Pierre d’achoppement: l’enseignement religieux
Valais: La réforme scolaire en débat au parlement
Sion, 9 février 1998 (APIC) Les députés au Grand Conseil valaisan débattent cette semaine de la réforme scolaire «E2000». Pierre d’achoppement de ce débat, l’enseignement religieux dans les écoles. Présenté en première lecture en octobre dernier, ce sujet sensible a vu s’affronter une gauche opposée au catéchisme à l’école à une droite soucieuse de la transmission, dans les établissements scolaires, des enseignements du christianisme. Sur le terrain, malgré un brassage de plus en plus marqué des traditions religieuses, l’enseignement reste confessionnel.
«Je crois en Dieu Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre…». La vingtaine d’enfants d’une classe primaire à Martigny récitent en choeur le début du credo chrétien sous la direction du curé de la paroisse. Au fond de la salle, une petite fille en foulard dessine. Elle est musulmane. Les enfants protestants, eux, ont quitté la salle pour suivre le cours donné par l’Eglise réformée.
L’éducation religieuse est d’abord confessionnelle dans les écoles valaisannes. Catéchètes des deux Eglises reconnues par l’Etat et enseignants laïcs se partagent les deux heures hebdomadaires de cours obligatoires. «C’est regrettable, soupire Jean-Pierre Cretton, directeur des écoles primaires de Martigny. Nous avons dans notre charte un article qui précise que l’école doit lutter contre toute forme d’exclusion. Et pourtant le système actuel d’enseignement religieux divise les élèves plutôt qu’il ne les rapproche: les catholiques d’un côté, les protestants de l’autre et le reste au fond de la salle.»
Pour Jean-Pierre Cretton, l’enseignement religieux dans sa forme actuelle ne respecte pas la liberté de conscience. Il incite au contraire les enfants de religion minoritaire à suivre le cours catholique de peur de se marginaliser. Un avis partagé par Armand Bissat, diacre réformé à Saxon, également enseignant dans les écoles. «Imaginez un enfant qui sort devant tout le monde parce qu’il est protestant. Je connais des cas où une classe entière s’est liguée contre un enfant d’une confession différente». Les parents, eux, se rassurent comme ils peuvent. «Je suis contente que mon fils ne soit pas le seul protestant de sa classe, relève cette mère de famille de Salvan. Ils sont deux, c’est plus facile».
Discrimination?
Discrimination à l’égard des enfants, immiscions des Eglises dans l’école publique, beaucoup souhaitent un autre enseignement religieux centré d’abord sur l’histoire et la culture et donné par des enseignants laïcs. L’Eglise réformée utilise déjà un matériel oecuménique de ce type. Elle réserve le catéchisme pour ses activités paroissiales. Malgré quelques initiatives locales, l’Eglise catholique, elle, campe sur ses positions. Mgr Norbert Brunner s’est opposé au projet oecuménique concocté par une commission tripartite du Conseil d’Etat qui faisait une large place à l’histoire et la culture des religions. «L’école publique est fréquentée à 80% par des catholiques, déclare l’évêque de Sion. Ces enfants ont le droit de connaître avant tout les vérités de leur confession». Dans les régions à 100% catholique Mgr Brunner souhaite même que l’école assiste aussi l’Eglise dans la préparation des enfants aux sacrements.
«Guerre de tranchées»?
La «guerre de tranchées» sur la question de l’enseignement religieux est loin d’être terminée en Valais et les prochains débats du Parlement ne devraient rien y changer. Pour le directeur des écoles primaires de Martigny pourtant, le cloisonnement actuel entre traditions religieuses ne résistera pas aux changements que le Valais est en train de vivre. Son école compte déjà près de 15% d’élèves musulmans. Dans certaines classes, il y aura bientôt une majorité d’enfants, musulmans ou sans confession, qui dessineront pendant les cours de religion. (apic/spp/pr)




