Vatican II, entre vécu et héritage

France: 50 ans après, le Concile Vatican II reste une «boussole fiable»

Lourdes, 24 mars 2012 (Apic) A l’occasion du Rassemblement des églises diocésaines organisé par la Conférence des Eglises de France (CEF) pour marquer le 50e anniversaire du Concile Vatican II, les 24 et 25 mars 2012 à Lourdes, des responsables religieux catholiques, protestants et orthodoxes ont apporté leur témoignage sur la façon dont ils ont appréhendé cet événement et sur ses retombées.

Président émérite des Conseils «Cor Unum» et «Justice et Paix», le cardinal français Roger Etchegaray a rappelé que fin 2000, Jean Paul II n’avait pas hésité à présenter le Concile Vatican II comme une «boussole fiable», par temps de brume ou de tempêtes. Il a rappelé qu’à l’heure où certains pensent que le Concile s’éloigne de l’horizon, certes différent de l’époque, il faut y «entrer encore plus profondément».

«Il faut relire l’exposé du professeur de Tübingen, au ’Katholikentag’ à Bamberg, le 14 juillet 1966, et republié il y a un mois dans la ’Documentation Catholique’: ’Le Concile n’est pas un mérite pour l’Eglise, un mérite dont elle pourrait se prévaloir et qu’elle pourrait opposer aux autres comme un titre de gloire. Il est un appel du Seigneur à marcher à sa suite. Le Concile n’est pas un refuge où s’installer confortablement et oublier la route. Il est un nouveau départ». Et de lancer en guise de conclusion: «Ne manquons pas l’heure du Concile!»

Des relations de confiance

Lors de son intervention, le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, a expliqué que les Eglises protestantes, particulièrement dans l’Hexagone, ont perçu Vatican II comme l’ouverture de l’Eglise catholique romaine aux autres Eglises et aux autres communautés chrétiennes. «Il y a donc eu dès le départ une ouverture confiante qui, à nos yeux, marque nos relations jusqu’à aujourd’hui», a-t-il souligné.

A l’occasion du Rassemblement de Lourdes, le pasteur a dit vouloir encourager les participants «à rendre l’esprit de Vatican II plus vivant et vivifiant encore». Et de préciser: «Pour ceux qui connaissent mal l’Eglise, il est évidemment difficile de comprendre qu’on parle encore d’un Concile qui a 50 ans. Mais ce Concile est jeune. L’esprit de Vatican II a soufflé fort à l’époque, mais cet esprit doit aussi entraîner de nouvelles générations. Pour les hommes et femmes de nos différentes Eglises aujourd’hui, il faut savoir interpréter, dans la continuité et dans le renouveau, la pertinence pour notre temps des chantiers ouverts par ce grand Concile.»

Il a finalement repris les trois mots d’Hérbert Roux, observateur protestant français au Concile, qui en résumait les objectifs: mouvement, ouverture, interrogation. «Par le Concile, l’Eglise catholique est entrée en mouvement avec des chrétiens de différentes confessions. Il ne faut pas rester sur ces acquis. Il s’agissait de se mettre en route ensemble et de poursuivre le chemin jusqu’à la fin. Le mouvement œcuménique d’aujourd’hui a besoin de nous pour trouver un nouvel élan».

Pour lui, les déclarations de Vatican II et la continuité de leur réception gardent aujourd’hui toute leur pertinence et leur actualité.

De l’importance du principe de «conciliarité»

De son côté, le métropolite Emmanuel, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, a lu à l’assemblée le message du patriarche œcuménique Bartolomée 1er, publié le 1er mars. Le patriarche relève qu’il faut reconnaître la marque du pape Jean XXIII lui-même dans le Concile Vatican II.

«Avec courage, pour ne pas dire avec pugnacité, il a répondu aux interrogations ecclésiologiques laissées en suspens par le premier concile du Vatican, à la fin du 19e siècle. Les dogmes de la papauté avaient besoin d’une interprétation conciliaire. Du moins, du point de vue de l’Eglise orthodoxe, les conditions qui prévalent aujourd’hui dans le dialogue entre nos deux Eglises sont fondées sur cette réintroduction du principe de ’conciliarité’», écrit-il. Bartolomée 1er rappelle aussi que le principe de conciliarité est au cœur de l’ecclésiologie eucharistique qui préside à l’organisation de l’Eglise Orthodoxe et garantit la tension entre l’unité et la diversité.

«Nous l’affirmons avec conviction, c’est par un retour aux sources de la Tradition chrétienne, que le Concile de Vatican II a créé les conditions positives en faveur de l’union des chrétiens. En réponse, l’Eglise orthodoxe a souhaité placer au cœur de cette rencontre, au cœur du dialogue renouvelé qu’elle construit durablement avec l’Eglise catholique romaine, une réflexion de type théologique. Ce n’est pas un hasard si les grands chantiers du Concile furent l’ecclésiologie, la liturgie et le mouvement œcuménique. Il existe donc un lien entre ces trois pôles qui nourrit, jusqu’à aujourd’hui, le dialogue théologique catholique-orthodoxe.»

Et de conclure: «Sur le chemin du dialogue de la charité vers le dialogue de la vérité, il convient de réaffirmer inlassablement que l’Eglise est communion dans la vérité.»

Réflexion à Lourdes

Les 24 et 25 mars 2012 à Lourdes, 2’500 personnes participent au rassemblement des Eglises diocésaines de la CEF pour le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II. L’objectif de ces journées, selon la CEF, est de «revenir à la source, sans nostalgie, pour retrouver l’énergie, se remettre devant les textes, les considérer cinquante ans plus tard, voir ce qu’ils ont permis».

Chaque diocèse a été invité à composer sa propre délégation d’une trentaine de personnes, avec le souci que soient représentés ceux et celles qui ont vécu le concile, mais aussi et surtout ceux qui sont nés après l’événement. (apic/com/nd)

25 mars 2012 | 13:15
par webmaster@kath.ch
Partagez!