Rome, 31 août 1994 (CIP)

Vatican: breifing Navarro Valls =

Dans son intervention, le directeur de la salle de presse a indiqué que la

délégation du Saint-Siège se rend au Caire «avec l’idée de contribuer à

obtenir un document de consensus». Le Saint-Siège, qui a pris part à toutes

les réunions préparatoires à la Conférence du Caire, n’a pas et n’a du

reste jamais eu l’idée de la boycotter.

«Le Saint-Siège, a expliqué J. Navarro Valls, est bien conscient de la

complexité des problèmes qui touchent le développement matériel et moral de

l’humanité. Mais, en même temps, il a conscience d’agir dans un domaine qui

échappe aux intérêts conjoncturels, idéologiques, géopolitiques et

sectoriels. Les thèmes qui seront abordés au Caire concernent

particulièrement le respect et la dignité de toute personne humaine. La

conscience du Saint-Siège, est due en outre aux situations concrètes dans

lesquelles l’Eglise travaille, par exemple dans ses 21.757 institutions

sanitaires dispersées dans toutes les parties du monde, dont 1.800 rien

qúen Afrique. C’est dans ces lieux d’accueil, au service de la femme, de la

maternité, de l’enfance et de quiconque se trouve dans une situation de

souffrance, que l’Eglise expérimente et proclame jour après jour le droit

inviolable à la dignité de chaque membre de la famille humaine.»

Le Saint-Siège trouve beaucoup d’éléments positifs dans le document

préparatoire. En revanche, il «ne peut passer sous silence l’ambiguïté de

langage qui parcourt une grande partie du document préparatoire et qui se

trouve particulièrement dans les points que constituent le noyau

fondamental des idées que se propose de promouvoir la Conférence. Cela vise

certains aspects du texte (environ 10 % du document, a précisé J. Navarro

Valls), et principalement à la défense de la vie et à la dignité de la

femme, de même que l’ambiguïté de termes de «santé reproductive» ou de

«santé sexuelle», empruntés à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et

qui, pourtant, «n’ont pas été approuvés formellement et définitivement» par

cette organisation.

J. Navarro Valls est revenu sur le «cas exemplaires» du par. 7.1 du

document préparatoire sur la «santé reproductive» qui, à côté d’éléments

appréciables, parle du «droit» à des méthodes de régulation de la fertilité

qui soient «sûres, efficaces, accessibles et acceptables», bref à

«l’avortement sur demande», relève le Saint- Siège, «puisque, dans la

définition de l’O.M.S., selon les textes présentés à la 3e Conférence

préparatoire de New Yiork, le terme «régulation de la fertilité» inclut

l’avortement», ainsi considéré comme «une composante essentielle de la

«santé reproductive»«. J. Navarro Valls a tenu à rappeler à ce sujet

qúalors qúil n’existe aucune forme de consensus international sur un droit

à l’avortement, «un tel «droit» peut être déduit de quelques affirmations

contenues dans le document, tantôt de façon implicite, d’autre fois de

façon explicite».

Au vice-président des Etats-Unis Al Gore, qui conduira la délégation

américaine, et qui a récemment affirmé que «les Etats-Unis n’ont pas

cherché, ne cherchent pas et ne chercheront pas à établir un droit

international à l’avortement, le Saint-Siège répond que le document

préparatoire de la Conférence du Caire, «dont le sponsor principal est

l’administration américaine, contredit en réalité cette affirmation».

L’ambiguïté du document concerne aussi la famille. Sur ce point, le

Saint-Siège constate dans le document «la tendance à identifier et donc à

assimilier ce terme à des expressions qui blessent non seulement la nature,

mais la fonction sociale et biologique (de la famille)». Le document parle

d’ailleurs souvent de la famille «sous toutes ses formes». Le mariage en

tant qúinstitution naturelle est quasiment absent du texte.

Ce qui choque aussi le Saint-Siège, de voir le document proposer

l’affirmation de «droits sexuels pratiquement illimités non seulement aux

adolescents, mais aussi aux enfants».

Bien que le titre de la Conférence fait référence à l’avenir, là où l’on

parle, pour la première fois, de développement à côté du mot «population»,

il n’en est question en tout et pour tout que dans 7 pages (sur 113), note

encore le Saint-Siège. Et de rappeler que «les politiques démographiques ne

sont qúune partie des politiques de développement. Elles incluent en effet

une large gamme de dimensions: alimentaires, médicales, agricoles,

éducatives, démographiques, économiques et politiques, unis aux aspects

plus profonds liés à la dimension morale et spirituelle». Donc, «le vrai

développement n’est pas respecté quand seul le donné démographique est

retenu que comme un obstacle au développement». «Il faut rappeler, a ajoué

le directeur de la salle de presse, que les pays développés ont équilibré

les rapports entre population et ressources à travers l’usage de tous ces

éléments, sans recourir à quelques formules brutales qui, paradoxalement,

dans le projet sont proposées aux pays moins développés.»

Pour J. Navarro Valls, de telles concessions «risquent de transformer la

Conférence du Caire en des assises appelées à sanctionner un style de vie

devenu courant dans des cercles minoritaires de quelques sociétés

occidentales et qui se propose – ou est imposé – comme modèle univesel et

comme philosophie sociale à l’humanité d’aujourd’hui. Plus inacceptable

encore est la prétention de présenter cette opération d’ingénierie sociale

dans la catégorie des droits humains. En réalité, de tout ce projet émerge

avec force justement ce fait: la volonté de vouloir imposer ces points de

vues comme des idées dominantes de toute les sociétés politiques. Et ceci

sans tenir compte comme il convient des cultures qui émergent dans les

sociétés moins développées. Tel est, bien, en réalité, le thème du Caire.»

Dans son briefing, J. Navarro Valls a indiqué que toute la population de la

planète (55 milliards d’âmes) pourrait trouver place dans le seul Etat

américain du Texas (58 millions de m2), où toutes les familles du monde

pourrait avoir une maison avec un petit jardin. De même, tandis que la

courbe des naissances baisse depuis 1950, l’Académie américaine des

Sciences à New York a montré que la croissance économique est plus rapide

que la croissance démographique. Le Saint-Siège est davantage préoccupé par

la «bombe à retardement» qúest la baisse de la natalité dans des pays

développés comme l’Italie, la France ou l’Allemagne.

J. Navarro Valls a souligné l’absurdité de la thèse simpliste que certains

résumes dans «USA contre le Vatican». Ce sont, dit-il, les propositions

actuelles de l’Administration américaine qui vont à l’encontre des valeurs

défendues par le Saint-Siège, et «si l’on faisait un sondage parmi la

population américaine, beaucoup de familles seraient en faveur de la

défense des droits de la famille, notamment pour ce qui regarde la décision

laissée aux adolescents d’avorter sans consulter leurs parents»

31 août 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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