«Une terre sanctifiée par le sang des martyrs»

De notre envoyée spéciale à Kiev, Sophie de Ravinel

Kiev, 25 juin 2001 (APIC) Le pape Jean Paul II a lancé lundi un nouvel appel pressant à la prière pour l’unité des chrétiens, soulignant que la terre d’Ukraine a été «sanctifiée par le sang des martyrs». Lors d’une célébration en rite byzantin réunissant plusieurs dizaines de milliers de fidèles grecs-catholiques «uniates» sur le terrain de l’aéroport Tchaïka, dans la banlieue de Kiev, le pape a élevé sa prière «pour que tous les chrétiens deviennent unis.»

«C’est une prière incessante pour l’unité qui s’élève des cœurs humbles et disponibles à entendre, penser et agir généreusement afin que se réalise ce désir de Dieu», a affirmé Jean Paul II lors de la célébration liturgique en rite byzantin qui s’est déroulée le 25 juin, à l’aéroport de Tchaïka. Quelques dizaines de milliers de catholiques de rite grec-catholique sont venus entourer le pape qui a présidé la cérémonie en langue ukrainienne, et le cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur des grecs-catholiques, célébrant principal. Dans la foule, se trouvaient aussi de nombreux orthodoxes liés au patriarche Philarète, du «patriarcat de Kiev», indépendant de Moscou, mais aussi des fidèles orthodoxes du patriarcat de Moscou.

Accompagné des «antiphonaires» ­ chants d’entrées ­ aux mélodies orientales saisissantes, Jean Paul II est allé embrasser l’autel près duquel ont été installées d’immenses icônes de la mère de Dieu et du Christ. Le cardinal Lubomyr Husar, vêtu de très riches ornements dorés, a ensuite initié la liturgie qualifiée de «divine» et qui se déroule selon des règles très strictes et précises. Pour le Père Ken Novakowski, porte-parole de l’Eglise grecque-catholique ukrainienne, «un fidèle orthodoxe qui viendrait assister à cette cérémonie, ne verrait aucune différence avec la liturgie de son Eglise».

Plaidoyer pour la pluralité des traditions, présence orthodoxe à la messe du pape

Au cours de son homélie, le pape a souligné que «la pluralité des traditions, des rites et des disciplines canoniques, loin de nuire à l’unité de l’Eglise, l’enrichit des dons de chacun». Pour lui, les catholiques des deux rites «doivent être des modèles d’unité et vivre leur légitime pluralisme, garantie par l’évêque de Rome». «De cette terre sanctifiée par le sang des martyrs, a-t-il poursuivi, j’élève ma prière avec vous pour que tout les chrétiens deviennent unis».

De nombreux orthodoxes liés au patriarche Philarète se sont rendus sur les lieux. La veille, en effet, le patriarche a lancé un appel à ses fidèles pour qu’ils assistent à cette célébration, en signe de respect et d’accueil. Mais l’on pouvait aussi rencontrer des orthodoxes du patriarcat de Moscou. Ainsi, Olga Klivenka, 23 ans, est venue d’Odessa, sur les rives de la Mer Noire. «J’ai été très attirée par la visite de Jean Paul II. Pour moi, il est beaucoup plus qu’un patriarche. J’ai demandé l’autorisation au pope de venir et il me l’a accordée. Cette rencontre aura une place très importante dans ma vie».

Un peu plus loin, Vira Zemliyamska, 24 ans, de Lviv, est venue «par curiosité» et s’est dite «très intéressée par la démarche de Jean Paul II». Pour sa part, Orissia Ivanchiu, 61 ans, de Kiev, est venu en mémoire du rôle que le pape a joué en 1981, «lorsque la Russie a failli envahir la Pologne». Dans les carrés de fidèles, l’ambiance a été très recueillie et silencieuse durant la cérémonie qui a duré plus de deux heures et demie. Après son départ de l’aéroport de Tchaïka, Jean Paul II devait se rendre au mémorial de Baby Yar, situé en banlieue de Kiev, sur l’emplacement d’un camp où, entre autre, ont été tué plus de 30’000 juifs par les nazis entre le 29 et le 30 septembre 1941. Il devait ensuite se rendre à la nonciature apostolique puis prendre un avion en fin d’après-midi, en direction de Lviv, pour la deuxième et dernière partie de sa visite. (apic/imedia/be)

25 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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