Inde: Institutions d’Etat de l’Orissa impliquées dans les violences antichrétiennes
Verdict accablant d’un tribunal
New Delhi, 26 août 2010 (Apic) Après avoir écouté les témoignages de victimes des violences antichrétiennes dans l’Etat indien de l’Orissa en 2008, un «tribunal populaire» a critiqué les institutions de l’Etat, les accusant d’avoir aggravé les souffrances des victimes de ces violences.
«Le parti pris des institutions de l’Etat, y compris de la police, est scandaleux; elles sont impliquées dans les violences et elles sont complices des efforts visant à entraver la bonne marche de la justice et la désignation des responsables», a déclaré le jury à l’issue du procès non officiel organisé par le Tribunal populaire national, qui s’est tenu du 22 au 24 août. Le Tribunal est revenu sur les violences qui ont eu lieu dans les jungles de Kandhamal, dans l’Etat de l’Orissa.
«Après avoir entendu ces témoignages, je ne peux que courber la tête sous le poids de la honte d’être Indien», a déploré A. P. Shah, ancien premier magistrat de la Cour suprême de Delhi, qui présidait un jury constitué de personnalités de tous horizons. Aucun des jurés n’était chrétien, à l’exception de Ruth Manorama, membre de l’Eglise de l’Inde du Sud.
Le jury a appelé le gouvernement fédéral indien à diligenter une enquête exceptionnelle sur les violences à l’encontre des chrétiens, qui ont été perpétrées par des extrémistes hindous suite à l’assassinat d’un de leurs leaders, Swami Lakshmanananda Saraswat, en août 2008.
Bien que le gouvernement de l’Orissa ait reconnu 42 décès, les militants ont présenté au Tribunal des déclarations écrites sous serment qui affirment que plus de 90 personnes ont trouvé la mort et que 300 Eglises et 5400 foyers chrétiens ont été pillés et détruits, ce qui a entraîné plus de 54 000 habitants du district de Kandhamal à être déplacées.
L’archevêque catholique romain Raphael Cheenath, de Cuttack-Bhubaneswar, diocèse qui comprend le district de Kandhamal, était présent lorsque le jury a rendu son verdict.
Ram Puniyani, un militant hindou de Mumbai (Bombay), a déclaré à ENI: «Notre objectif est de faire la lumière sur toute la vérité, de démontrer les pertes subies par les habitants du Kandhamal et de veiller à ce que justice soit faite pour les victimes et qu’elles soient réintégrées dans la société.» Ram Puniyani est l’un des coordinateurs du Forum national de solidarité, une coalition de plus d’une cinquantaine d’organisations d’action sociale, qui a mis en place le Tribunal à l’occasion du second anniversaire des violences.
Kanaklata Nayak, dont le mari a été tué devant ses yeux, a affirmé au Tribunal qu’elle avait été contrainte de fuir le Kandhamal avec ses enfants en bas âge, à cause des menaces qu’elle avait reçues après avoir témoigné dans un tribunal local contre les individus accusés du meurtre de son mari.
Le tribunal a accusé le gouvernement de l’Orissa d’avoir «sous-estimé l’ampleur» des violences dans le Kandhamal, qui se sont poursuivies pendant plusieurs semaines sans que le gouvernement ne prenne les mesures adéquates pour les contenir. (apic/eni/pr)



