30 ans d’épiscopat et 80 ans d’âge

Vaud: Double anniversaire pour Mgr Gabriel Bullet

Lausanne, 13 mars 2001 (APIC) A la retraite depuis un peu plus de sept ans, Mgr Gabriel Bullet, premier évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg à venir résider à Lausanne, a fête ces jours-ci un double jubilé: 30 ans d’épiscopat le 6 février et 80 ans d’âge le 22 mars. L’occasion d’un échange – en forme de bilan – avec cet homme d’Eglise au parler vrai, franc et simple.

Jean-Charles Zufferey: Quel regard portez-vous sur votre parcours de vie?

Mgr Gabriel Bullet: Je pense à ma devise épiscopale: «Ma force et mon chant, c’est le Seigneur!». Conscient de mes limites et de mes faiblesses, à l’heure de ce double anniversaire, je peux dire que j’ai toujours pu compter sur Lui. Je lui rends grâce de ce qu’il a été pour moi, de ce qu’il m’a permis de faire et de ce qu’il a fait à travers moi. Le Seigneur est non seulement ma force, mais aussi mon chant, c’est-à-dire ma joie.

mJean-Charles Zufferey: Est-ce exagéré d’affirmer que l’essentiel de votre épiscopat a été marqué par la mise en œuvre du Concile Vatican II ?

Mgr Gabriel Bullet: L’une de nos grandes préoccupations avec Mgr Pierre Mamie était effectivement la mise en œuvre des orientations du Concile. Cela a notamment été le cas, de 1972 à 1975, par notre engagement dans les synodes diocésains et suisses. Le souci de participation de tous les baptisés à la vie de l’Eglise a été très présent dans notre travail. Lorsque le Concile a souligné la coresponsabilité des laïcs, cela n’a fait que renforcer et accentuer mes convictions. Je me souviens toujours de ces paroles du pape Paul VI s’adressant à un couple de laïcs et leur disant: «Vous êtes l’Eglise». Nos visites pastorales ont également été importantes. Elles nous ont permis de sensibiliser les paroisses à ce nouvel esprit. En créant en particulier les conseils de pastorale au niveau des paroisses et des cantons du diocèse.

Jean-Charles Zufferey: Vous évoquez votre travail avec Mgr Pierre Mamie. Quelles relations aviez-vous?

Mgr Gabriel Bullet: Ma collaboration avec lui a toujours été très fraternelle. Il a su mettre en place un conseil épiscopal qui était un lieu de véritable écoute réciproque et de partage des responsabilités. Mgr Pierre Mamie m’a toujours consulté avant les décisions importantes. Je lui dois beaucoup de reconnaissance. Je crois que nous avons réalisé le vœu du pape Paul VI qui nous disait: «Vous ferez les deux une bonne association de secours mutuel».

Jean-Charles Zufferey: Après plusieurs années passées à Fribourg, vous êtes donc arrivé dans le canton de Vaud comme premier évêque auxiliaire résidant à Lausanne. Un souvenir particulier?

Mgr Gabriel Bullet: Si je suis venu en Pays de Vaud, c’est parce que Rome nous a accordé un deuxième évêque auxiliaire et que, avec Mgr Pierre Mamie et le conseil épiscopal, nous avons décidé que l’un des auxiliaires irait habiter à Genève et l’autre à Lausanne. L’objectif étant de rapprocher l’évêque de la communauté des fidèles et de favoriser le dialogue. Par ailleurs, pendant plus de seize ans, j’ai régulièrement fait le trajet de Fribourg à Lausanne. Certaines semaines, je me suis même déplacé plusieurs fois. N’empêche que le jour de mon arrivée, des journalistes – micro et caméra à la main – m’ont demandé: «Alors Monseigneur, c’est la reconquête?». Je leur ai alors cité le prophète Samuel, qui disait aux anciens de Bethléem: «Ma venue est pacifique…». Et c’est vrai, mon séjour à Lausanne a été pacifique. Avec les protestants comme avec les autorités politiques.

Jean-Charles Zufferey: Précisément, quels rapports avez-vous entretenus avec nos frères réformés?

Mgr Gabriel Bullet: Mes contacts avec le conseil synodal ont été nombreux. D’un commun accord, nous avions établi des rencontres régulières qui ont permis une meilleure concertation, une plus grande connaissance des problèmes de chacun et une prise en charge commune de certaines questions d’intérêt général. Je pense notamment à ce qui a pu être fait ensemble par rapport aux réfugiés. Donc, beaucoup de chemin parcouru dans le partage fraternel et la vérité. J’insiste sur cette dernière dimension – la vérité – qui a été une constante. Et ce, malgré nos sensibilités religieuses différentes qui s’enracinent souvent dans des divergences doctrinales importantes: le problème des ministères, par exemple.

Jean-Charles Zufferey: Plus loin de chez nous, à partir de l’expérience de vos diverses rencontres romaines, avez-vous des souhaits à formuler?

Mgr Gabriel Bullet: Oui. Je souhaite, en vue d’une certaine décentralisation qui me paraît nécessaire, qu’une réforme des synodes des évêques leur donne plus d’autorité et plus d’autonomie par rapport aux dicastères romains. Cela permettrait de vivre mieux la coresponsabilité épiscopale. Je souhaite également que les Congrégations romaines deviennent de plus en plus des lieux de partage, d’échange et d’évaluation des expériences pastorales des évêques du monde entier. Et moins des organes de contrôle du respect par les évêques des directives romaines.

Jean-Charles Zufferey: Et un vœu pour l’Eglise en général?

Mgr Gabriel Bullet: Une des grandes orientations du Concile – j’en ai déjà parlé – c’était la participation au service de la communion dans l’Eglise. Je pense que cela suppose le dialogue. Mon souhait est que s’intensifie et se développe ce dialogue, même s’il n’est pas toujours facile. Il faut savoir se mettre à la place de l’autre, faire un effort pour le comprendre et approfondir le problème posé. Or, j’ai parfois l’impression que, dans ce dialogue de participation, certains sont appelés à s’exprimer et à donner leur point de vue sur des questions complexes et difficiles qu’ils connaissent assez mal. Le dialogue sous-entend donc, en amont, une bonne formation. Et, pas simplement l’expression de certaines critiques. Il y a là un immense chantier ouvert. (apic/jczufferey/bb)

13 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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