Le pape dresse un tableau noir de la société occidentale
Val d’Aoste: Dialogue de Benoît XVI avec les prêtres
Rome, 27 juillet 2005 (Apic) Le pape Benoît XVI a encouragé les prêtres à ne pas désespérer de leur engagement dans la société sécularisée, laïciste et rationnelle, afin de lui transmettre des valeurs morales. Le pape a par ailleurs dressé un tableau noir de la société occidentale, «un monde fatigué de sa propre culture, un monde arrivé au moment où il n’y a plus l’évidence de Dieu». Les gens «se comportent comme s’ils pouvaient, voulaient vivre sans notre parole» et «pensent ne pas avoir besoin de nous», a regretté Benoît XVI.
Le futur «exige patience et souffrance», a déclaré le pape aux prêtres de la Vallée d’Aoste qu’il a rencontrés dans l’Eglise paroissiale d’Introd, le 25 juillet 2005. Dans son édition du 27 juillet 2005, «L’Osservatore Romano» rendu d’ailleurs publics ces propos, en partie improvisés.
Le pape a souhaité répondre aux trois questions que Mgr Giuseppe Anfossi, évêque d’Aoste, lui a posées dans son adresse: la souffrance morale des prêtres et le problèmes des vocations sacerdotales, la distance que les fidèles adultes prennent avec le clergé (»nous ne sommes plus recherchés et appréciés comme autrefois», a constaté l’évêque), et la fatigue aussi bien morale que physique de la vie pastorale.
«Il me semble que, de façon diverse, ces questions ont toujours existé dans l’histoire de l’Eglise et nous ont toujours réellement tourmentés», a répondu Benoît XVI. «Mais je voudrais aussi dire que le pape n’est pas un oracle», il n’est infaillible que «dans des situations rarissimes, comme nous le savons». Il a ainsi reconnu qu’en tant que pape, «il y a le danger d’être un peu éloigné de la vie réelle». «Maintenant, je n’ose pas donner de recettes», a-t-il déclaré, se référant souvent à son expérience d’archevêque de Munich et de professeur de théologie pour donner des exemples concrets aux questions qu’on lui posait.
Benoît XVI a cependant encouragé les prêtres à être «les ministres de l’avenir du monde». Face à la société actuelle, il faut pour lui être «patients» et «souffrir», ce qu’il fait.
Autodestruction
Le pape a en effet dressé un tableau noir de la société occidentale, «un monde fatigué de sa propre culture, un monde arrivé au moment où il n’y a plus l’évidence de Dieu», qui vit «dans un climat de rationalisme qui se ferme sur lui-même, qui considère les sciences comme l’unique modèle de connaissance», tout le reste étant «subjectif». Ainsi, naturellement, a-t- il affirmé, «la vie chrétienne devient un choix subjectif, donc arbitraire et non plus la voie de la vie».
«Sans un Dieu concret, le monde s’autodétruit et l’évidence qu’un rationalisme clos, qui pense que par lui-même l’homme pourrait reconstruire le vrai monde meilleur, croît aussi». Or «ce n’est pas vrai», a insisté Benoît XVI. «Au contraire, s’il n’y a pas la mesure du Dieu vrai, l’homme s’autodétruit. Nous le voyons devant nos yeux», «l’égoïsme domine et détruit tout», a constaté le pape.
«Pour les gens, et surtout les responsables du monde, l’Eglise apparaît comme une chose antique», nos propositions semblent «inutiles». Aussi, les gens «se comportent comme s’ils pouvaient, voulaient vivre sans notre parole» et «pensent ne pas avoir besoin de nous», a ensuite regretté Benoît XVI.
Pas si mal
Ceci est «une souffrance liée à notre moment historique, dans lequel, de façon générale, on voit les grandes Eglises apparemment mourantes. Il en est ainsi avant tout en Australie, mais aussi en Europe», même si pas tant aux Etats-Unis.
A l’inverse, «les sectes se développent avec la certitude d’un minimum de foi», car «l’homme cherche des certitudes», a expliqué le pape. «Les grandes Eglises, en premier lieu les grandes Eglises traditionnelles protestantes, se trouvent réellement dans une crise très profonde. Les sectes ont un avantage car elles apparaissent avec des certitudes simples et peu nombreuses et les gens» pensent que cela est «suffisant».
En revanche, a poursuivi le pape, «l’Eglise catholique ne se porte pas aussi mal que les grandes Eglises protestantes historiques», même si elle partage «évidemment le problème de cet instant historique». S’il n’y a pas «de système pour un changement rapide», «Nous devons traverser ce tunnel avec patience», a déploré le pape. Il a cependant donné une solution à cette sortie du tunnel.
