au Congrès européen de pastorale familiale
Vienne: exposé du Cardinal Schwery (271093)
De nouveaux chemins d’évangélisation pour la famille
Vienne, 27octobre(APIC) Le cardinal Henri Schwery, évêque de Sion, s’est
interrogé sur l’adéquation de l’action pastorale aux réalités familiales
d’aujourd’hui, lors de son exposé présenté devant le Congrès européen de
pastorale familiale, tenu à Vienne à la mi-octobre. Organisé sous l’égide
du Conseil pontifical pour la famille et de la Conférence épiscopale autrichienne, ce Congrès a permis, en prélude à l’Année internationale de la famille en 1994, une réflexion sur l’Europe d’aujourd’hui et de demain, mais
aussi sur le sens chrétien de la famille, la jeunesse, la fidélité, l’amour
conjugual et la fécondité.
Ce Congrès, qui a rassemblé à Klosterneuburg quelque 300 participants, a
vu la participation de représentants d’institutions, d’associations et de
mouvements de toute l’Europe qui travaillent dans la pastorale familiale.
Ce sont les grands axes de cette pastorale que le cardinal Schwery a décrit.
Sous le titre «Les grands axes de la pastorale familiale – une action
pastorale vraiment orientée vers les familles?», il a développé les moyens
d’annoncer la «Bonne Nouvelle de la famille» à l’Europe d’aujourd’hui.
«Quelle image l’Eglise donne-t-elle d’elle-même au monde actuel?», s’est
d’abord demandé l’évêque de Sion. Première constatation: si la préparation
au mariage est davantage prise au sérieux aujourd’hui, après le mariage
«les contacts sont rompus». Les familles ont souvent un double sentiment
d’abandon pastoral et de culpabilité, notamment devant les fléaux du monde
moderne que sont le sida et la drogue. A cela s’ajoute la difficulté à faire passer «la notion, le sens et la justification du mariage» dans la théologie catholique. Face à ces problèmes: une Eglise à qui on reproche souvent de «ne rien comprendre aux choses de l’amour et de la sexualité» et un
clergé qui paraît «ou trop affairé, ou désemparé». En résumé, «l’image que
l’Eglise donne d’elle-même à un nombre croissant de ses membres n’est plus
celle du ’Bon Pasteur’».
Se libérer des caricatures
Une telle constatation conduit, selon le cardinal, à une seconde interrogation: «Notre monde fait-il une mutation culturelle?» Une tâche s’impose
aux chrétiens aujourd’hui: «refaire le tissu de la culture religieuse». «La
preuve? La montée actuelle de la religiosité, qui témoigne comme jamais de
la soif de transcendance d’une jeunesse dont les parents sont des blasés».
«Il est urgent de ’réévangéliser’, de chercher des chemins vers les 90%
d’égarés». Mais attention au moralisme! Pour que le discours de l’Eglise
sur la famille «retrouve une crédibilité universelle, il faut trouver des
chemins pédagogiques, éviter les étiquettes ’moralisantes’, intégrer ces
valeurs à un projet pastoral positif. L’image de l’Eglise doit se libérer
des caricatures qui l’identifient à la seule morale conjugale, à la morale
sexuelle, à une discipline dépassée, voire à une lutte attardée contre une
saine démographie».
Vivre chrétiennement la famille: une utopie?
Pour cela, il faut partir de la famille telle qu’elle est perçue aujourd’hui. Trois traits la caractérisent, a souligné Mgr Schwery: la famille paraît impossible; la vie de famille est très difficile; la fidélité
conjugale est de plus en plus difficile. Le nombre important de mariage
dissociés, la difficulté d’engagements à long terme, la montée de l’individualisme, les «exemples» négatifs multipliés par les médias, une infidélité
«publique et banalisée», les fictions artistiques, une éducation sexuelle
présentée «avec un souci de ’neutralité’ peut-être honnête, mais assurément
amoral, une appréciation ambiguë du rôle des pasteurs, à qui on ne demande
plus de pardonner mais de justifier», sont autant de facteurs qui «font
douter du bien-fondé de la conception chrétienne de la famille, de la fécondité et du respect de la vie.
Sans oublier les progrès des sciences qui séparent de plus en plus amour
physique, amour sentimental et procréation et favorisent la recherche de
l’enfant sans défauts au mépris des desseins du Créateur; les critères de
rentabilité qui, dans les domaines politique, juridique et économique,
«font abstraction des valeurs fondamentales: de la vie, de la famille, de
la vie spirituelle»; enfin, la démission de l’Etat de ses responsabilités.
Le cardinal Schwery en est convaincu, «il y a une «Bonne Nouvelle» de la
famille à annoncer»: elle proclame le sens et l’importance de la famille
théologale, la grandeur et le sens chrétien de la fécondité humaine, les
exigences de la beauté gratifiante de la fidélité conjugale. Comment l’annoncer? Reprenant l’expression des évêques de France, Mgr Schwery a affirmé: «Avant d’enseigner une morale, l’Eglise catholique témoigne d’un mystère, d’une mystique, d’une spiritualité». Elle ne transmettra efficacement
son message qu’en atteignant la famille, «le seul espace capable d’être en
résonance permanente, et universelle, avec l’intégralité du message évangélique».
Recentrer la pastorale sur la famille
Une urgence s’impose dès lors: le recentrage de la pastorale sur la famille. Elle est un lieu où la pastorale peut suivre le chrétien dans toutes
les étapes de sa vie; un chemin pédagogique pour arriver à la base; un thème rassembleur du clergé et des agents pastoraux; une réalité théologale et
ecclésiale, «Eglise domestique». Cet effort de recentrage exige «une pastorale d’amour et de charité au service des nouveaux pauvres»: les oubliés
des législations et des mesures sociales, les familles mutilées ou incomplètes, ceux qui ont perdu le sens de l’amour. Le cardinal Schwery a conclu
sur une note d’espérance: «La famille demeure prometteuse d’une croissance
et d’une floraison réjouissante».
D’autres conférences ont notamment abordé les problèmes de la jeunesse,
du sens du mariage à l’Eglise et de «la surpopulation». Une messe célébrée
par le cardinal Hermann Groër a mis un terme à ce Congrès. (apic/id/pr)




