Des spécialistes se penchent sur son apport au magistère doctrinal
Université de Fribourg: Colloque international de Théologie sur Thérèse de Lisieux
Fribourg, 25 novembre 1998 (APIC) Morte à l’âge de 24 ans, entrée au couvent à 15 ans, sans connaissance du monde et au bénéfice d’une éducation scolaire moyenne, Thérèse de Lisieux n’en a pas moins été proclamée docteur de l’Eglise. L’Université de Fribourg consacre trois jours à la spiritualité de la «Petite Thérèse» de Lisieux.
L’Université de Fribourg, avec la communauté des Carmes de Fribourg, organisent du 26 au 28 novembre un colloque international sur sainte Thérèse de Lisieux. Une quinzaine de théologiens et de théologiennes se pencheront trois jours durant sur l’apport au magistère doctrinal et à la réflexion théologique contemporaine, de celle que le pape Jean Paul II a fait docteur de l’Eglise le 14 octobre dernier.
La «Petite Thérèse» de Lisieux, dont on a fêté le centenaire de sa mort l’an dernier, suscite plus que jamais l’attention. La «plus grande sainte des temps moderne», entrée au carmel de Lisieux à l’âge de 15 ans, morte dans ce même carmel à l’âge de 24 ans, au bénéfice d’une éducation scolaire somme toute moyenne, n’avait pourtant pas d’autres connaissances du monde que son carmel. Ni théologienne ni plus douée qu’une gamine de son âge, peu inspirée par l’orthographe, elle laissera en deux cahiers manuscrits de 80 et 36 pages, un «monument» paru en 1898 sous le titre «Histoire d’une Ame». Des écrits sur lesquels s’interrogent aujourd’hui en langage universitaire des spécialistes du monde entier.
L’an dernier, dans le cadre du 100e anniversaire de la mort de sainte Thérèse, des milliers de manifestations ont été organisées partout dans le monde. Dans une interview accordée à l’APIC le Père Denis Chardonnens, prieur du couvent des carmes à Fribourg, et membre du comité d’organisation de ce colloque, s’explique.
D. Chardonnens: Nous voulions attendre que les manifestations sur Thérèse soient achevées. La réflexion de la petite Thérèse pour l’enseignement de l’Eglise, lui a valu d’être proclamée docteur de l’Eglise le 19 octobre 1997 par le pape Jean Paul II. C’est donc bien son doctorat qui nous a poussés à organiser ce colloque à l’Université, avec des théologiens. Et Thérèse, comme docteur, a quelque chose a dire. Le colloque ne vise pas à une étude exhaustive de l’oeuvre de la sainte de Lisieux. Nous souhaitons étudier et débattre de son apport dans l’exercice théologique contemporain. Le colloque se propose d’approfondir, à partir de l’enseignement de sainte Thérèse, une nouvelle dimension de l’approche théologique.
APIC: Une quinzaine de spécialistes, de professeurs d’Uni se penchent sur la spiritualité d’une «gamine» qui se singularise pour avoir finalement très peu lu et ne rien connaître ou presque de la théologie…
D. Chardonnens: Thérèse a une aura exceptionnelle dans le monde que peu de saints ont eu dans l’histoire de l’Eglise. Dès que ses manuscrits autobiographiques ont été publiés à la fin du XIXe siècle, ils ont tout de suite eu un succès considérable. Les gens ont été immédiatement frappés, impressionnés, bouleversés même par la netteté de ces doctrines. Pourquoi? Parce que c’est l’Evangile qui continue. La foi, qui se présente sans détour. Avec son message universel, Thérèse va directement au but: Dieu, l’amour de Dieu, Dieu qui donne sens à l’existence.
APIC: «La contribution de Thérèse au débat contemporain de la théologie trinitaire»; «Théologie ou herméneutique biblique avec Thérèse…»; «L’apport de Thérèse à l’ecclésiologie contemporaine», sont autant de thèmes – parmi d’autres – qui seront développés ces jours à l’Uni. Des termes d’initiés… La «Petite Thérèse» ne faisait pourtant pas dans le «savant»…
D. Chardonnens: Il y a un point très important à retenir chez Thérèse: elle n’est pas, certes, théologienne de «métier». Thérèse est une personne de foi. Elle croit en Dieu, le cherche et veut l’aimer de tout son cœur. C’est à l’intérieur de sa foi qu’elle peut ainsi se rendre accueillante à ce que Dieu veut lui montrer. En ce sens, elle représente le sens des fidèles et le sens de la foi de l’Eglise. On peut ne pas avoir de formation, ne pas avoir étudié dans les plus grandes universités, mais la foi, l’exigence de la recherche de Dieu, lui permettent de s’approcher en vérité du mystère du Dieu vivant. C’est ainsi que Thérèse a pu mettre le doigt sur des choses extrêmement importantes de ce mystère. Je pense en particulier à la «petite voie», qui représente le chemin de l’abandon. Dieu, pour elle, est miséricordieux. Ce qui est nouveau à une époque alors marquée par le jansénisme, où l’on donnait de Dieu l’image d’un justicier rigide. Chez Thérèse, cette doctrine est l’expression d’une expérience: Dieu est amour.
APIC: On a quand même l’impression que l’homme de la rue est éloigné de ce langage d’initié.
D. Chardonnens: L’apport paraît différent pour le théologien et pour l’homme de la rue, du moins en ce qui concerne l’expression et le langage. Toutefois, le colloque va montrer que la doctrine de Thérèse les rejoint l’un et l’autre. Elle a une parole pour l’homme d’aujourd’hui qui est à la recherche de Dieu. Son cheminement, pas banal dans la sainteté, a valeur pour les autres. Il a une valeur prophétique et manifeste pour son époque et pour la nôtre l’urgence de vivre l’Evangile: la miséricorde de Dieu, l’amour de Dieu et l’amour du prochain.
APIC: Docteur de l’Eglise. N’en fait-on pas un peu trop à propos de Thérèse de Lisieux?
D. Chardonnens: Vu de l’extérieur, on pourrait effectivement penser qu’il n’y avait pas de raison d’en faire une docteur de l’Eglise. Thérèse de Lisieux disait «Je n’ai jamais cherché que la vérité». Quand quelqu’un cherche la vérité et a reçu mission de l’exprimer, ce qui est le cas de Thérèse de Lisieux, il faut lui accorder une très grande importance. Or il se trouve que cette vérité correspond complètement à la quête de sens de l’homme d’aujourd’hui et de demain. Sa parole très forte mérite qu’on la connaisse encore mieux. Une parole qui doit être proclamée, y compris dans le cercle des théologiens. Voilà pourquoi elle a été déclarée docteur de l’Eglise. (apic/pierre rottet)



