Autriche: L’Eglise catholique a mis sur pied un site internet sur les abus sexuels

Une totale indépendance pour l’ancienne gouverneure de Styrie, Waltraud Klasnic

Vienne/Bonn, 2 avril 2010 (Apic) L’Eglise catholique autrichienne a mis sur pied à l’adresse www.ombudsstellen.at un site internet informant sur les offres d’aide aux victimes d’abus sexuels et d’actes de violence dans les neufs diocèses autrichiens ainsi que dans le diocèse aux armées.

C’est Waltraud Klasnic, une catholique de 64 ans, ancienne gouverneure de Styrie, qui sera chargée, à partir de ce mois, d’enquêter sur les violences sexuelles dont sont accusés des membres du clergé en Autriche. Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a insisté jeudi 1er avril sur l’indépendance de la représentante qu’il a nommée pour enquêter sur les abus sexuels commis par des prêtres en Autriche. Il lui a garanti une totale indépendance.

Une messe du repentir

Waltraud Klasnic, qui travaille bénévolement et dont le but principal est de venir en aide aux victimes, va former une équipe qu’elle présentera aux médias d’ici la fin avril. Elle sera totalement indépendante dans sa manière de travailler, a-t-elle précisé à la presse. Elle bénéficiera du soutien financier de l’Eglise pour son travail, mais aucune contribution ecclésiastique ne servira pour payer les frais de cette commission ou le coût des thérapies pour les victimes. Le cardinal Schönborn l’a assuré jeudi au cours d’une conférence de presse commune avec Waltraud Klasnic.

Lors d’une messe de pénitence célébrée mercredi soir dans la cathédrale de Vienne devant quelque 3’000 fidèles, le cardinal Schönborn a reconnu la responsabilité de l’Eglise dans les abus sexuels rapportés ces dernières semaines dans le pays. Il a aussi déploré la «dissimulation» et le fait que pendant longtemps on n’ait pas pu parler des affaires d’abus sexuels dans l’Eglise. «C’est une expérience douloureuse pour l’Eglise, a-t-il reconnu. Mais que représente cette douleur en comparaison de celle des victimes, que nous n’avons pas voulu voir ni entendre… «

«Nous, peuple de Dieu, son Eglise, portons ensemble cette faute», a-t-il dit au cours de la messe organisée avec le mouvement progressiste «Wir sind Kirche» (»Nous sommes Eglise»). A cette occasion, le cardinal Schönborn a remercié les victimes d’avoir brisé le silence sur ces actes, alors que des témoignages de victimes ont également été lus devant l’assemblée. La plupart des cas d’abus sexuels remontent aux années 1970 et 1980.

Des sorties d’Eglise de plus en plus nombreuses depuis le début de l’année

La révélation de ces scandales a provoqué depuis le début de l’année une vague de sorties d’Eglise sans précédent. Ainsi peut-ont lire sur le site internet du diocèse de Graz-Seckau que le nombre de personnes qui ont quitté l’Eglise de janvier à fin mars 2010 est de 31,6% supérieur à la même période de l’année précédente pour toute la Styrie. Le nombre de sortie a cependant augmenté de 78% dans la capitale Graz.

La situation n’est pas meilleure dans le Vorarlberg, à la frontière suisse: près d’un millier de catholiques ont quitté l’Eglise depuis le début de l’année, alors que «seulement» 2’515 catholiques avaient franchi ce pas durant toute l’année 2009.

Création d’une ligne directe pour les victimes d’abus sexuels également en Allemagne

L’Eglise catholique en Allemagne a elle aussi annoncé la création d’une ligne directe pour les victimes d’abus sexuels dans ses institutions (Cf. www.hilfe-missbrauch.de). Au cours d’une conférence de presse à Trèves, Mgr Stephan Ackermann, évêque du diocèse et chargé spécial de la Conférence épiscopale allemande pour les affaires d’abus contre les mineurs dans le milieu ecclésial, a déclaré que cette ligne directe est tenue par des psychologues et des assistants sociaux du diocèse de Trèves. A peine lancée, cette «hotline» a déjà été appelée près de 4’500 fois par environ un millier de personnes. 162 entretiens ont déjà eu lieu au 30 mars.

Mai 68 a bon dos !

Mgr Ackermann a été nommé en février par les évêques allemands pour faire face aux accusations croissantes d’abus sexuels dans l’Eglise catholique en Allemagne. La crise a commencé lorsqu’une école à Berlin, gérée par l’ordre des jésuites, a annoncé en janvier que trois prêtres avaient commis régulièrement des abus sexuels sur des élèves dans les années 1970 et 1980. L’école a ensuite nommé une avocate et lancé un appel aux victimes pour qu’elles se manifestent. Ces prêtres concernés avaient également enseigné dans d’autres écoles confessionnelles. Le scandale des abus sexuels a touché jusqu’à présent une bonne partie des diocèses allemands.

Il a également indiqué que les victimes ont maintenant la possibilité de se manifester «et de raconter ce que la honte les a empêché de dire pendant des décennies». L’évêque, qui se refuse à mettre la faute de ces abus sur le dos de la libération sexuelle des années suivant mai 68, a également souligné avoir lu de nombreux courriels au cours de ces dernières semaines dans lesquels les victimes décrivent de manière détaillée les abus qu’ils ont subis et les séquelles dont elles souffrent. «Je dois vous dire en toute honnêteté que je ne peux les lire qu’à petites doses. C’est bouleversant et cela ne se lit pas comme du courrier ordinaire».

La ligne directe doit permettre aux victimes d’«entrouvrir la porte», a précisé Andreas Zimmer qui gère le service d’aide psychologique dans le diocèse de Trèves. Après une première conversation avec les victimes et une fois qu’elles se sont exprimées sur les démarches qu’elles comptent entreprendre, elles sont dirigées vers d’autres services spécialisés dans leurs propres diocèses. (apic/kna/kap/eni/be)

2 avril 2010 | 16:57
par webmaster@kath.ch
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