Une première au Canada, contestée par l'Assemblée des évêques catholiques du Québec

Québec: L’Assemblée nationale vote une loi sur «les soins de fin de vie»

Québec, 6 juin 2014 (Apic) Malgré la ferme opposition des évêques catholiques du Québec et celle du gouvernement conservateur canadien, l’Assemblée nationale du Québec a adopté le 5 juin 2014, par 94 députés contre 22, le projet de loi 52 baptisé «Mourir dans la dignité». Cette nouvelle loi, largement débattue par une commission parlementaire spéciale depuis 2009, permet à un malade en phase terminale de recourir à l’aide médicale pour mettre fin à sa vie.

Le texte pourrait faire l’objet d’une contestation judiciaire du gouvernement canadien, qui associe la nouvelle loi au «suicide assisté» et à «l’euthanasie». Ces actes sont interdits par le code pénal du Canada. De son côté, l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) s’est déclarée satisfaite de l’adoption du projet de loi 52, car elle permettra la mise en place de mécanismes et de mesures qui vont faciliter l’accès aux soins palliatifs et de fin de vie. «Le Québec se dote ainsi d’une offre de service en soins palliatifs complète et accessible», se réjouit l’AQESSS. L’association relève que les demandes d’aide à mourir répondront à des critères bien définis.

«Les seuls soins de fin de vie dignes, ce sont les soins palliatifs!»

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, a en vain tenté de dissuader les députés d’adopter le projet de loi. Participant le 3 juin à une vigile sur la Colline parlementaire, devant l’Assemblée nationale du Québec, le Primat du Canada a dénoncé la tentative de «faire croire que l’application de cette loi serait bien balisée, que nous n’avons rien à craindre, qu’il n’y aurait pas de danger de dérapage au Québec».

D’autres pays d’Europe, qui ont déjà ouvert la porte à l’euthanasie avec les mêmes promesses, a-t-il poursuivi, se retrouvent aujourd’hui devant une toute autre réalité. «Prenons l’exemple de la Belgique qui a légalisé l’euthanasie en 2002. Au moment où l’euthanasie est devenue légale, on avait prédit qu’il y aurait très très peu de cas qui réuniraient les conditions nécessaires pour qu’une injection mortelle soit donnée. Avec les comités de médecins et les professionnels de la santé qui accompagneraient le processus, les Belges n’avaient rien à craindre. Leur mort, (excusez) leur vie était entre de bonnes mains. Où en sont-

ils à peine 12 ans plus tard ? Les derniers rapports nous révèlent que l’an dernier, 5 patients par jour ont opté pour une euthanasie, une hausse de 27% par rapport à l’année précédente. Est-ce cela que nous désirons pour le Québec ? Je dis non ! Et ce n’est pas tout. En février de cette année, la Belgique est devenue le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie pour les enfants et adolescents, et ce, sans fixer de condition d’âge. Ça va s’arrêter où ? Avec mes confrères évêques du Québec, moi je dis: n’ouvrons pas la porte à l’euthanasie. Les seuls soins de fin de vie qui sont dignes et acceptables pour notre population sont les soins palliatifs!»

L’euthanasie déguisée sous l’appellation «aide médicale à mourir», selon l’AECQ

Le 27 mai dernier, Mgr Pierre-André Fournier, archevêque de Rimouski et président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), avait publié un message faisant appel aux législateurs et aux citoyens du Québec. Il les exhortait à ne pas procéder à l’adoption du projet de loi 52 et à la légalisation de l’euthanasie. Le président de l’AECQ soulignait que le Québec devait «se doter d’une politique sur les soins palliatifs et non pas s’engager sur la voie de l’euthanasie».

A ses yeux, la nouvelle loi permettra aux médecins de pratiquer l’euthanasie sous l’appellation «aide médicale à mourir», et l’adoption de cette loi aura «des conséquences graves et néfastes pour l’avenir du Québec». Et de souligner que «faire mourir n’est pas un soin» et que les expressions «mourir dans la dignité» et «aide médicale à mourir, employées pour qualifier une injection mortelle» sèment la confusion et induisent en erreur. «Il s’agit purement et simplement d’euthanasie, et non d’un soin de fin de vie».

L’Eglise ne préconise pas l’acharnement thérapeutique

Mgr Noël Simard, évêque de Valleyfield, au sud-ouest du Québec, est lui aussi intervenu concernant la loi 52. Il considère que ce projet n’était pas nécessaire, sauf en ce qui concerne les soins palliatifs. Il est pour lui fondamental de favoriser une politique claire et nette au sujet des soins palliatifs accessibles qui permettent de vivre la mort en toute dignité et ce, jusqu’au bout.

Le projet de loi 52, précise Mgr Simard, «déguise la réalité en parlant d’aide médicale à mourir au lieu de dire clairement qu’il s’agit d’euthanasie. Il induit en erreur parce que l’euthanasie n’est pas un soin. Ceci engendre une réelle confusion et conduit à la méfiance en regard de la qualité du vivre ensemble qui devrait protéger les individus et particulièrement les plus faibles». Mgr Simard rappelle que l’Eglise ne préconise pas l’acharnement thérapeutique par des moyens disproportionnés, mais elle vise la protection de la vie pour tous et toutes et particulièrement pour les plus vulnérables. (apic/rvm/com/be)

6 juin 2014 | 11:29
par webmaster@kath.ch
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