«Une insulte à notre histoire collective»
Genève: La CICAD s’élève contre la volonté d’exclure des manuels scolaires les conclusions de la Commission Bergier
Genève, 26 janvier 2011 (Apic) Dans le cadre de la «Journée internationale dédiée à la mémoire de l’Holocauste et à la prévention des crimes contre l’humanité», le 27 janvier, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) rappelle que la volonté de certains à vouloir exclure des manuels scolaires les résultats des travaux de la Commission Bergier (*) est une insulte faite aux victimes. Dans un communiqué daté du 26 janvier, elle parle d’une «insulte à notre histoire collective».
Pour la CICAD, le but de la Commission Bergier était de «regarder l’histoire telle qu’elle s’est déroulée». Dans son communiqué, elle souligne que le fruit de ses travaux a permis de faire «un bond en avant» dans la connaissance des faits qui ont marqué l’histoire de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale, et ce, «au-delà des positions partisanes». Pour elle, s’évertuer à vouloir exclure des manuels scolaires les résultats des études de ces historiens est une insulte faite aux victimes, «une insulte à notre histoire collective». «La Suisse a connu des heures sombres. Il nous appartient d’en tirer les leçons en intégrant les faits tels qu’ils se sont déroulés», écrit-elle, tout en souhaitant que son message soit entendu par l’ensemble de la classe politique.
Réhabiliter les «Justes»
En outre, elle rappelle le devoir d’honorer «celles et ceux qui choisirent d’apporter leur aide, parfois au péril de leur vie, à tous ces juifs qui cherchèrent un refuge en Suisse, afin d’échapper à leur extermination programmée». La CICAD considère qu’il est fondamental que les écoles enseignent l’histoire de la Suisse durant la Seconde guerre mondiale, tant pour mettre en exergue les choix politiques qui condamnèrent des juifs à une mort certaine, que pour réhabiliter de véritables «héros de la nation» que sont les «Justes». C’est d’ailleurs dans cette optique que la CICAD a édité un ouvrage qui leur est consacré.
Journée à la mémoire de l’Holocauste
En Suisse, dans le sillage d’une résolution des Ministres européens de l’éducation, les directrices et directeurs cantonaux de l’Instruction publique ont décidé, en 2004, de dédier une journée «à la mémoire de l’Holocauste et à la prévention des crimes contre l’humanité» dans les écoles. La date coïncide avec celle de la libération du camp de concentration d’Auschwitz par l’Armée rouge, le 27 janvier 1945. Cette journée est l’occasion de rappeler le souvenir de l’extermination de millions d’hommes et de femmes, juifs et non juifs, qui périrent durant la Shoah.
En lieu et place de manifestations nationales, des activités éducatives sont consacrées à ce thème dans les établissements scolaires. Des initiatives que la CICAD tient à saluer.
(*) La Commission Bergier (du nom de feu l’historien lausannois Jean-François Bergier) est un groupe d’experts indépendants, mandatés par la Confédération pour faire la lumière sur les «fonds en déshérence». Sa mission a finalement été étendue à l’étude de la politique d’asile de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale et à l’examen de ses relations économiques et financières avec l’Allemagne nazie.
Un devoir de mémoire
La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) œuvre de diverses manières pour transmettre l’histoire et la mémoire de la Shoah, en éditant et en diffusant de nombreux ouvrages éducatifs et pédagogiques dans les établissements scolaires. En 10 ans, elle a permis à près de deux milles personnes de se rendre compte de l’horreur du processus d’extermination mis en place par le régime nazi, au camp d’Auschwitz-Birkenau.
En 2008, la CICAD a dédié la journée du 27 janvier aux «Justes parmi les nations». La Suisse en compte plus d’une soixantaine. «Leurs actes héroïques méritaient d’être mieux connus, salués et médités», note la CICAD, qui leur a consacré un ouvrage intitulé «Les Justes suisses: Des Actes de courage méconnus au temps de la Shoah», et diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires dans les établissements scolaires du pays.
En 2010, la CICAD a consacré la journée du 27 janvier et les jours suivants aux témoignages des rescapés. Cet événement exceptionnel, intitulé «Ressentir l’indicible», mettait à l’honneur les rescapés des camps, dont les témoignages deviennent histoire «immédiate». L’exposition ad hoc a accueilli 1’500 élèves et enseignants. «Le travail de mémoire nous conduit à commémorer cette date du 27 janvier, à la fois pour rendre un hommage à toutes les victimes disparues sans avoir de tombes, et aussi pour demander au monde de retenir les leçons de la Shoah», conclut la CICAD. (apic/com/nd)



