Rome: En toute liberté, le Synode sur la famille dresse un état des lieux alarmant

Une majorité aspire à l’ouverture de l’Eglise, estime Romilda Ferrauto, de Radio Vatican

Rome, 9 octobre 2014 (Apic) Le Synode des évêques sur la famille, dont les travaux ont débuté le 6 octobre 2014, ne devrait aboutir à des conclusions pratiques qu’après la deuxième assemblée convoquée en octobre 2015. Mais, à huis clos, c’est en toute liberté que les quelque 200 pères synodaux réunis au Vatican débattent de pastorale familiale. Une majorité aspire à l’ouverture de l’Eglise, estime Romilda Ferrauto, responsable de la rédaction française de Radio Vatican.

Le débat est vif entre ceux qui ne souhaitent pas que l’Eglise brade ses positions au risque de déboussoler les fidèles et ceux qui, apparemment majoritaires, sont les partisans d’une plus grande miséricorde à l’égard des blessés de la vie, comme les divorcés remariés.

Sans animosité mais en provoquant parfois quelques mouvements dans la salle du Synode, le débat se poursuit depuis 3 jours, et devient plus vif encore lors des interventions libres du soir. Romilda Ferrauto, responsable de la rédaction française de Radio Vatican, assiste aux échanges. Le 8 octobre, elle a fait part de la «grande liberté de parole» qui caractérise ce synode, après les appels du pape François à ne pas avoir peur de lui «déplaire» et de s’écouter mutuellement avec «humilité». Il semble que le choix inédit des organisateurs du synode de ne pas publier les interventions des pères synodaux ait également libéré la parole.

Ecart extrême entre «pragmatiques» et «purs et durs»

A l’issue des deux synodes de 2014 et 2015, «il ne pourra pas ne pas se passer quelque chose», confie Romilda Ferrauto, pour qui le pape François n’a pas convoqué ces assemblées pour rien. Elle décrit alors l’écart «extrême» qu’il peut y avoir entre les nombreux «pragmatiques», pour lesquels il faut trouver des solutions aux défis posés par l’évolution de la famille et sont «prêts à remettre en question certains points de doctrine», et les «purs et durs», pour qui l’on ne peut «brader la vérité» enseignée par l’Eglise au risque de voir s’éloigner encore plus les familles chrétiennes. Si une majorité de cardinaux et d’évêques se prononce pour «davantage de miséricorde», certains font même, confie la journaliste de Radio Vatican, des «propositions révolutionnaires».

Pour un des prélats, qui a fustigé l’inaction de l’Eglise, il y a urgence. «Les problèmes de la famille ne sont pas nouveaux, a-t-il souligné, on les connaissait déjà il y a 30 ans, mais l’Eglise n’a pas osé prendre des risques». Un synode sur la famille s’était tenu au Vatican en 1980.

L’Eglise, hôpital ou morgue ?

Un cardinal proche du pape François a invité les évêques à ne pas se prendre «pour des psychiatres chargés d’aider les couples à surmonter leurs échecs conjugaux». Un autre a averti que l’Eglise, qui est déjà un «hôpital de campagne», risque de ressembler «à une morgue où se multiplieront les autopsies des mariages défunts».

Un prélat a assuré quant à lui que la doctrine de l’Eglise sur le mariage et la famille était «un fardeau trop lourd à porter». En célébrant la messe d’ouverture du synode, le 5 octobre dernier, le pape François avait cité l’Evangile de saint Matthieu pour s’en prendre aux «mauvais pasteurs (qui) chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt».

Parmi les solutions au problème délicat des divorcés remariés, plusieurs pères synodaux souhaitent un assouplissement des procédures de nullité de mariage, et d’autres évoquent le modèle suivi par certaines églises orthodoxes qui ouvrent la voie à un second mariage religieux dans une démarche pénitentielle.

«Non, l’accès des divorcés remariés à la communion n’est pas la seule préoccupation des pères du Synode !», prévient cependant Romilda Ferrauto. C’est ainsi que des cardinaux et évêques d’Amérique latine ou du Moyen-Orient ont relevé que les familles, dans leurs pays, étaient «agressées par des conflits interminables, les exodes massifs, la criminalité, la violence, la pauvreté, les flux migratoires, la mauvaise gouvernance».

Quant aux prélats du continent africain, ils s’élèvent une fois encore contre la «dictature de la pensée unique» importée d’Occident. L’un d’entre eux a ainsi dénoncé «la contraception liée à des aides matérielles, la théorie du genre, le mariage entre personnes de même sexe», autant d’importations «incompatibles avec la culture africaine». (apic/imedia/ami/be)

9 octobre 2014 | 09:24
par webmaster@kath.ch
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