Québec: Report de la fermeture prévue samedi de l’église Sainte-Amélie, à Baie-Comeau
Vente d’un autre joyau du patrimoine religieux québécois
Montréal, 11 février 2010 (Apic) Une «dernière messe» devait être célébrée en l’église Sainte-Amélie, à Baie-Comeau, au Québec, le samedi 13 février prochain. L’église devait fermer officiellement ses portes dimanche prochain et être vendue, malgré le fait qu’elle soit considérée comme un joyau du patrimoine religieux québécois et qu’elle soit reconnue comme un site touristique.
Face à la résistance d’un groupe de paroissiens et à une mobilisation sur Facebook, le conseil de fabrique de la paroisse Nativité-de-Jésus de Baie-Comeau a décidé de reporter la vente de cette église construite en granit rose de la Côte-Nord et dont l’architecture est du style dom Bellot. Les fresques qui la décorent sont de l’artiste italien Guido Ninchéri. La première messe y fut célébrée le 19 juin 1940. Guido Nincheri y a passé la presque totalité de la Seconde Guerre mondiale afin de faire les fresques des murs et du plafond. Les vitraux, aussi signés Nincheri, ont été installés dans les années 50.
La messe du 13 février aurait dû être la dernière
Opposée à la fermeture, la «Corporation Sainte-Amélie ouverte à la vie», une corporation sans but lucratif, propose d’assumer tous les frais d’entretien et de fonctionnement du bâtiment afin d’y conserver le culte. Mais la Corporation s’est heurtée jusqu’à ces jours derniers au refus de la fabrique. La messe du 13 février, qui devait être la dernière à être célébrée dans ce lieu de culte, est reportée à une date indéterminée.
En effet, les marguilliers chargés de l’administration des biens de la paroisse, l’équipe pastorale et Mgr Jean-Pierre Blais, nouvel évêque de Baie-Comeau, se sont mis d’accord pour reporter la fermeture au culte de la plus vieille et la plus belle église de Baie-Comeau afin de discuter avec les groupes intéressés. Par contre, les paroissiens ne doivent pas s’attendre au retour de leur unique messe mensuelle. Pour le moment, aucun culte n’est prévu, et le président d’assemblée de fabrique de la paroisse Nativité-de-Jésus insiste sur le fait que la concentration du culte à l’église St-Nom-de-Marie reste toujours l’objectif visé.
La décision de fermer au culte l’église Ste-Amélie est suspendue jusqu’à ce qu’un protocole d’entente soit déposé aux autorités de la paroisse en vue de parvenir à une occupation «multi-usages» du lieu, ce qui n’exclut pas le culte, d’après le président de l’assemblée de fabrique. Qui relève qu’il y a une église excédentaire dans la paroisse de La Nativité-de-Jésus. Pour le moment, l’église Ste-Amélie n’est pas désacralisée, et la paroisse n’a pas à s’inquiéter.
La situation financière de la paroisse, qui ne peut plus soutenir deux lieux de culte, et la disponibilité de locaux pour la pastorale ont fait pencher la balance pour l’église Saint-Nom-de-Marie au détriment de Ste-Amélie. En 2001, la fabrique avait déjà privilégié Saint-Nom-de-Marie comme église principale, Sainte-Amélie ne servant depuis lors à la messe qu’une fois par mois et pour des célébrations de mariage et de funérailles.
Première église catholique de Baie-Comeau, construite entre 1937 et 1939, l’érection de l’église Sainte-Amélie a été commandée par le colonel Robert McCormick, fondateur de la municipalité, qui a fait nommer l’église en l’honneur de sa femme.
Au Québec, bastion catholique historique d’Amérique du Nord, les temps changent
Au Québec, bastion catholique historique d’Amérique du Nord, la vie sociale et religieuse a longtemps gravité autour de la paroisse. La symbiose était presque totale… jusqu’au milieu des années 60. Puis vint la «Révolution tranquille», projet laïc valorisant l’autonomie individuelle et la liberté de conscience; les églises se vidèrent inexorablement. Aujourd’hui, faute de fidèles et par manque de moyens pour les entretenir, des paroisses fusionnées se défont de leurs lieux de culte.
Les Eglises historiques, frappées par la désaffection de leurs fidèles, le dépeuplement des quartiers de centre-ville au profit des banlieues et la baisse de la démographie, doivent supprimer des paroisses ou les regrouper pour former des «unités pastorales». Ce qui semblait impensable il y a peu est en passe de devenir monnaie courante: par dizaines, des églises sont désaffectées et vendues. D’autres mises à la disposition de groupes culturels ou de communautés catholiques de rite oriental, car les fabriques chargées de l’entretien des églises n’en ont plus les moyens. Les Eglises traditionnelles n’arrivent tout simplement plus à supporter financièrement le fardeau que représente aujourd’hui leur riche passé. (apic/rvm/be)



