Résister aux ordres de Berne, comme en 1803
Vaud: Juifs et chrétiens unis pour une politique d’asile plus juste et plus humaine
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 25 janvier 2006 (Apic) Afin de marquer leur solidarité à l’égard des requérants d’asile déboutés, les Eglises chrétiennes et la communauté israélite ont organisé mardi à 19h cinq célébrations oecuméniques simultanées dans le canton. La soirée, qui correspondait au 203ème anniversaire de l’indépendance vaudoise, a été une occasion pour les organisateurs, de signifier aux autorités cantonales qu’elles ne doivent pas obéir à tous les ordres de Berne.
Les cérémonies organisées par les chrétiens et juifs du canton de Vaud ont eu lieu au Centre paroissial Sainte Claire à Vevey, au Temple d’Yverdon-les-Bains, à la Basilique Notre Dame de Lausanne, à l’église de la Colombière à Nyon et à l’Abbatiale de Payerne. Le message était le même: faire connaître et signer l’appel adressé aux autorités vaudoises pour leur manifester l’indignation des deux confessions religieuses face au renvoi des requérants d’asile, connus sous le nom du groupe des 523.
A Lausanne, l’assemblée réunie dans la Basilique était essentiellement composée de parrains et marraines accompagnant les requérants, des militants de base, des médiateurs Eglises-Réfugiés, des bénévoles, de religieuses et de religieux, des avocats et d’autres citoyens solidaires. Environ 300 personnes sont venues afficher leur opposition au renvoi forcé des requérants. En introduction, l’abbé Jean-Robert Allaz, curé de Notre Dame à Lausanne, a indiqué que sa paroisse avait ouvert ses portes pour montrer la place de toute église comme lieu d’accueil.
Résister aux ordres venus de Berne
A son tour, la pasteur Guy Dottrens a précisé que ce sont environ 240 personnes (y compris ceux du groupe des 523) qui sont interdits de travail et sous la menace d’un renvoi forcé. Pour cela, 126 lumignons ont été allumés pour leur témoigner la solidarité et l’espoir de voir leur situation régularisée. Dans les autres lieux de célébration, 397 lumignons étaient allumés pour un total des 523. «Ce chiffre est devenu le symbole d’une lutte exemplaire. Il est aussi devenu le signe des 523 requérants qui ont été pris à la gorge par une politique d’asile inhumaine qui les ignorait dans leur détresse. Le chiffre fait également penser à tous les autres requérants qui sont bafoués dans leur dignité et niés dans leurs droits fondamentaux», a expliqué le pasteur lausannois.
Guy Dottrens a exposé les motifs de ce rassemblement: «Nous voulons que nos leaders sachent qu’il est possible de résister aux ordres venus de Berne comme leurs prédécesseurs durent se rebeller à la servitude des Bernois pour devenir indépendants en 1803». «Une autre raison, a ajouté le réformé, tient du message biblique qui demande à chacun de nos membres d’accueillir le plus faible».
En substance, l’appel lancé au Grand Conseil vaudois lu par l’abbé Jean-Pierre Barbey, médiateur Eglises-réfugiés, exprime un sentiment de honte et de révolte qui gagnerait de plus en plus le coeur de nombreux citoyens du canton. Il refuse aussi toute complicité des Eglises chrétiennes et de la communauté juive vis-à-vis d’une politique d’asile pleine d’inhumanité. Sur base de l’ouverture dont le Grand Conseil a fait preuve dernièrement (ndlr: il a décidé de négocier avec Berne la régularisation du reste des 523), chrétiens et juifs espèrent que dans le canton, il y ait encore assez d’imagination pour réinventer les chemins de l’hospitalité. Sur cette note d’optimisme, les fidèles ont signé l’appel et chacun est rentré avec une bougie en espérant que le dossier connaisse une issue favorable. (apic/dng/bb)



