«Une seule solution: communiquer !»
France: Les catholiques, surtout les jeunes, rechignent à financer leur Eglise
Paris, 10 décembre 2010 (Apic) La grande majorité des catholiques français ne contribuent pas au denier de l’Eglise, souvent par méconnaissance de son fonctionnement. Cet état de fait oblige l’institution à multiplier les initiatives pour élargir le cercle des donateurs, rapporte le quotidien catholique français «La Croix» dans son édition du jeudi 9 décembre 2010. Surtout, si les dons des contributeurs individuels augmentent, ils sont moins nombreux et prennent de l’âge. L’enjeu: concerner les jeunes!
Si les catholiques rechignent à financer leur Eglise, relève Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry, c’est premièrement en raison de la culture française: «l’Eglise est assimilée aux services publics financés par l’impôt. Cette idée, historiquement fondée mais fausse aujourd’hui, explique pourquoi beaucoup de gens ne se soucient pas de savoir comment sont payés les prêtres».
Les catholiques trouvent normal que prêtres et religieuses soient peu payés
Deuxième raison, les Français sont beaucoup plus généreux pour les «coups» que pour le fonctionnement: «Si j’ai besoin d’argent pour repeindre une église, je vais dire que nous allons construire une croix. Mais pour récolter des fonds pour le fonctionnement, il faut faire pitié: la quête pour les prêtres âgés rapporte plus que les appels lancés pour les prêtres en fonction !», poursuit Mgr Dubost, cité par «La Croix». Enfin, l’évêque d’Evry évoque une troisième raison: «Les catholiques trouvent normal que les prêtres, les laïcs et plus encore les religieuses soient peu payés. Cette demande de pauvreté, qui a certes des fondements théologiques, pose parfois problème…».
Le salaire que verse l’Eglise aux laïcs implique de n’employer que des personnes acceptant un maigre salaire. «En région parisienne, il ne peut constituer qu’un revenu d’appoint, ne peut faire vivre une personne, et nous risquons alors de n’embaucher que des femmes de cadres», regrette Mgr Dubost.
Si les catholiques français sont réputés pour leur prodigalité lorsqu’il s’agit de signer un chèque pour les causes humanitaires les plus diverses, note «La Croix», les contributeurs occasionnels n’ont pas conscience de devoir participer régulièrement à la marche financière de l’Eglise. Certes, les trois quarts des catholiques pratiquants réguliers donnent pour le denier de l’Eglise. «Mais les pratiquants occasionnels ne sont prêts à la soutenir que lorsqu’ils en ont besoin», explique Laurent Charignon, économe du diocèse de Lyon. Il semble que ces contributeurs occasionnels ne répondent que lors d’une situation d’urgence ou une «communication choc» pour le denier de l’Eglise.
L’Eglise ne vit pas de subventions comme l’Education nationale ou la SNCF
«La Croix» relève que seuls 10 % de la population participeraient au financement des paroisses, des maisons diocésaines et autres séminaires. Selon l’économe lyonnais, la culture du service public à la française donne le sentiment à l’opinion que l’Eglise vit de subventions, comme l’Education nationale ou la SNCF. «Et les façades de bâtiments hérités du passé lui font croire qu’elle est à l’abri du besoin…»
«Double méprise!», note encore le quotidien catholique. Seuls les dons des fidèles permettent d’assurer le fonctionnement des lieux de culte et des salles paroissiales ainsi que le salaire des prêtres et des laïcs en mission ecclésiale.
«L’enjeu est de faire comprendre aux catholiques qu’ils doivent soutenir la structure s’ils veulent avoir quelqu’un derrière la porte lorsqu’ils se rendent dans une paroisse. Tous ne font pas encore le raisonnement et sont plus séduits par une culture du contrat: ’Je demande un service, je le paie’», poursuit Laurent Charignon.
Son collègue de Rennes, Régis Boccard, relève que contribuer au denier de l’Eglise, «c’est soutenir sa famille, que l’on en soit très proche ou un peu plus éloigné. Pour les catholiques, c’est le socle de toute démarche de générosité, en dehors de tout contexte émotionnel. Voilà pourquoi il n’y a pas de concurrence entre le denier et les associations caritatives qui mobilisent dans des situations de crise et d’urgence. Les dons doivent s’ajouter». L’économe rennais est bien conscient que le mois de décembre, ultime étape de la campagne 2010 du denier de l’Eglise en France, constitue un moment décisif.
