Lausanne, capitale de l'Etat de Vaud (© Pierre Pistoletti)
Suisse
Lausanne, capitale de l'Etat de Vaud (© Pierre Pistoletti)

Vaud: la délicate reconnaissance de la communauté évangélique

15.06.2017 par Bernard Litzler

L’admission de la Fédération évangélique vaudoise (FEV) comme communauté ecclésiale officiellement reconnue par le canton de Vaud prend du retard. L’Etat craint notamment le créationnisme professé par certains évangéliques. De son côté, la FEV espère que les difficultés s’aplaniront.

Le mariage semblait prêt jusque dans les détails. D’un côté, l’Etat de Vaud, et de l’autre, la Fédération évangélique vaudoise (FEV). L’union était agendée au 22 juin. Et voilà que la partie étatique fait la fine bouche et que la mariée rechigne à s’allier avec un partenaire qui lui impose des conditions nouvelles.

Petit retour en arrière. Depuis l’adoption de la Constitution vaudoise en 2003, la reconnaissance officielle des Eglises et communautés religieuses par l’Etat de Vaud suit son cours. Les Eglises protestante (Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, EERV) et catholique (Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud, FEDEC-VD), ont été reconnues comme des institutions de droit public. Et la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV) a, quant à elle, bénéficié du statut d’institution d’intérêt public.

Et les créationnistes?

La Fédération évangélique vaudoise (FEV), qui regroupe des Eglises évangéliques locales, aspire à ce statut officiel. D’autant que les anglicans et les catholiques-chrétiens ont déposé une demande, fin 2016, auprès du canton vert et blanc. Elle a donc pris les mesures pour engager le processus. Première étape, la FEV a réuni plus de 52 communautés évangéliques locales, soit environ 5000 personnes. Puis elle a entamé la route vers la reconnaissance, qui passe par une commission d’experts.

Comme l’explique le professeur Pierre Gisel, membre de cette Commission consultative en matière religieuse (CCMR), des points précis ont donc été soulevés. Entre autres, la neutralité de l’enseignement de l’école publique. Sous-entendu: les évangéliques adeptes du créationnisme (la théorie qui prétend que la création du monde en sept jours est une vérité scientifique immuable) se mettent en porte-à-faux avec la neutralité exigée dans l’enseignement public.

«Logique de contrat»

«La FEV devra soit faire de l’ordre parmi ses membres, soit renoncer à la reconnaissance», expliquait clairement Pierre Gisel dans une interview publiée le 2 juin sur le site de la Fédération romande des Eglises évangéliques (FREE). «Nous ne sommes pas dans un débat autour de la tolérance religieuse. Nous nous trouvons dans une logique de contrat entre des communautés et l’Etat». Le projet de mariage semblait donc avoir des difficultés.

Deuxième étape: la FEV elle-même décidait, le 9 juin, de remettre à plus tard le dépôt officiel de sa demande. Raison: «Plusieurs Eglises ont besoin d’éclaircissements sur plusieurs points de la déclaration liminaire d’engagement», indiquait le président de la FEV, le pasteur Olivier Cretegny. En clair, la réticence de l’Etat de Vaud à accorder des «dérogations aux règles en vigueur» passe mal auprès des évangéliques. Quelles dérogations? La prohibition de la discrimination, en partie fondée sur le sexe ou sur l’orientation sexuelle.

La non-discrimination sexuelle

Sur ce point, les évangéliques se sentent également en cause. Certains propos publics qualifiant l’homosexualité de «maladie» risquent, en effet, d’être en désaccord avec l’article 10 de la Constitution cantonale sur l’égalité des sexes et la non-discrimination pour orientation sexuelle.

Selon le site de l’agence protestante Protestinfo, Eric Golaz, délégué de l’Etat à la CCMR, relevait le 13 juin qu’il était «impossible pour une communauté demandant la reconnaissance de refuser les homosexuels comme membres ou de leur refuser certains postes».

Les prêtres catholiques

Pourtant l’Eglise catholique n’a pas non plus de femmes prêtres… Et l’Etat de Vaud a intégré ce fait, admettant une clause particulière pour les clercs catholiques.

Donc tout n’est pas perdu pour les évangéliques vaudois. Le professeur Gisel, de la CCMR, admet qu’il pourrait exister «une clause particulière pour les évangéliques par rapport au refus d’accepter des homosexuels pratiquants au pastorat» (propos publiés sur le site de la FREE, le 14 juin 2017).

Et Olivier Cretegny reste confiant. Le comité de la FEV se réunit le 22 juin pour en débattre. Le mariage n’est donc pas enterré, mais il faudra encore du temps pour bien préparer les éléments du contrat.


La Fédération évangélique vaudoise (FEV)

La FEV est constituée de 52 communautés évangéliques vaudoises. Ces communautés existent sous différentes dénominations, plus ou moins connues, auxquelles elles adhérent. Sont notamment présents la Fédération romande d’Eglises évangéliques (FREE), l’Association vaudoise d’Eglises évangéliques (AVEE), les Eglises évangéliques apostoliques romandes (EEAR) et l’Association des Postes de l’Armée du Salut du canton de Vaud.


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