Mgr Giuseppe Yang Yongqiang a été nommé le 12 juin 2024 évêque de Hangzhou (est de la Chine) | © DR
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Une nouvelle nomination épiscopale en Chine

Mgr Giuseppe Yang Yongqiang, qui était l’évêque de Zhoucun depuis 2013, a été nommé par le pape François évêque de Hangzhou, à l’est de la Chine, le 12 juin 2024. Le Vatican a expliqué chercher «de meilleures procédures pour l’application de l’accord» entre le Saint-Siège et Pékin.

Le Bureau de presse du Saint-Siège a rendu publique la nomination de Mgr Yang Yongqiang le 22 juin 2024, soit dix jours après la nomination. Il a précisé qu’elle s’inscrivait «dans le cadre du dialogue relatif à l’application de l’Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine». Cet accord très contesté, signé en septembre 2018 et reconduit à deux reprises, a institutionnalisé le dialogue entre Rome et Pékin au sujet des nominations épiscopales, au prix d’un contrôle renforcé du gouvernement chinois sur les activités de l’Église catholique locale, s’insurgent les détracteurs de l’accord.

Dernière nomination chinoise sous Benoît XVI

Mgr Giuseppe Yang Yongqiang, né le 11 avril 1970 à Boxing (Shandong), a effectué ses études de philosophie et de théologie au séminaire du Saint-Esprit de Shandong puis à celui de Sheshan, à Shanghai. Il a été ordonné prêtre le 15 juin 1995, dans le cadre de l’Église dite «patriotique», contrôlée par le régime. Après avoir été curé de paroisse, il a poursuivi ses études au séminaire national de Pékin. Il est ensuite devenu professeur au séminaire du Shandong.

Nommé évêque coadjuteur de Zhoucun en 2009, puis consacré le 15 novembre 2010 avec un mandat pontifical, il en est ensuite devenu évêque de plein droit le 8 février 2013, succédant à Mgr Ma Xuesheng. Cette nomination fut la dernière d’un évêque chinois sous le pontificat de Benoît XVI, trois jours avant sa renonciation. Aucun accord général ne régissait alors les relations entre Rome et Pékin, mais des accords au cas par cas permettaient d’établir la reconnaissance conjointe de certains évêques par le gouvernement et par le Saint-Siège.

Un évêque connu à Rome

L’annonce, ce 22 juin 2024, de son transfert à Huangzhou, la 12e ville chinoise, s’inscrit dans un contexte apparent de relative détente entre Rome et Pékin depuis le début de l’année, qui s’est notamment manifesté avec les visites de deux cardinaux en Chine continentale: l’évêque de Hong Kong, le cardinal Stephen Chow, et l’archevêque émérite de Malines-Bruxelles, le cardinal Jozef De Kesel.

Trois nouveaux évêques ont été ordonnés en janvier 2024 dans le périmètre de l’accord provisoire de 2018. La nomination ce 12 juin de Mgr Giuseppe Yang Yongqiang serait au total la 10e effectuée dans ce cadre, mais il s’agit cette fois-ci d’un simple transfert et non d’une ordination épiscopale.

Mgr Giuseppe Yang Yongqiang est connu à Rome, où il a participé à l’assemblée synodale d’octobre 2023. Dans un entretien avec l’agence vaticane Fides, il avait exprimé sa reconnaissance au pape François pour avoir eu «l’opportunité de partager son chemin de foi tout en écoutant celui des autres». Il avait souhaité que «l’Église en Chine et l’Église universelle progressent ensemble sur le chemin synodal en Jésus-Christ, en rendant gloire au Seigneur et en faisant du bien aux gens».

Le lien spécial entre la Chine et les jésuites

Autrefois très rares, les prises de parole publiques liées à la Chine sont de plus en plus courantes au Vatican. S’il existait une «ouverture de la part de la Chine», le pape François s’y rendrait «immédiatement», a ainsi affirmé le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin aux journalistes, en marge d’une conférence à Rome, ce 20 juin 2024. «Nous cherchons à trouver de meilleures procédures pour l’application de l’accord qui a été signé […] et qui sera renouvelé à la fin de cette année», a précisé le numéro deux du Saint-Siège.

Le pape François «a vraiment une très grande appréciation – et ne rate pas une occasion de l’exprimer – à l’égard du peuple chinois, de la nation chinoise», a aussi assuré le cardinal Parolin, expliquant l’intérêt du pontife argentin par son héritage jésuite. Les jésuites sont parvenus à asseoir leur légitimité en Chine, y compris avec le gouvernement actuel, notamment à travers la figure de Matteo Ricci (1552-1610), un missionnaire érudit qui parvint à s’intégrer dans la Cour impériale chinoise et fait actuellement l’objet d’un procès en béatification.

François, grand admirateur du peuple chinois

Depuis le début de son pontificat, le pape assume un rapprochement de l’Église catholique avec la Chine de Xi Jinping, malgré des relations complexes et parfois tendues. Ce 19 juin encore à l’audience générale, il a rendu publiquement hommage au peuple chinois «noble et si courageux, qui a une si belle culture».

Dans le cadre du centenaire du Concilium Sinense, qui fut le premier et unique synode de l’Église catholique en Chine, le Saint-Siège avait organisé le 21 mai dernier un séminaire auquel a participé notamment Mgr Joseph Shen Bin, président de la conférence épiscopale chinoise (pour l’heure non reconnue par le Vatican) et évêque de Shanghai. Sa nomination avait été régularisée par le Saint-Siège en juillet 2023, trois mois après sa prise de poste décidée par le gouvernement.

Dans un message vidéo envoyé aux participants à ce séminaire, le pape François avait insisté sur l’importance pour les Chinois d’être «en communion avec l’évêque de Rome» afin de pouvoir véritablement contribuer au bien non seulement de la société chinoise, mais plus largement, à une «coexistence sociale» des peuples. (cath.ch/imedia/cv/rz)

Mgr Giuseppe Yang Yongqiang a été nommé le 12 juin 2024 évêque de Hangzhou (est de la Chine) | © DR
23 juin 2024 | 09:59
par I.MEDIA
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