Brésil: Polémique autour d'un jugement niant le statut de religion aux cultes afro-brésiliens

Une marque de mépris pour les pratiques religieuses d’origine africaine?

Rio de Janeiro, 19 mai 2014 (Apic) La Justice Fédérale brésilienne a estimé, dans un jugement du 16 mai 2014, que les cultes afro-brésiliens, tels que l’Umbanda ou le Candomblé, ne sont pas des religions. Une décision qui choque dans un pays où la tolérance religieuse est inscrite dans la Constitution. Certains accusent la justice de mépriser les pratiques cultuelles importées par les populations noires d’Afrique.

Le verdict a été rendu suite à une plainte déposée par le Ministère Public Fédéral (MPF) qui demandait le retrait de vidéos mises en ligne sur Youtube par différents représentants de cultes évangéliques. Pour le MPF, les vidéos étaient en effet «intolérantes et discriminatoires à l’égard des pratiques religieuses d’origine africaine». Dans l’une de ces vidéos, un pasteur affirme, par exemple, à son auditoire qu’ils peuvent aller fermer les terreiros (lieux de cultes agro-brésiliens) de Macumba (nom désignant l’ensemble des cultes afro-brésiliens), indique Jaime Mitropoulos, Procureur régional des droits des citoyens.

Mais la Justice fédérale a considéré que les manifestations cultuelles afro-brésiliennes ne remplissaient pas les critères nécessaires à la qualification de religion et ne pouvaient donc pas être concernées par une accusation de discrimination religieuse. Dans son délibéré, le juge a en effet estimé que pour qu’une croyance soit considérée comme une religion, elle se devait de suivre un texte de référence -comme la Bible, la Torah ou le Coran – de posséder une structure hiérarchique, ainsi qu’un Dieu à vénérer.

Le MPF a décidé de faire appel du verdict prononcé en première instance.

Non respect de la Constitution

«Cette décision a provoqué beaucoup de perplexité, poursuit Jaime Mitropoulos. Car au lieu d’adopter des mesures de protection des plaignants, le tribunal a choisi de définir ce que doit être une religion, niant de fait divers accords internationaux qui traitent de ce sujet, comme le ‘Pacte international sur les droits civils et politiques ou encore le ‘Pacte de San José du Costa Rica’. Il nie surtout la Constitution Fédérale et la loi d’avril 2004 sur l’égalité raciale».

Pour le Procureur régional des droits des citoyens, la décision de justice nie l’histoire et les réalités sociales entourant les religions afro-brésiliennes. Elle ignore notamment les persécutions que les afro-brésiliens ont subi au cours de l’histoire. «Un tel jugement méprise totalement le fait que les religions d’origines africaine soient ancrées sur des principes d’oralité, de temporalité, d’ancestralité, qui ne nécessitent d’aucune manière un texte de référence», s’est-il insurgé.

D’après le dernier recensement national, plus de 600’000 brésiliens déclaraient en 2010 pratiquer un culte afro-brésilien. Selon de nombreux experts, ce chiffre doit cependant être multiplié au moins par trois en raison du «butinage religieux», phénomène croissant au Brésil, consistant à pratiquer deux religions ou plus. Les pratiquants du Candomblé et de l’Umbanda se trouvent majoritairement dans la région du Nordeste du Brésil, point d’arrivée historique des esclaves. (apic/jcg/rz)

19 mai 2014 | 16:54
par webmaster@kath.ch
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