Chambésy: Un colloque rappelle l'importance de Vatican II pour l'Eglise orthodoxe

Une source d’inspiration pour l’unité panorthodoxe

Chambésy, 17 octobre 2013 (Apic) Les imposantes croix et barbes orthodoxes côtoyaient, en ce 17 octobre 2013, les tenues plus sobres des représentants catholiques. Une vingtaine de responsables religieux chrétiens sont venus débattre, au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique de Chambésy, près de Genève, du rapprochement de ces deux mondes à partir du Concile Vatican II.

Dans la salle baignée par une douce lumière automnale, les participants ont notamment souligné que le Concile catholique a été une source d’inspiration et d’encouragement à l’unité au sein de l’Eglise d’Orient, ainsi qu’un modèle pour un futur Concile panorthodoxe, dont le secrétariat pour la préparation se trouve au Centre de Chambésy.

C’est avec une «joie toute particulière» que le métropolite Jérémie de Suisse, le premier orateur de la journée, a accueilli l’assemblée pour «évaluer ensemble l’importante œuvre de Vatican II». Evoquant l’actualité des réalisations du Concile, l’ecclésiastique orthodoxe a souligné la nécessité de mieux mettre en relief son «importance exceptionnelle pour le dialogue œcuménique moderne». Il a relevé la portée étendue de Vatican II, sur toutes les Eglises chrétiennes, ainsi que sur leur théologie.

Collaboration avec l’Université de Fribourg

Le colloque théologique, intitulé «Le second Concile du Vatican et l’Eglise orthodoxe» qui dure jusqu’au 19 octobre, est organisé en collaboration avec la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Le recteur de l’Université, Guido Vergauwen, a rappelé que la commémoration des 50 ans des débuts du Concile, qui s’est terminé en 1965, était l’occasion de redonner un souffle au grand mouvement œcuménique lancé suite au rassemblement. Il a insisté sur le fait, qu’au-delà des simples activités de commémoration, les efforts concrets pour «ouvrir l’avenir de l’œcuménisme», avaient encore plus de valeur.

Un nouveau discours

De manière générale, le métropolite Jérémie s’est réjoui du «nouveau discours» de l’Eglise romaine que représente Vatican II. Le Concile exprime ainsi de manière officielle «une nouvelle interprétation théologique de sa propre identité ecclésiale, aussi bien que de sa relation avec l’Eglise orthodoxe et les confessions protestantes». Aux yeux du métropolite, le texte «évite systématiquement- sans pour autant l’exclure- d’identifier expressément et de façon évidente l’Eglise catholique-romaine à l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique». Vatican II reconnaît également que l’Eglise orthodoxe constitue la continuation de cette dernière, «mais sans exclure que l’Esprit saint ait également un effet sanctifiant- même imparfaitement- sur les confessions protestantes».

Le métropolite Jérémie a conclu en soulignant que le Concile romain, notamment au niveau de son organisation et de son fonctionnement pouvait servir d’inspiration au «Saint et Grand Concile de l’Eglise orthodoxe».

Un Concile panorthodoxe depuis longtemps attendu

La question du Concile panorthodoxe a fait l’objet d’une analyse de Noël Ruffieux, laïc orthodoxe et président de la Commission œcuménique de Fribourg. «En cent ans, trois conciles révèlent le visage de l’Eglise…pour autant que le Concile panorthodoxe soit convoqué avant 2018!», a lancé Noël Ruffieux. En effet, après le Concile orthodoxe de Moscou en 1917-1918, et Vatican II, entre 1962 et 1965, ce grand rassemblement des Eglises d’Orient représenterait un événement majeur dans l’histoire du christianisme contemporain. Mais le grand «raout» orthodoxe se fait quelque peu attendre, puisque sa préparation a débuté en 1961. Avec toutes les Eglises orthodoxes, les commissions et conférences préconciliaires ont déjà élaboré des documents sur dix thèmes, mais sans élaborer de règlement. Une des questions est de savoir si la liste des thèmes retenus en 1976 est encore pertinente et si elle peut subir des modifications, a relevé le président de la Commission œcuménique de Fribourg.

La raison de l’important délai de préparation du Concile panorthodoxe tient principalement aux dissensions entre les Eglises appartenant à cette confession. «Dans la vie orthodoxe d’aujourd’hui, la conciliarité rencontre des obstacles», explique Noël Ruffieux. D’une part, sous couvert d’autocéphalie, le phylétisme, ou nationalisme ecclésial, freine la réalisation et la manifestation de la communion entre les Eglises, précise le laïc orthodoxe. D’autre part, la gestion de l’autorité, l’arbitraire administratif, la tentation du centralisme, à quelque niveau que ce soit, tendent à vider la conciliarité de son potentiel de communion, relève-t-il. A propos de Vatican II, il note ainsi que «l’expérience conciliaire des autres peut nous aider à dynamiser notre propre Concile».

Vatican II, une inspiration pour tous les chrétiens

Les participants au colloque ont insisté sur les bienfaits apportés par Vatican II à la chrétienté en général. «Tout accroissement de la communion ecclésiale dans une Eglise est l’indice que croît et s’épanouit l’Eglise du Christ», a souligné Noël Ruffieux.

Georges Lemopoulos, secrétaire général adjoint du Conseil oecuménique des Eglises (COE), dont les Eglises orthodoxes sont membres, est venu particulièrement étayer ce point. Enumérant les principaux fruits récoltés par l’œcuménisme conciliaire, il a loué la collaboration constructive de l’Eglise catholique avec son organisation, depuis le Concile. Il a noté en particulier la «source d’inspiration» que représente Vatican II pour le mouvement œcuménique en général.

«En dépit des tensions théologiques…les rapports mutuels entre les Eglises d’Orient et d’Occident ont toujours été nécessaires pour promouvoir de façon plus crédible le message de rédemption de l’Evangile au monde…», avait auparavant souligné le métropolite Jérémie de Suisse. (apic/rz)

17 octobre 2013 | 17:40
par webmaster@kath.ch
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