Inde: Le Parlement invité à se prononcer au sujet sur les discriminations contre les dalit

Une première dans le pays: chrétiens et musulmans satisfait, mais le VHP conteste

New Delhi, 24 décembre 2009 (Apic) Pour la première fois, le Parlement fédéral de l’Inde va être amené à se prononcer au sujet de l’accès des dalit chrétiens et musulmans aux mesures de discrimination positive ouvertes aux autres dalit

Le 18 décembre dernier, indique Eglises d’Asie, la Commission nationale pour les minorités religieuses et linguistiques a présenté un rapport au Lok Sabah, le Parlement fédéral, demandant l’extension aux dalit chrétiens et musulmans des mesures de discrimination positive inscrites dans la Constitution indienne et déjà en vigueur au profit des dalit hindous, bouddhistes et sikhs. La nouvelle a été très favorablement accueillie par les responsables des communautés chrétiennes, qui voient là la satisfaction d’une revendication ancienne.

Selon la Constitution de l’Union indienne de 1947, tous les Indiens sont égaux devant la loi. Toute discrimination fondée sur la caste, le sexe, le lieu de naissance ou la religion est interdite. L’intouchabilité a été abolie par un autre article. Afin de lutter contre les effets de l’intouchabilité, une politique de discrimination positive, notamment par des quotas (24,5 % des postes dans la fonction publique, les lycées et les universités sont réservés aux ex-intouchables) a été mise en place, mais, dès 1950, les dalit musulmans et les chrétiens ont été exclus de cette politique, au motif que l’islam comme le christianisme ne connaissent pas le système des castes. Depuis cette date, les défenseurs de la cause dalit n’ont eu de cesse d’obtenir la réintégration des dalit chrétiens et musulmans dans le système de discrimination positive.

La Cour Suprême avait été saisie et les juges s’étaient prononcés pour une révision de la loi. En 2000, dans les Etats du Bihar, de l’Uttar Pradesh et de l’Andhra Pradesh, des lois ont été votées pour une égalité de traitement entre tous les dalit. Toutefois, jamais le Parlement fédéral n’a eu à se prononcer sur cette question.

Présidée par Ranganath Mishra, un ancien président de la Cour Suprême, la Commission nationale pour les minorités religieuses et linguistiques a fait valoir, dans son rapport, la nécessité pour le pays de «découpler» l’appartenance religieuse de l’accès aux mesures de discrimination positive prévues pour les dalit et d’autres segments défavorisés de la société. Ainsi, le rapport « suggère que le paragraphe 3 de l’amendement de 1950 relatif aux castes répertoriées (scheduled castes) – qui a réservé les mesures de discrimination positive aux dalit hindous, dans un premier temps, avant de les étendre aux dalit bouddhistes et sikhs, mais en en excluant les dalit musulmans, chrétiens, jaïns, parsis, etc. – soit entièrement supprimé, afin de découpler totalement le statut des dalit de leur appartenance religieuse.

Pour les responsables des Eglises chrétiennes, le rapport de la Commission nationale pour les minorités religieuses et linguistiques marque une étape considérable dans une lutte de près de 60 ans. «Nous voulons que la loi soit désormais votée sans délai», a déclaré le P. Cosmon Arokiaraj, secrétaire de la Commission pour les dalit et les groupes aborigènes (tribals) de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde.

Du côté des dirigeants du mouvement hindouiste, les réformes envisagées ont été froidement accueillies. Pour le Conseil mondial hindou (VHP, Vishwa Hindu Parishad), une des vitrines de l’extrémisme hindou, toute mesure de discrimination positive «fondée sur la religion » est « inconstitutionnelle». Selon une dépêche du 18 décembre de l’agence Press Trust India, le VHP a menacé d’organiser des manifestations de protestation à travers tout le pays au cas où le rapport de la Commission était appliqué.

Sur une population de 1,2 milliard d’habitants, il est estimé que les ex-intouchables forment un groupe d’environ 170 millions de personnes. S’agissant des chrétiens, dont le nombre est estimé à environ 25 millions, huit sur dix appartiendraient à ce groupe, par ailleurs très divers.

24 décembre 2009 | 09:19
par webmaster@kath.ch
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