Il apparaît «toujours plus» que seules «les valeurs morales et les convictions fortes donnent la possibilité, même avec des sacrifices, de vivre et de construire le monde». «On ne peut pas construire un monde mécanique comme l’avait proposé Karl Marx, avec la théorie du capital et de la propriété», a martelé le pape. «S’il n’y a pas de forces morales dans les âmes et s’il n’y a pas la disponibilité pour souffrir pour ces valeurs, un monde meilleur ne peut pas se construire», au contraire.
Pour prendre à bras le corps «les difficultés de notre temps», a poursuivi Benoît XVI en s’adressant aux prêtres du diocèse d’Aoste, l’un des problèmes qui se posent à l’Eglise est celui du manque de vocations sacerdotale.
Vocations nombreuses en Afrique: oui mais.
Certes en Afrique les vocations sont nombreuses a relevé le pape, au point que les séminaires manquent. Mais il a tout de même souligné que «cette joie porte en elle une certaine amertume», car une partie de ces futurs prêtres «vient dans l’espérance d’une promotion sociale. Se faisant prêtres, ils deviennent presque chefs de tribu et sont naturellement privilégiés». Benoît XVI a ainsi invité les évêques africains à «discerner et ne pas être uniquement contents d’avoir de nombreux futurs prêtres».
Le pape a cependant reconnu que dans ces pays, «il y a un printemps de la foi». Il a tout de même précisé que «cet enthousiasme de la foi» dans une «heure déterminante de l’histoire» où «les religions traditionnelles ne se révèlent bien entendu plus suffisantes», est dans l’attente «d’une nouvelle réponse, qui purifie et qui assume en soi tout le beau». A ce moment de «passage», les «deux propositions – christianisme et islam – sont les réponses historiques possibles» en concurrence, en particulier face au développement des sectes.
Quant à l’occident, face au manque de prêtres et à leur surcharge de travail, le pape a demandé au clergé et aux évêques de réfléchir ensemble aux «meilleures solutions». «Les jeunes sont capables de faire cinquante kilomètres et plus pour aller en discothèque, pourquoi ne peuvent-ils pas faire aussi cinquante kilomètres pour aller dans une église commune?», s’est-il interrogé. Il a aussi abordé la question de l’absence de prêtre, en particulier lors de la messe dominicale.
La mauvaise expérience française
Il s’est alors référé à l’expérience française des assemblées dominicales «en l’absence de prêtre»: une fausse solution. Il a expliqué qu’elles pouvaient parfois poser problème car il pouvait y avoir une perte de «sacralité», une «protestantisation» ou le sentiment que s’il n’y a que la Parole, «on peut la célébrer à la maison». Alors, «les Français ont un peu transformé cette formule en assemblée dominicale «en attente de prêtres’». Normalement «la liturgie de la Parole devrait être une exception le dimanche», a insisté le pape.
Il a aussi demandé aux prêtres de «personnaliser notre foi» pour faire croître les vocations. «Nous le voyons dans la nouvelle génération, après la grande crise de cette lutte culturelle déclenchée en mai 1968 où il semblait vraiment que l’ère du christianisme était passée». Et Benoît XVI de souligner que «les promesses de 68 ne tiennent pas» et que la conscience renaît «qu’il y a un autre moyen plus complet, mais plus vrai» d’où peuvent surgir de nouvelles vocations. «Nous devons aussi trouver l’imagination pour savoir comment aider les jeunes à trouver cette voie».
Puis, le pape, relevant l’isolement et la solitude des prêtres, leur a demandé de penser à la «réalité du presbytère» et à «la communauté de vie des prêtres». «Si les jeunes voient des prêtres très isolés, tristes, fatigués, ils pensent : si c’est mon avenir, alors je n’en veux pas».
Enfin, répondant aux questions des prêtres à l’issue de ce discours en partie improvisé, Benoît XVI a insisté sur la nécessité d’entraîner les jeunes à l’Eglise, alors qu’ils se sentent «facilement attirés par autre chose, par un style de vie assez éloigné de nos convictions». Il a alors rappelé l’importance du catéchisme et de la parution du Compendium du catéchisme de l’Eglise catholique. Pour le pape, il ne s’agit pas «d’un paquet de règles qui se chargent sur les épaules comme un sac pesant sur le chemin de la vie».
Benoît XVI quittera le 28 juillet le Val d’Aoste et le Combes d’Introd, où il est arrivé le 11 juillet pour passer ses vacances privées. Il rejoindra alors Castel Gandolfo, au sud de Rome, où se trouve la résidence d’été des papes. (apic/imedia/hy/pr)



