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apic/Mgr Mamie/ 75 ans
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Fribourg: Mgr Mamie fête ses 75 ans (270295)
Un épiscopat sous la devise «Veritas et misericordia»
Fribourg, 27février(APIC) Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg depuis
presque 25 ans, Mgr Pierre Mamie fêtera ses 75 ans le 4 mars. A cette date,
il présentera, comme l’exige le droit canon (1), sa démission au pape Jean
Paul II. Au regard de nombreux changements survenus dans l’épiscopat suisse
ces derniers temps, on estime volontiers, sans préjuger de la décision romaine, que son mandat pourrait être prolongé pour une période indéterminée.
Devant le clergé fribourgeois réuni à Matran, il y a quelques semaines,
Mgr Mamie évoquait la maintien de sa présence «pour deux mois ou peut-être
deux ans». Contesté au moment de son élection à l’épiscopat, il avoue assez
volontiers y avoir pris goût, même si la charge est lourde à porter et s’il
regrette de ne pouvoir dialoguer davantage avec tous ses diocésains. Aujourd’hui, il est un peu le «pater familias» accordant assez largement ses
bénédictions tout en surveillant attentivement la croissance de ses enfants. Sachant dire non quand il le faut, ou encourageant d’un simple geste
de la main. Vétéran de la Conférence des évêques, qu’il présida à deux reprises, il entend jouer le rôle de médiateur au sein d’une confrérie où les
tensions ne manquent pas, en particulier en lien avec l’affaire Haas.
Les démissions d’évêques se succèdent en Suisse. Après celle de Mgr
Wüst, à Bâle, en octobre 1993, sont survenues celles Mgr Gabriel Bullet, à
Lausanne, en novembre 1993, de Mgr Mäder à St-Gall, en septembre 1994, enfin tout récemment de Mgr Schwery à Sion. Quant à celle de Mgr Candolfi,
évêque auxiliaire de Bâle, elle est attendue pour l’été. L’évêque de Lugano, atteint par un cancer incurable, est conscient de sa fin prochaine.
Enfant d’un milieu modeste
A 75 ans, Mgr Mamie personnifie en quelque sorte l’évolution de l’Eglise
catholique et de son ouverture progressive. Enfant de milieu modeste à La
Chaux-de-Fonds il vit l’époque où dans le milieu catholique un protestant
est encore un étranger. Elève au Collège St-Michel à Fribourg, il est formé
dans le moule de la citadelle catholique. Au grand séminaire, le supérieur
lui indique où s’asseoir à la chapelle et au réfectoire. Une époque où la
pensée personnelle n’était pas forcément bienvenue. Jeune prêtre, immédiatement après la guerre, il est aumônier des étudiants catholiques à Lausanne. C’est encore le beau temps de l’Action catholique, avec une vie beaucoup moins policée, pleine de débats et de discussions. L’arrivée à Rome en
1955 pour des études en sciences bibliques marque un tournant avec la découverte de l’Eglise universelle et de ses multiples visages. Le retour au
séminaire à Fribourg en 1960, cette fois-ci de l’autre côté de la barrière
comme directeur et professeur d’exégèse de l’Ancien Testament, lui permet
de constater déja un changement de mentalité. Secrétaire du cardinal Journet, l’abbé Mamie a la chance de participer à la dernière séance du Concile
Vatican II. L’accession à l’épiscopat en 1968 se fait dans la foulée, même
si lui-même et d’autres sont plutôt réticents. Le pape Paul VI insiste, Mgr
Mamie devient évêque auxiliaire. En 1970, Mgr Mamie prend la succession de
Mgr François Charrière à la tête du diocèse.
L’expérience vaut plus que les théories
Jugé parfois comme un intellectuel florentin – il a consacré le tiers de
sa vie à l’étude et à l’enseignement – Pierre Mamie n’aime pas en fait les
grandes théories, préférant toujours l’exemple d’une expérience vécue douce
ou amère. Le souvenir de sa mère ou celui de sa première communion à La
Chaux-de-Fonds, nourrissent aujourd’hui encore son amour de l’Eucharistie
autant que son savoir théologique. Sensible au point que certains l’estiment sentimental, Mgr Mamie respire en fait une foi profonde et solide.
«J’ai eu la chance de ne jamais douter», explique-t-il. Malgré les difficultés, les rejets, les déceptions et les regrets. Les blessures d’amour et
d’amour-propre sont parfois restées gravées dans son coeur, mais elles ont
contribué à forger sa personnalité.
L’amour et le goût de la beauté le conduisent à fréquenter de nombreux
artistes pas toujours très «catholiques» tels Frédéric Dard ou Jean Tinguely. Certains lui reprochent de se fourvoyer dans ce milieu, d’autres y
voient un goût prononcé des mondanités. «L’art conduit aux frontières du
divin», relève-t-il. Il a les mêmes accents pour exprimer son amour de la
musique, celle des messes de Mozart en particulier, qu’il aime présider à
la cathédrale St-Nicolas.
Comme évêque, Mgr Mamie garde ce large souci d’ouverture. La présidence
de la Conférence des évêques suisses l’amène à participer à plusieurs synodes des évêques à Rome ou encore au Conseil des Conférences épiscopales
européennes (CCEE). Ses voyages à l’étranger, en Afrique notamment, mais
aussi dans la Bosnie en guerre, lui donnent un certain recul par rapport
aux problèmes suisses. Ces expériences renforcent aussi sa fidélité au
magistère romain, même s’il reconnaît ne pas avoir avec Jean Paul II les
rapports privilégiés qu’il avait avec Paul VI. Mgr Mamie se méfie des attitudes extrêmes ou des propos alarmistes préférant les opinions nuancées ou
même le silence. Péniblement marqué par le schisme d’Ecône et l’affaire
Haas, il se garde de jugements définitifs cherchant la solution par le dialogue et la conciliation dans le respect des compétences de chaque organe
de décision.
«Veritas et misericordia»
Mgr Mamie n’est pas l’évêque des coups de gueule, ni des actions
d’éclats même s’il ne craint pas les prises de positions courageuses en faveur des étrangers, pour le tiers-monde ou contre le commerce des armes par
exemple. Sa devise épiscopale «Veritas et misericordia» colle bien à
l’esprit de son ministère. Son diocèse, comme l’Eglise suisse, est marqué
durant ces 25 dernières années à la fois par un recul de la pratique religieuse et de l’influence de l’Eglise et par un renouvellement en profondeur
des structures ecclésiales lancé par le Synode 72. Aujourd’hui, Mgr Mamie
suit avec attention les travaux de l’assemblée ecclésiastique catholique
provisoire du canton de Fribourg.
A son actif aussi la régionalisation du diocèse à travers des vicariats
dotés d’une assez large autonomie. «Avec un évêque auxiliaire à Lausanne et
un à Genève, cela fonctionne assez bien, mais je souhaiterais que mon ou
mes successeurs aient une charge moins lourde à porter», explique-t-il. La
construction d’un nouveau Centre diocésain, à Villars-sur-Glâne, marque une
volonté d’optimisme, même si la relève du clergé tarde.
«Je ferai un bilan quand mon successeur sera là», explique Mgr Mamie qui
refuse de faire d’autres commentaires à la veille de son 75e anniversaire.
«Je donne ma démission, je ne sais pas quand elle sera acceptée. Mais je ne
veux pas avoir l’air de m’accrocher». (apic/maurice page)
(1) Code de droit canon 401,1: «L’évêque diocésain qui a atteint 75 ans accomplis est prié de présenter la! renonciation à son office au Pontife suprême qui y pourvoira après examen de toutes les circonstances».