Les diocèses forcés à de gros efforts pour renouveler le fichier des donateurs
Une statistique inquiète la plupart des économes diocésains: si les dons sont globalement en hausse, le nombre de donateurs a tendance à diminuer, obligeant chaque diocèse à des efforts considérables pour renouveler les fichiers. Mathilde Desjars, responsable pour la campagne du denier de l’Eglise en Gironde, constate que si dans sa région le don moyen ne cesse de croître (actuellement 190 «‚¬, soit 5 «‚¬ de plus que l’an dernier), l’âge moyen du donateur se situe par contre aux alentours de 70 ans.
L’Eglise a donc des soucis, car elle a de grandes difficultés à toucher les plus jeunes. Même situation à Lyon où le nombre des donateurs a baissé de 323 unités entre 2009 et 2010 tandis que les dons ont progressé de 2,49 %. «Il faut surveiller le flux des donateurs comme le lait sur le feu», remarque Laurent Charignon, dans un diocèse qui avait perdu 5’000 donateurs en dix ans.
Dans ce contexte, relève le quotidien catholique: «une seule solution: communiquer !» Surtout après la révélation récente de l’escroquerie dont a été victime la Conférence des évêques de France (CEF) de la part d’une employée indélicate, susceptible de jeter le trouble sur la gestion des finances de l’Eglise. Des catholiques engagés invitent l’institution à parler clairement d’argent, sans honte ni fausse pudeur.
Il existe des campagnes audacieuses, comme la souscription populaire lancée pour la construction de la cathédrale d’Evry: les fidèles pouvaient acheter des briques où chacun pouvait insérer des lettres et des prières dans des caissons étanches. Cette idée originale avait séduit 400’000 donateurs en France et à l’étranger. L’Eglise doit donc adopter une communication novatrice pour enrayer l’érosion des donateurs. Plusieurs diocèses, comme ceux de la province de Rennes ou celui de Lyon, ont fait le choix d’une campagne audacieuse, à grands renforts de messages marquants, de couleurs vives et de publicités dans la presse grand public.
A Nancy, le vicaire général, le Père Robert Marchal, assume pleinement le message iconoclaste affiché cette année: «Jésus crise. Donnez, que diable !» Même s’il a provoqué des grincements de dents et quelques chèques en moins de donateurs réguliers. «Les dons étaient en baisse de 10 %, il fallait frapper fort et le retentissement a été à la hauteur, justifie-t-il. Nous avons enregistré 16 % de nouveaux donateurs!» Le défi étant aujourd’hui de les fidéliser. «L’essentiel, c’est que chacun prenne conscience de la vie concrète des paroisses, au-delà des images toutes faites. Très souvent, les gens découvrent qu’elles ne sont pas riches le jour où ils viennent pour un baptême ou pour un enterrement… «
Encadré
Chez les catholiques, le denier de l’Eglise – autrefois appelé «denier du culte» – assure 46 % des ressources de l’Eglise. Cette contribution annuelle des paroissiens est gérée par chaque diocèse. Celui-ci mobilise les fidèles au cours d’une campagne annuelle avec divers moyens de communication. Le denier de l’Eglise sert principalement à financer le traitement des prêtres, la rémunération des laïcs salariés animateurs en pastorale, la formation des séminaristes, des prêtres et des laïcs.
Incitations fiscales
Unique source de financement de l’Eglise, les dons se sont élevés à 501’200’364 «‚¬ en 2008 (legs non compris), dont 228’000’000 «‚¬ pour le denier. Le montant moyen du don au denier de l’Eglise était de 155 «‚¬ en 2008. Chez les protestants, le montant moyen du don pour l’ensemble des Eglises protestantes (évangéliques et réformées) est de 237 «‚¬ par personne, tandis que le montant médian est de 438 «‚¬. On estime que 47 % des personnes déclarées par chaque Eglise contribuent à sa vie financière.
Pour les personnes imposables, les versements au denier de l’Eglise sont assortis d’une incitation fiscale: une réduction de l’impôt sur le revenu à hauteur de 66 % de la somme versée dans la limite de 20 % du revenu imposable. Lorsque les montants dépassent cette limite de 20 %, l’excédent est reporté sur les cinq années suivantes en ouvrant droit à la réduction d’impôt dans les mêmes conditions. Pour bénéficier de la réduction au titre des revenus de l’année 2010, à déclarer au printemps prochain, le don doit être effectué avant le 31 décembre.
Par ailleurs, l’Eglise catholique a lancé ces dernières années une campagne pour inciter les fidèles à inscrire l’institution sur leur testament ou à lui faire des dons de leur vivant. De tels dons et legs bénéficient d’une exonération totale de droits de succession, mutation et donation. (apic/cx/be)



