Sœur Lynch : la leçon du Golfe n’a pas servi

Uranium appauvri : conscience appauvrie

Rome, 16 janvier 2001 (APIC) Le Centre International pour la Paix (CIPAX) a diffusé une réflexion brève mais efficace de Sœur Rosmery Lynch sur l’affaire de l’uranium appauvri, utilisé durant la guerre de Bosnie et du Kosovo et qui est en train de créer des remous dans les pays de l’OTAN. La religieuse franciscaine, âgée de 83 ans, a consacré sa vie à la paix et travaille au centre «Paix et Bonheur» de Los Angeles.

Sœur Lynch était ces jours-ci l’hôte du CIPAX à Rome. «Il y a à peu près deux ans, explique-t-elle, Sœur Rosalie Bertell, épidémiologiste, a publié une étude sur l’uranium appauvri et ses effets sur les troupes de terre américaines qui avaient participé à la guerre du Golfe (appelée par euphémisme «Tempête du désert»). Peu après la fin du conflit, de nombreux rescapés ont commencé à faire l’expérience d’étranges maladies et de malformations génétiques épouvantables chez leurs enfants. Bien que le président George Bush ait tenté désespérément d’éviter le terme de «guerre», cette épidémie tragique fut définie comme le «syndrome de guerre du Golfe».

«Par la suite, des témoins nous ont raconté des histoires horribles sur l’Irak: des sources d’eau contaminées, le désert lui-même gravement endommagé, ses sables transformés en verre empoisonné. Et, ce qui est pire, des souffrances humaines indicibles comme des enfants nés avec de terribles malformations. Paradoxalement, les soldats eux-mêmes, victimes d’un gouvernement sans conscience, tombèrent malades à cause de leurs chars revêtus d’uranium et des fumées mortelles de leurs bombes.

L’image d’une guerre «propre»

«Malgré tout cela, poursuit la religieuse, les mêmes armes furent utilisées durant la guerre en Bosnie, avec les mêmes effets désastreux. En outre, la campagne pour «faire apparaître bénéfique» la guerre fut très vaste. Les bombes n’étaient pas mortelles, elles étaient «propres». Les pilotes ne faisaient pas de bombardements, mais des «interventions chirurgicales», comme s’ils étaient des bienfaiteurs, visant à la guérison de quelque chose. Il s’est agi bien plus d’un lavage du cerveau, ce fut un assaut contre la personne humaine et contre son intégrité. Il fut nécessaire non seulement de diaboliser l’ennemi, mais également de «faire apparaître comme bénéfique» la nature brutale des moyens mis en œuvre. «

L’expression dont il a été fait usage en anglais est «depleted uranium» (uranium appauvri). «Depleted» signifie faible, donc quasi inoffensif. Pour Sœur Rosmery Lynch, «cette déformation de la réalité à travers le langage est un autre crime contre l’humanité». (apic/cip/vd/bb)

16 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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