Pérou: Le Parlement abroge les décrets contestés sur l’exploitation des ressources
Victoire historique des indigènes contre le pouvoir
Lima, 19 juin 2009 (Apic) Les décrets 1090 et 1064, dont la promulgation voulue par le président Garcia a déclenché la massive mobilisation des peuples indigènes du Pérou depuis le 9 avril dernier, ont été révoqués jeudi soir par le Parlement péruvien. Les indigènes péruviens ont obtenu une victoire historique contre le pouvoir, estiment les observateurs.
Les violents heurts, début juin, se sont soldés par la mort de plus de 40 personnes et près d’une centaine de blessés.
Par 82 voix favorables et 12 contraires, les députés (réunis en session extraordinaire à laquelle ont participé une trentaine de dirigeants indigènes de la communauté Ashanika) ont abrogé les décrets qui avaient été adoptés par le gouvernement de droite du président Alan Garcia dans le cadre de l’harmonisation de la législation péruvienne au Traité de libre échange (Tlc) conclu avec les États-Unis.
Les décrets en question, qui réglementent l’utilisation et l’exploitation des ressources hydriques et naturelles (notamment le pétrole) de la région amazonienne péruvienne, ont été contestés par les 65 communautés indigènes du Pérou. Un fois de plus, les peuples originels n’avaient pas été consultés sur les décrets objet de la mobilisation (tel que le prévoient pourtant de nombreux accords internes et internationaux conclus par le gouvernement péruvien), dénonçant la menace pour l’environnement et la survie des indigènes représentée par les dispositions législatives.
Peu après l’abrogation des décrets, l’Association interethnique de développement de la forêt péruvienne (Aidesep), qui rassemble les 65 communautés natives du pays, a suspendu la protestation, annonçant la levée des blocs routiers et fluviaux installés depuis le 9 avril dernier.
Dans un discours à la nation retransmis mercredi soir à la télévision, le président Garcia s’était radouci et avait invité les populations indigènes à lancer un nouveau dialogue. Le Premier ministre Yehude Simon devrait démissionner dans les prochaines heures, tel qu’il l’avait promis dès que les protestations des indigènes se seraient apaisées.
La répression mise en œuvre par les autorités ont suscité de nombreuses critiques au sein même du gouvernement et donné lieu aux violences de début juin dans la région de Bagua. Une ministre avait du reste donné sa démission.
La presse péruvienne regrette les dizaines de «morts inutiles», à cause de l’entêtement du président Alan Garcia à vouloir maintenir un décret inique. (apic/misna/pr)



