom de la religion ont fait un autre bond en avant terrifiant. Tous ceux qui se sont engagés en faveur de la réforme de la loi sur le blasphème sont en danger», souligne le Père Robert McCulloch. Le missionnaire de Saint Colomban affirme que les homicides motivés par la religion sont justifiés publiquement au Pakistan par des extrémistes islamiques qui les qualifient «d’actes qui font plaisir à Allah et qui garantissent le salut immédiat».
Un Etat civilisé devrait empêcher ces assassinats «au nom d’Allah»
Ce sont des déclarations qu’un Etat civilisé devrait stopper: «Combien de morts devront nous attendre avant que les autorités civiles et les musulmans modérés prennent position et adoptent des mesures efficaces contre cet usage barbare et pervers de la religion?», se demande avec amertume le missionnaire.
La haine religieuse est cultivée et alimentée dans les écoles publiques pakistanaises qui sont devenues «d’étroites parentes des medersas», ces écoles islamiques qui enseignent l’islam le plus rétrograde. L’une des raisons de la diffusion de cette mentalité «est un système éducatif pervers», estime le Père Robert McCulloch: «La distorsion des faits dans les manuels scolaires est la source majeure des tendances extrémistes qui ont un impact dévastateur sur la société». Dans certains textes officiels, les minorités religieuses sont totalement exclues et ne sont pas même considérées comme «partie intégrante de la nation».
«La source primaire de la corruption des valeurs humaines et de la manipulation politique de la religion au Pakistan – qui justifie la ’persécution légalisée’ d’Asia Bibi (une mère de famille chrétienne, condamnée à mort soi-disant pour blasphème, ndr) et l’élimination de Bhatti – se trouve dans les programmes de mauvaise instruction, introduits par la dictature du général Zia-ul-Haq dans les années 80 et conservés par les gouvernements pakistanais qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui», conclut le missionnaire. (apic/fides/be)



