Venezuela: les catholiques entre prudence, espérance et colère
Suite à l’enlèvement par les États-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro, le 3 janvier 2026, les milieux catholiques de la région réagissent de manière mitigée. Si les exilés saluent en général l’action américaine, d’autres dénoncent un acte violent et illégal.
L’opération «Absolute Resolve» du gouvernement américain a provoqué la stupeur dans le monde entier. Dans ce pays où plus de 70% de la population est catholique, la situation a fait réagir les milieux ecclésiastiques.
La Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV) a publié le 4 janvier une brève déclaration sur la crise. «À la lumière des événements que notre pays traverse aujourd’hui, demandons à Dieu d’accorder à tous les Vénézuéliens sérénité, sagesse et force. Nous sommes solidaires avec les blessés et les familles des personnes décédées. Persévérons dans la prière pour l’unité de notre peuple», ont déclaré les évêques.
Les évêques entre deux chaises
Le site américain Crux relève la «prudence des prélats» face aux événements. Une attitude qui s’explique par le rôle et la situation délicates de l’Église au Venezuela. En coordination avec le Saint-Siège, les évêques tentent depuis des années de réaliser une médiation entre le régime de Maduro et les forces d’opposition dans le pays.
Dans une nation où l’Église bénéficie d’un grand respect, les évêques se sont montrés à mainte reprises critiques envers le président. Ce qui a attisé ses foudres à plusieurs reprises.
Dans leur message de Noël 2025, les évêques ont critiqué «la privation de liberté pour avoir des opinions politiques différentes de celles des citoyens nationaux et étrangers, l’appauvrissement généralisé de la population souffrant d’une inflation galopante et d’une économie dysfonctionnelle».
La Conférence épiscopale a dans le même temps dénoncé la campagne de bombardements menée par le gouvernement Trump contre des bateaux soupçonnés de transporter de la drogue dans les Caraïbes. Les prélats ont déploré que Noël ait été assombri par «actions militaires près de nos côtes, avec des pertes humaines regrettables, et par la présence de forces militaires étrangères dans les eaux internationales de la mer des Caraïbes».
Joie dans la diaspora
L’annonce par la Maison Blanche de la capture de Nicolas Maduro a été célébrée par la diaspora vénézuélienne, largement composée d’opposants au régime. «Nous avons accueilli cette nouvelle avec beaucoup de joie et d’espoir», déclare ainsi à Crux le Père José Palmar, qui vit à Miami. «Malgré les célébrations, nous sommes toujours inquiets, admet l’ecclésiastique. La tête a été extirpée, mais le corps est toujours vivant – à tous les niveaux du gouvernement, des administrations municipales, etc. Ce corps peut encore créer une tête visible.» Le Père Palmar espère que des accords permettront de mettre en place un nouveau gouvernement. «Si cela se produit, je pense qu’au moins 30% des exilés vénézuéliens retourneraient au pays dans six mois ou un an», ajoute-t-il.
Appels à la paix ignorés
Mais d’autres personnalités et groupes catholiques se montrent plus critiques envers l’attitude des États-Unis. «Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et conduire à dépasser la violence et à emprunter des chemins de justice et de paix, en garantissant la souveraineté du pays», a déclaré le pape Léon XIV lors de l’Angélus du 4 janvier.
Alors qu’il est fait état de 40 à 80 personnes tuées, principalement dans le service de sécurité de Nicolas Maduro, l’utilisation de la violence a été dénoncée par des groupes catholiques. «Il y a deux jours à peine, nous avons commencé l’année en priant avec le pape Léon XIV pour la paix dans un monde blessé», a fait remarquer l’organisation Encuentro Mundial de Movimientos Populares. «Mais aujourd’hui, nous voyons avec une profonde douleur comment cette paix est violée par l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela», poursuit le réseau, relayé par l’agence vaticane Fides.
L’ordre international en danger?
La commission brésilienne de Justice et Paix qualifie «d’inadmissible» l’agression au Venezuela, et rappelle l’autodétermination des peuples comme principe fondamental du droit international. «Le peuple vénézuélien, ajoute le message de la commission de la Conférence épiscopale, a le droit de choisir son propre chemin sans ingérence extérieure. L’enlèvement du président et l’attaque des États-Unis sur le territoire vénézuélien représentent une menace inacceptable à la souveraineté nationale et un précédent dangereux pour la stabilité régionale et l’ordre international.»
La branche brésilienne du réseau «L’Économie de François et Claire» a également exprimé sa solidarité avec le peuple vénézuélien, rappelant par une citation de l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano que «historiquement, les pays envahis par l’impérialisme américain ont connu la misère et les difficultés».
Pax Christi International a également déploré la «grave violation du droit international par le gouvernement et les forces armées des États-Unis d’Amérique (…)» Ce qui constitue «un précédent très dangereux qui risque de justifier et de légitimer de nouvelles violations de ce type par les forces armées des nations les plus puissantes, nous précipitant dans une situation incontrôlée d’injustice et de violence.» (cath.ch/crux/fides/ag/arch/rz)





