Une loi «contraire à la séparation de l’Eglise et de l’Etat»

Roumanie: La loi «Partenariat Etat-Eglise dans le domaine social» bloquée par le président

Bucarest, 6 avril 2011 (Apic) Le président roumain Traian Basescu a décidé de ne pas promulguer une loi très controversée stipulant que l’Etat prendrait en charge le financement de l’action sociale des Eglises à hauteur de 80 %. Adoptée le 8 mars 2011 par les députés roumains, elle a ainsi été renvoyée au Parlement, a rapporté l’agence AFP le 6 avril, citant des sources étatiques.

«Cette loi instaure un traitement différencié pour l’obtention de fonds publics entre les cultes, en qualité de prestataires de services sociaux, et les autres organisations caritatives impliquées dans l’aide sociale», a écrit le président au Parlement pour justifier sa décision, a indiqué l’AFP.

Cette loi sur le «Partenariat Etat-Eglise dans le domaine social», adoptée le 8 mars dernier par le Parlement, avait déclenché une vive polémique. Le texte stipule que les Eglises reconnues par l’Etat – l’Eglise orthodoxe, qui représente 88 % de la population, les deux Eglises catholiques (de rite latin et de rite byzantin), ainsi que des dénominations protestantes germanophones ou magyarophones – pourront voir leurs œuvres sociales désormais financées jusqu’à 80 % par l’Etat.

La laïcité en question

Dans ce pays à forte tradition chrétienne, de nombreuses organisations impliquées dans des projets sociaux, ainsi que des associations militant en faveur de la laïcité, avaient demandé au chef de l’Etat de ne pas promulguer cette loi, jugée «discriminatoire et contraire à la séparation de l’Eglise et de l’Etat». Les opposants craignent en effet que les institutions religieuses, sous le couvert de ces services sociaux, se livrent à un prosélytisme aux frais du contribuable.

Même si le «Partenariat Etat-Eglise» prévoit plusieurs niveaux de contrôle avant que de nouvelles actions ou institutions sociales des Eglises puissent bénéficier des deniers publics, ses détracteurs ont en outre souligné que «la nature des cultes religieux les empêche d’accorder une assistance neutre et compétente aux personnes vulnérables», en raison de l’absence d’une formation en ce sens et de leur «position conservatrice» sur des questions telles que l’éducation sexuelle, l’usage de la contraception ou encore la toxicomanie.

Toujours selon AFP, plusieurs médias roumains ont estimé que la polémique autour de ce projet de loi témoignait de «la sensibilité de la classe politique envers le potentiel électoral de l’Eglise». (apic/afp/mk/be/nd)

6 avril 2011 | 15:34
par webmaster@kath.ch
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