Irak: Pour le patriarche chaldéen Mgr Sako l'exode des chrétiens va encore s'amplifier

Vers une désintégration du pays

Ankawa, 4 juillet 2014 (Apic) Le patriarche de l’Eglise chaldéenne catholique, Mgr Louis Raphaël Ier Sako, avertit que l’émigration des chrétiens d’Irak va encore s’amplifier. Dans un entretien accordé le 28 juin 2014 à l’œuvre d’entraide catholique Aide à l’Eglise en Détresse (AED), le dignitaire craint une disparition à grande échelle de la vie chrétienne dans la région et la désintégration du pays.

«Lors de mon récent séjour en Turquie, dix familles chrétiennes originaires de Mossoul y sont arrivées, et en une seule semaine, vingt familles ont quitté Alqosh, en Irak, une localité majoritairement chrétienne non loin de Mossoul. C’est extrêmement préoccupant. Nous perdons notre communauté. Si la vie chrétienne en Irak arrête d’exister, notre histoire sera interrompue», lance Mgr Sako, interrogé à Ankawa, près d’Erbil, au Kurdistan irakien.

Pour ce chef de l’Eglise chaldéenne catholique unie à Rome, l’avenir des chrétiens en Irak est menacé. «Dans dix ans, il restera peut-être 50’000 chrétiens en Irak. Avant 2003, nous étions environ 1,2 million. En l’espace de dix ans, le nombre a chuté à quelque 400’000 à 500’000 fidèles. Mais nous ne disposons pas de chiffres exacts.»

Fragmentation en trois zones

Après l’invasion du nord de l’Irak par les insurgés sunnites de l’Etat islamique (anciennement l’Etat islamique en Irak et au Levant [EIIL]), en juin dernier, la désintégration de l’Irak semble tout aussi inévitable au patriarche chaldéen résidant à Bagdad. «Peut-être qu’il existera une unité symbolique, et que le nom de l’Irak perdurera. Mais de fait, nous serons en présence de trois zones indépendantes avec leurs propres budgets et leurs propres armées.»

Tout comme les autres évêques, Mgr Sako estime que la situation va encore empirer avec la fragmentation du pays en zones kurde, chiite et sunnite. Pour le patriarche, les conséquences de cette désintégration sur la communauté chrétienne ne peuvent pas encore être prévues avec précision. «Ce sera peut-être au Kurdistan que se dessinera un avenir, affirme Mgr Sako. De fait, de nombreux chrétiens y vivent déjà. Il y en a toutefois encore beaucoup à Bagdad et certains vivent aussi à Basra, dans le sud chiite. Nous devons attendre de voir comment la situation évoluera.»

Rejet d’une intervention militaire

Mgr Sako critique sévèrement l’attitude des Etats occidentaux. «Le football les intéresse beaucoup plus que la situation ici ou en Syrie. La politique occidentale ne poursuit que des intérêts économiques. La communauté internationale devrait faire pression sur les politiciens irakiens pour qu’ils trouvent une solution politique et constituent un gouvernement d’unité nationale.» Le patriarche rejette toutefois une intervention militaire des Etats-Unis. «Les Américains sont venus ici et ils ont commis beaucoup d’erreurs. C’est à cause d’eux que la situation se présente telle qu’elle est aujourd’hui. Pourquoi remplacer un régime par une situation pire encore? C’est ce qui est arrivé après 2003», assène le dignitaire chaldéen.

Mgr Sako estime que la majorité des sunnites arabes soutient l’EIIL, et que, même s’ils ne partagent pas nécessairement leur idéologie, ils soutiennent l’objectif politique visant un changement de régime et la fondation de leur propre Etat.

Pour Mgr Sako, l’EIIL constitue un danger menaçant le monde bien au-delà de l’Irak. Il indique que l’intention de l’organisation terroriste sunnite est de fonder un Etat islamique qui serait une puissance pétrolière, à partir duquel elle ambitionne d’islamiser le monde. Le patriarche n’exclut pas une issue politique à la crise actuelle. «Cette possibilité existera dès l’instant où l’Occident et nos voisins tels que l’Iran, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite le voudront.» (apic/com/rz)

4 juillet 2014 | 11:25
par webmaster@kath.ch
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