Jeûner pour les requérants déboutés et menacés de renvoi

Vaud : Les 2 Eglises réformée et catholique lancent un jeûne de trois jours

Valérie Bory, Apic

Lausanne, 11 janvier 2005 (Apic) Les Eglises catholique et réformée du canton de Vaud ont invité mardi 11 janvier à un Jeûne de solidarité de trois jours pour les requérants déboutés et les sans papiers du canton de Vaud.

Alors que le mois de janvier sera celui des expulsions des «523» requérants d’asile déboutés – l’Eglise évangélique réformée et l’Eglise catholique vaudoises lancent un «Jeûne de solidarité et de protestation» de trois jours, du 13 au 16 janvier 2005. Les Eglises veulent aussi attirer l’attention sur ceux des sans-papiers qui se sont spontanément dénoncés et qu’elles soutiennent aussi.

Citant le Livre du prophète Esaïe, «Le Jeûne, c’est libérer les hommes injustement enchaînés (.)», Patrick Felberbaum, conseiller synodal de l’EERV, ainsi que Mgr Rémy Berchier, vicaire général du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, «invitent les membres des Eglises réformée et catholique, et plus largement la population du canton, à un Jeûne de solidarité».

Par cette action, les Eglises veulent attirer l’attention sur la situation des personnes menacées de renvoi – les « 523 ». Il faut ajouter environ 300 sans papiers dont les Eglises appuient la régularisation. Ce chiffre de 523 étant un symbole car en réalité il faut soustraire 46 cas qui ont été réexaminés par Berne dans le cadre de la circulaire Metzler (cas de rigueur) suite à l’action de l’exécutif vaudois, ainsi que quelques familles qui sont déjà reparties dans leur pays.

Malgré la trêve de Noël pour laquelle les Eglises « remercient le Conseil d’Etat », les renvois doivent intervenir dans les jours à venir, a rappelé le conseiller synodal de l’EERV. C’est pourquoi « les Eglises, après de longues réflexions, ont décidé de continuer d’attirer l’attention sur cette situation de détresse. Nous aimerions poser un acte concret de solidarité. C’est dans ce sens que nous proposons un Jeûne ».

Ce Jeûne, lancé en commun par les deux Eglises, veut affirmer « qu’aucune politique ne peut se fonder sur d’autres valeurs que celles de la dignité et de la fraternité humaines ».

Privation alimentaire, symbole de précarité des déboutés

En acceptant une privation alimentaire, déclarent encore les deux responsables des Eglises, « ceux qui jeûnent partagent un peu la précarité quotidienne des personnes menacées de renvoi». Les Eglises lancent en outre un appel aux autorités pour que soient trouvées « des solutions concrètes ».

La déclaration de Jeûne solidaire sera lue jeudi soir dans 5 églises qui feront, jeudi 13 janvier une célébration oecuménique simultanée. Ce sont les 4 Maisons des migrations de Lausanne (paroisse catholique de St Etienne- La Sallaz), Vevey (paroisse catholique de St Jean), Grandson (paroisse catholique de St Jean Baptiste), Payerne (paroisse catholique de Notre Dame), ainsi que l’église réformée de Gland.

Le Jeûne sera rompu dimanche à 17 heures à la Cathédrale de Lausanne par une célébration présidée par Mgr Berchier et par le président du Conseil synodal de l’EERV Henri Chabloz. Les vendredi et samedi soir, d’autres paroisses du canton prévoient des prières et des rassemblements dédiés au Jeûne.

Les Eglises ne font pas acte de désobéissance civile

« Il ne faut pas voir dans la position des Eglises vaudoises, qui dès l’été 2004 ont soutenu le gouvernement vaudois dans ce qu’on a appelé l’exception vaudoise – un acte de résistance ou de désobéissance civile », ont expliqué les responsables des deux Eglises – Vaud étant le canton qui a largement le plus fait usage des possibilités de demander à Berne l’octroi de permis humanitaires, suite à la brèche administrative ouverte par l’ancienne conseillère fédérale Ruth Metzler.

« Nos liens avec l’Etat de Vaud nous donnent des responsabilités de partenariat. Si l’Eglise est liée à l’Etat dans le canton, c’est bien pour qu’il y ait une obligation de parole » a expliqué le président du conseil synodal.

Mgr Berchier a pour sa part répété que le Jeûne était « un acte de solidarité, et aussi de solidarité avec les autorités ». Dès le premier communiqué de l’Eglise réformée vaudoise puis dans les communiqués conjoints concernant les requérants déboutés, a-t-il rappelé, « nous avons dit notre soutien au Conseil d’Etat ». (Les deux Eglises avaient entre autres apporté leur soutien à la position du Conseild’Etat vaudois dans sa démarche auprès du Conseiller fédéral Blocher visant à appuyer les révisions de procédures. Les deux Eglises avaient également diffusé un communiqué de soutien à la résolution du Grand Conseil en matière de non refoulement des plus faibles (femmes kosovares et enfants en particulier).

La FEPS et la CES ne prennent pas de positions « locales »

Pour Mgr Berchier, s’exprimant sur la situation vaudoise: « Nous vivons une situation particulière qui est cantonale, comme nous l’avons vécue sur Fribourg il y a 3 ans. Et là l’autorité cantonale et diocésaine était intervenue indépendamment et non pas contre la Conférence des évêques suisses (CES). Nous sommes dans la même situation. Il est difficile à la FEPS ou à aux évêques de prendre une position locale sur un des cantons seulement ».

Comment se «terminera» le bras de fer entre le chef du Département vaudois de justice et police chargé des renvois, l’UDC Jean Claude Mermoud, et les Eglises? «La police n’ira pas jusqu’à investir les églises !, a lancé l’un des représentants de l’Eglise réformée ».

«Si une décision difficile tombe ces jours prochains, a encore dit Mgr Berchier n’engageant que son Eglise, nous n’allons pas nous opposer à la décision de renvoi » VB.

Encadré

Le Jeûne, mode d’emploi

Concrètement, on pourra participer au Jeûne de solidarité organisé par les deux Eglises vaudoises en s’annonçant par téléphone, de 9h00 à 21h00 au 079/464 68 17 ou par courrier électronique (jeune523àbluemail.ch) ou en s’annonçant au prêtre, pasteur, diacre de sa paroisse. Un soutien spirituel et des conseils de santé seront en outre prodigués. « Nous invitons au jeûne complet pour ceux qui le désirent » (boissons, eau), a précisé Mgr Berchier, ou autre forme de jeûne que chacun détermine. « Par exemple se priver de tabac, ou de viande ou d’alcool pendant 3 jours. Il y a une grande liberté par rapport à cet acte », a-t-il encore ajouté. Chacun jeûnera chez soi, c’est une démarche individuelle, qui touche le corps. « Et qui s’inscrit dans la grandes tradition réformée du Carême avant Pâques et les expériences monastiques qui passent par certains jeûnes ». La déclaration de jeûne a été faite mardi en présence de Mgr Rémy Berchier, vicaire général du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, et de Patrick Felberbaum, Conseiller synodal de l’EERV. Etaient aussi présents Henri Chabloz, président du Conseil synodal de l’EERV Jean-Philippe Gognat, secrétaire général de la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud, Guy Dottrens, ministre protestant de coordination de la région lausannoise et deux médiateurs Eglises/réfugiés des deux Eglises vaudoises. (apic/vb)

11 janvier 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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