Uruguay: Des familles de «disparus» demandent l’ouverture d’une enquête
Lancement d’une campagne internationale
New York, 25 mars 1998 (APIC) Des familles et des proches de «disparus» uruguayens durant le régime militaire (1973-1985) réclament l’ouverture d’une enquête et demandent l’aide des Eglises. Une campagne internationale visant à faire pression sur le gouvernement uruguayen a été lancée à New York par trois représentants de ces familles.
On estime que 156 Uruguayens ont disparu durant cette période. Un grand nombre d’entre-eux ont été enlevés alors qu’ils se trouvaient en Argentine. A cette époque déjà, de nombreux pays d’Amérique latine étaient sous la coupe de gouvernements répressifs qui coopéraient entre eux.
Alors que certains pays d’Amérique latine ont mis en place des commissions pour faire la lumière sur ces disparitions ou ont ouvert leurs archives depuis le rétablissement de la démocratie, le gouvernement uruguayen a décidé que le sujet était clos. En 1986, le parlement uruguayen a promulgué une loi écartant toute action légale contre les responsables de ces disparitions. En 1989, la loi a reçu le soutien des électeurs du pays.
Au début du mois de mars, trois Uruguayens, deux femmes et un homme, dont des proches ont disparu durant le régime militaire, sont arrivés aux Etats-Unis afin de mobiliser l’opinion internationale sur ce problème. La visite était organisée par le Conseil national des Eglises des Etats-Unis (NCC), qui rassemble 34 Eglises protestantes et orthodoxes.
Les Uruguayens ont exprimé l’espoir que les Eglises du monde entier «porteraient cette question à leur ordre du jour» et aideraient à attirer l’attention de la communauté internationale sur ces disparitions. De nombreuses familles, frustrées, ont abandonné la lutte, mais les trois Uruguayens se disent décidés à poursuivre leur action et à faire la lumière sur ce qui s’est passé. Ils veulent aussi retrouver les restes des disparus et organiser des funérailles.
L’un des trois, Javier Miranda, avait 11 ans, en novembre 1975, lorsqu’un groupe d’hommes, certains revêtus de l’habit militaire et d’autres en civil, ont fait irruption dans leur maison à trois heures du matin. Son père, Fernando, a alors été enlevé pour «interrogatoire». Personne, depuis, n’a plus entendu parler de lui.
Sabina Arigon avait 12 ans en juin 1977 lorsqu’un groupe de militaires et de civils a frappé à la porte de leur maison au milieu de la nuit. Son père, Luis Eduardo Arigon, communiste travaillant dans une librairie, a été enlevé. Sa famille n’a plus eu de nouvelles de lui.
Hortencia Pereira a expliqué que son mari, Leon Duarte, chef syndicaliste travaillant dans une fabrique de pneus, torturé deux fois durant les trois périodes passées dans les prisons uruguayennes, était ensuite parti en Argentine. C’est dans ce pays que des témoins l’ont vu pour la dernière fois, le 13 juillet 1976, alors qu’on le poussait dans un camion. Depuis plus personne n’a su ce qu’il est advenu de lui. (apic/eni/pr)



