Valais: Des jeunes chrétiens par centaines au Festival Jesus’ Town à Vétroz

Fêter la joie de Pâques, ou quand foi et «fun» ne font plus qu’un

Jacques Berset, agence Apic

Vétroz, 28 mars 2005 (Apic) Le village de Vétroz, à quelques encablures de Sion, est le terroir de l’amigne. Samedi Saint, ce n’était certes pas pour honorer ce divin nectar que se sont donné rendez-vous des centaines de jeunes chrétiens valaisans et d’autres venus d’ailleurs. Pour cette troisième édition du Festival Jesus’ Town, ils sont venus célébrer la résurrection de Jésus. Un mélange de foi et de «fun», selon l’un des initiateurs de l’événement, l’abbé Jean-François Luisier.

A l’entrée de la salle paroissiale, un stand fort animé dédié à la BD chrétienne. En face, dans un paysage de vigne prête à bourgeonner, des épisodes de la vie du bienheureux Maurice Tornay, ce jeune chanoine du Grand-Saint-Bernard qui allait connaître le martyre au Tibet en 1949. Juste à côté, un stand invite les jeunes à la Journée mondiale de la Jeunesse (JMJ) en août prochain à Cologne, sur le thème «Nous sommes venus l’adorer».

Plus loin encore, la Communauté des Béatitudes présente sa mission de Kokchetav, une ville du nord de l’immense Kazakhstan, aux portes de la Sibérie. Le décor est planté et même si le soleil fait de temps en temps faux bond, l’ambiance est à la fête. Musique rap et réflexions alternent joyeusement.

Les temps changent

Les temps changent et les traditionnelles montées vers Pâques n’attirent plus grand monde, admet l’abbé Luisier, qui qualifie volontiers les jeunes présents au Festival de «génération Jean Paul II». Au début, son équipe rassemblait des jeunes de Vétroz, Ardon, Chamoson et Conthey pour une équipée de quatre jours. Mais durant la Semaine Sainte, la concurrence des loisirs – camps sportifs, voyages de classe – se faisant trop forte, il a été décidé de concentrer l’événement sur un jour et une nuit: les fameuses «24 heures pour Jésus» devenues depuis quelques années un véritable festival destiné aux 16-30 ans.

«A l’origine du Festival, nous trouvons une équipe de jeunes issus des JMJ, très engagés, décomplexés dans leur foi.Ils osent afficher la couleur», témoigne Jean-François Luisier. Ils se recrutent dans un réseau de dix groupes de prière, les «Déjeune qui Prie», en fait des jeunes qui se rassemblent le samedi matin pour prier ensemble et ensuite déjeuner. De Vétroz, ils ont essaimé dans d’autres paroisses du Valais et même dans le canton de Vaud. Ces cellules de prière regroupent désormais 100 à 120 participants.

La «génération Jean Paul II» ose dire sa foi

Une cinquantaine de bénévoles qui animent le Festival sont issus des rangs de ces groupes qui prient les laudes comme dans un monastère (www.djp.ch). De là sont également nées les soirées à thèmes deux fois par an, comme «L’amour vrai attend», qui préconise la préparation à l’amour, le respect avant le mariage, la chasteté. Une partie de ces jeunes étaient à Berne en juin dernier, pour rencontrer le pape, et ils se préparent déjà pour les JMJ de Cologne.

«A la différence de certains dans l’Eglise, notamment parmi les prêtres de la génération mai 68, nos jeunes n’ont aucun problème avec le Saint Père. Qu’il parle, qu’il ne puisse plus parler, on voit qu’il croche jusqu’au bout, qu’il continue à appeler les jeunes à oser leurs valeurs», témoigne le curé de Vétroz. Qui souligne les liens d’amitié du Festival avec la Fraternité Eucharistein, à Epinassey, et la Communauté des Béatitudes, à Venthône.

