Suisse

Urban Federer: «Tout le monde peut chanter sous la douche»

L’Abbé d’Einsiedeln (SZ), Urban Federer, est doté d’une grande sensibilité musicale. Dialogue sur de pouvoir du chant, ses résonances théologiques, et pourquoi il envoie volontiers les gens chanter en forêt.

Par Raphael Rauch, kath.ch, traduction et adaptation Grégory Roth

Quelle musique vous dérange particulièrement?
Urban Federer: Le dodécaphonisme [courant musical expressionniste du 20e siècle, ndlr], par exemple, n’est pas trop mon monde. Ou lorsque la musique est constituée de cris violents, à tel point que je ne peux plus en reconnaître la forme.

Êtes-vous dérangé par quelqu’un chante faux?
Bien sûr, je suis très sensible à cela. Quand l’orgue joue et que les gens chantent comme ils le veulent, j’aspire vraiment au mysticisme. D’ailleurs, le lâcher-prise est un principe que je devrai exercer encore longtemps.

«Le chant grégorien est une méditation de la Parole de Dieu mise en musique»

Pour vous, est-ce que le chant grégorien passe avant tout?
Pour moi, le chant grégorien est une méditation de la Parole de Dieu mise en sons, mise en musique. Il n’y a pas que le chant grégorien qui puisse le faire, mais il le fait particulièrement bien. En ce qui me concerne, c’est le point de référence: comment la Parole de Dieu peut-elle atteindre le mieux le cœur humain.

Quelle est la relation entre le langage et la musique?
C’est la question de la poule et de l’œuf. Qu’est-ce qui est venu en premier: le Verbe ou le son? Nous pouvons interpréter cela de manière rationnelle: au début, le Verbe était imaginé. Mais peut-être que le son est venu en premier. Le Verbe, dans le christianisme, a toujours voulu résonner.

«La Parole de Dieu est faite pour résonner, idéalement»

Comment interprétez-vous le son dans l’aspect théologique?
A mon avis, le son appartient à la proclamation. Si l’on pense à Paul, les cantiques ont quelque chose à voir avec Dieu et avec l’homme, tournés vers notre humanité commune. C’est ma définition du son. Et la Parole de Dieu est faite pour résonner, idéalement.

La musique d’Eglise a des soucis de relève: de moins en moins de gens veulent s’engager dans des chorales.
Le chant est une chose que l’Occident doit réapprendre. Autrefois, nous chantions beaucoup. Dans mon enfance, je me rappelle que notre mère avait l’habitude de chanter pour nous faire taire dans la voiture. Aujourd’hui, il existe d’autres moyens de faire taire les enfants. Je trouve cela dommage.

Vous connaissez la réalité des paroisses: souvent, le chantre s’active, mais l’assemblée ne suit pas.
Il y a beaucoup de cas de figure, liés à la culture locale. J’ai récemment fait l’expérience de me déplacer dans la nef de l’église pendant que je faisais la prédication. J’ai dit aux gens: cela ne sert à rien si les personnes devant chantent bien. C’est ensemble que nous devons découvrir nos voix.

L’expérience a-t-elle fonctionné?
Nous pouvons bien chanter ensemble, mais nous devons le découvrir ensemble. C’est aussi un chemin de vocation. Dans cette communauté, les gens se sont impliqués.

«J’aime souligner l’aspect psychologique du chant.»

Et si quelqu’un dit: «Je ne sais pas chanter»?
Mais tout le monde peut chanter sous la douche. J’aime souligner l’aspect psychologique du chant. Il peut nous apporter un équilibre hormonal qui nous permet de gérer notre agressivité.

Par exemple?
Je conseille aux gens d’aller en forêt, où personne ne peut les entendre, et de chanter, voire de crier. C’est là que notre être le plus profond s’exprime.

Urban Federer, 51 ans, est l’Abbé du monastère bénédictin d’Einsiedeln. Au sein de la Conférence des Ordinaires alémaniques, il est responsable de tous les aspects du chant d’Eglise. (cath.ch/kath/rr/gr)

Urban Federer, Père Abbé d’Einsiedeln | © Pierre Pistoletti
17 juillet 2020 | 17:00
par Rédaction
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