Vaud: Sortie du livre «Eglise et vie catholiques à Lausanne»
La messe interdite durant plus de deux siècles en Pays de Vaud
Lausanne, 30 septembre 2005 (Apic) Les récentes célébrations oecuméniques à la Cathédrale de Lausanne ponctuent plusieurs siècles de rapprochement entre les deux Eglises et de reconnaissance de la communauté catholique par les autorités politiques. Un ouvrage de Bernard Secrétan intitulé «Eglise et vie catholiques à Lausanne / du XIXe siècle à nos jours» revient sur les différentes étapes de cette histoire marquée par l’interdiction de la messe durant plus de 200 ans.
Le livre de Bernard Secrétan a été présenté le 30 septembre devant un parterre d’une soixantaine d’invités, dont une majorité de membres du Cercle catholique de Lausanne et de représentants des autorités catholiques. La rencontre a eu lieu à la paroisse catholique de Notre-Dame du Valentin, dont l’église consacrée en 1835 a été la seule de la ville entre 1835 et 1879. Auparavant, depuis la Réforme en 1536 et durant l’occupation bernoise jusqu’en 1792, la messe était simplement interdite. C’est grâce à l’appui et à l’initiative de riches étrangères installées dès la fin du 18e siècle sur les bords du Léman que la communauté catholique de Lausanne se retrouve autour de l’eucharistie et se forme en communautés paroissiales.
De nombreux ouvrages historiques ont été consacrés à l’Eglise réformée à Lausanne, mais peu a été écrit jusqu’à maintenant sur l’Eglise catholique, a souligné en début de rencontre Antoine Rochat. Le directeur de la Bibliothèque Historique Vaudoise, éditeur de «Eglise et vie catholiques à Lausanne», a insisté sur la contribution de cet ouvrage, le 127e de sa Collection, dans le dialogue oecuménique, même s’il relève les nombreux heurts qui ont marqué la cohabitation des deux religions durant les siècles. Au terme de la présentation de son livre, Bernard Secrétan s’est dit impressionné durant ses travaux de recherche en découvrant le nombre «d’acteurs discrets, engagés au nom de leur foi, auteurs d’oeuvres admirables et dévoués sans compter au service du Seigneur» qui ont marqué l’histoire du catholicisme à Lausanne.
C’est le cercle catholique de Lausanne, présidé actuellement par Maurice Gross, qui a demandé en 2003 à Bernard Secrétan de rédiger une plaquette commémorative à l’occasion de son centenaire. Ce dernier, qui venait de réaliser une importante recherche sur l’histoire de sa famille, propose la rédaction d’un ouvrage de plus grande importance sur la renaissance du culte catholique après l’occupation bernoise.
Ouvrage très complet sur la vie catholique
Et c’est un livre de 350 pages, alimenté de très nombreux documents écrits et photographiques, citations, explications historiques et théologiques, qui a vu le jour. En 14 chapitres, et autant de thèmes, Bernard Secrétan a donné à son ouvrage un style encyclopédique, livrant au lecteur toutes les clés de lectures nécessaires pour comprendre les enjeux de telle ou telle page d’histoire. Ainsi, le chapitre sur l’oecuménisme, qui suit directement ceux consacrés aux deux siècles de turbulences ayant abouti à la reconnaissance par l’Etat de l’Eglise catholique, pose sur une vingtaine de pages les fondements bibliques, théologiques et historiques de la question. L’auteur a également poussé loin la rigueur historique en citant les 68 curés de paroisse, ainsi que les évêques auxiliaires et vicaires épiscopaux et en livrant pour chacun d’eux les principaux éléments biographiques. Tous ces nombreux détails, fruits d’une recherche très poussée, font de «Eglise et vie catholiques à Lausanne / du XIXe siècle à nos jours» un ouvrage de référence sur la catholicité à Lausanne, et en Pays de Vaud en général.
Ce sont sans doute les chapitres 2, 3 et 4, consacrés respectivement à la renaissance du culte catholique, à la situation juridique de l’Eglise catholique vaudoise, et au climat social et interconfessionnel, qui constituent le coeur de l’ouvrage de Bernard Secrétan. Le lecteur y découvre notamment trois riches et nobles étrangères catholiques qui ont poussé l’Eglise hors des ornières de la société de la fin du 18e siècle au début du 20e siècle. Ainsi c’est à l’initiative de la baronne d’Olcah que la messe est dite pour la première fois depuis la Réforme sur le territoire de la ville, dès 1796 dans la chapelle de sa résidence. Mais il faut attendre 1814 pour la mise à disposition d’une église, celle de St-Etienne, partagée avec les réformés de langue allemande et anglaise. Puis, l’église Notre- Dame du Valentin est consacrée en 1835. Celle d’Ouchy suit en 1879, grâce à la générosité et à l’engagement de la princesse Léonille de Sayn, et celle du St-Rédempteur en 1916, sous l’impulsion de Gilberte de Sartiges, qui soutient financièrement la fondation de cette nouvelle paroisse grâce à la fortune de son grand-père juif.
Enfin la reconnaissance de l’Etat
La communauté catholique s’agrandit toujours plus, tout en restant discrète afin de ne pas compromettre ses droits fraîchement acquis. Au début du 20e siècle, Lausanne compte 9’000 catholiques (20% de la population), en grande majorité des étrangers. En 2000, ils représenteront 40,8% de la population, soit davantage que les réformés (31,9%). Il faut pourtant attendre 1970 pour que l’Eglise catholique obtienne de l’Etat un statut lui permettant d’obtenir un soutien financier proportionnel à celui octroyé aux réformés, et 2003 pour sa reconnaissance comme institution de droit public.
Bernard Secrétan, âgé de 70 ans, est ingénieur-physicien et docteur ès Sciences techniques de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il consacre sa retraite à l’écriture et a publié en 2003 «Secrétan, histoire d’une famille lausannoise de 1400 à nos jours».
Pratique: «Eglise et vie catholiques à Lausanne, du XIXe siècle à nos jours», Bernard Secrétan / Collection Bibliothèque historique vaudoise / 350 pages / 54 frs). A commander à la Bibliothèque historique vaudoise – Grand-Chêne 8 – 1002 Lausanne / tel. 021 320 38 31.
Site internet www.s-a-v.org rubrique bhv
(apic/com/bb)