«C’est un beau printemps dans l’Eglise, ces jeunes qui osent affirmer haut et fort leur foi», poursuit Jean-François Luisier. Qui ironise sur l’apparition au Festival, l’an dernier, des militants du mouvement «raélien» qui demandaient aux jeunes de se débaptiser, en affirmant que Dieu n’existe pas. «Ils ne sont pas revenus cette année ! Mais c’est vrai qu’afficher Jésus, cela dérange certains, qui craignent l’embrigadement.» A voir les jeunes «festivaliers» rire, refaire le monde, échanger et jouer, il n’y a visiblement pas de quoi s’inquiéter.

Le match du «grand prof»

Un des temps forts de la matinée, c’est la Jesus’ School, c’est-à-dire le match du «grand prof», l’abbé François-Xavier Amherdt, opposé à une sympathique «mômes team» composée de 5 enfants et de leur coach. Huit minutes au directeur de l’Institut de formation aux ministères (IFM)  et enseignant de pastorale à la Fac de théologie de l’Université de Fribourg pour parler de la résurrection à ces gosses. Avec beaucoup d’humour face à des questions parfois désarçonnantes : «Est-ce qu’il fait très chaud en enfer ?», «Pourra-t-on jouer au foot au ciel ?», «Mon chat, quand il mourra, ira-t-il au ciel ? «.

L’abbé footballeur a beau avoir été un arbitre de ligue nationale, dans les défis sportifs qui rythmaient le jeu des questions réponses, comme par exemple pour le grand écart, ce sont souvent les gamins qui ont gagné. Résultat final des diverses épreuves: 7 points à 7 ! Ce n’était que justice vis-à-vis des mômes, du moins aux yeux du public !

L’après-midi, lors de la table ronde intitulée «Tu ne tueras pas», animée par François-Xavier Putallaz, prof de philo à l’Uni de Fribourg, le ton était plus sérieux. Si le juge d’instruction du Bas-Valais Dominique Lovey a évoqué la perte croissante des valeurs dans la société actuelle et la douleur des familles des victimes, le journaliste Xavier Lambersi a, quant à lui, parlé de la souffrance des condamnés qui attendent la mort aux Etats- Unis.

La recherche du bonheur

Dans la correspondance qu’il entretient avec des prisonniers incarcérés au Texas, Xavier Lambersi a montré leur situation inhumaine: certains, reclus parfois depuis 18 ans dans les couloirs de la mort, ne résistent que parce qu’ils ont trouvé la foi. C’est également ce qu’a découvert Marylou Prime, qui visite des jeunes dans les prisons valaisannes. Il faut aller vers eux avec leur coeur ouvert, sans les juger, a-t-elle lancé. Educateur auprès des toxicomanes au Foyer des Rives du Rhône, Xavier Roduit a relevé que les jeunes sont à la recherche de limites. «J’ai vu que derrière cette prise de risques exprimée par la consommation de drogue, il y a souvent une quête du bonheur. Il faut aider à la découvrir !»

Puis vient le moment du «grand défi» de la Jesus’ Town. Cette année, sous la direction de l’Abbé de Saint-Maurice Joseph Roduit, des représentants d’une bonne trentaine de nations ont créé un village-Europe avec les drapeaux de leur pays. Les participants se sont ensuite rendus au Kazakhstan par vidéo et diapositives interposées. Pour y découvrir la mission de la Communauté des Béatitudes, à 6’500 km de la Suisse. «La visite de Jean Paul II dans ce pays, en 2001, a complètement changé le climat de cette terre de martyrs où ce sont les grands-mères qui ont conservé la foi durant les 70 ans de communisme», a témoigné le Père Jean- Marie Cettou, berger de la maison de Venthône.

Le Festival s’est poursuivi par la cérémonie de remise des Jesus’Awards, qui veut mettre en valeur des jeunes qui agissent selon leur foi, par des feux d’artifice à minuit, une adoration, des confessions, du karaoké. Jusqu’au matin, un mélange de foi et de «fun». JB

Des photos de cet événement sont disponibles auprès de l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36, CP 253, CH-1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch (apic/be)

28 mars 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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