Vienne: Jean Paul II lance un appel pour l’entrée des pays de l’Est dans l’UE

Pour la «globalisation de la solidarité»; réconciliation avec les juifs

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

Vienne, 21 juin 1998 (APIC) Le pape Jean Paul II a plaidé samedi à la «Hofburg» de Vienne pour une «globalisation de la solidarité». Il a demandé instamment aux autorités autrichiennes qui assurent la présidence de l’Union Européenne dès le 1er juillet prochain, de tout faire pour faciliter l’entrée des pays de l’Est dans l’UE, malgré les «sacrifices» que cela suppose de la part de l’Occident riche. Méditant sur les fondements chrétiens de l’Europe, il a appelé les chrétiens du continent à «la réconciliation avec les juifs».

Au deuxième jour de sa visite en Autriche, dans la salle de cérémonie de l’ancien palais impérial, Jean Paul II s’est adressé aux autorités autrichiennes, représentées par le président Thomas Klestil et le gouvernement, et aux 250 membres du corps diplomatique en poste dans les différentes organisations internationales à Vienne. L’ancien président de la République Kurt Waldheim, – dont le passé dans l’armée allemande a longtemps terni l’image du pays – figurait au premier rang de l’assemblée.

Evoquant la «déception» après le démantèlement du Rideau de fer – «beaucoup d’euphories se sont depuis volatilisées, et beaucoup d’espérance ont été déçues», a-t-il noté – Jean Paul II a constaté que la ligne de séparation entre les deux blocs n’a pas encore disparu: «ni dans la réalité économique, ni dans les esprits».

Sympathie pro-européenne déclarée

S’inscrivant contre le scepticisme et la frustration vis-à-vis de l’adhésion à l’Europe, attitude qu’il critique ouvertement, en particulier chez les Autrichiens, Jean Paul II a demandé à l’Autriche à qui revient la présidence de l’UE d’aider les pays candidats à l’entrée dans l’Union Européenne. «J’espère que ces pas utiles seront accomplis pour rapprocher l’Orient et l’Occident de ce continent. Ce sont ses deux poumons. L’Europe ne peut pas moins faire que de les réunir si du moins, elle entend respirer.» Et d’ajouter: «On ne devrait pas, de fait, parler d’un élargissement vers l’Est, mais plutôt d’une européanisation de l’ensemble du continent».

La réconciliation avec les juifs, un des devoirs fondamentaux des chrétiens d’Europe

Abordant ensuite l’aspect religieux de cet élargissement, Jean Paul II a lancé: «Europe, ouvre les portes au Christ !». «Cette exhortation, a-t-il souligné, n’est pas née d’une fantaisie imaginaire mais elle est fondée sur un réalisme ouvert à l’Espérance». Le pape a ensuite relevé que l’histoire européenne est étroitement liée à l’histoire du peuple d’où provient le Christ Jésus. «Le peuple juif a subi en Europe d’indicibles souffrances et nous ne pouvons pas affirmer que toutes les racines de ces injustices ont été éradiquées. La réconciliation avec les juifs fait donc partie des devoirs fondamentaux des chrétiens en Europe.»

Le pape, s’adressant ensuite directement aux «constructeurs de la nouvelle Europe», leur a demandé de créer un espace global européen de liberté, de justice et de paix en lieu et place de «l’île de bien-être occidental» en Europe. Et de plaider pour que les pays les plus riches fassent des sacrifices concrets pour combler graduellement sur le continent «le fossé inhumain» existant sur le plan du bien être. Etablissant un parallèle entre la globalisation économique et la «globalisation de la solidarité» qu’il préconise, ils les a invités à lutter contre «la globalisation de la pauvreté et de la misère».

Jean Paul II a alors défendu le droit au travail. «Je considère de mon devoir de me faire le porte parole des plus faibles en insistant sur le fait que le sujet du travail, c’est l’homme en tant que personne». En conclusion, Jean Paul II a adressé des messages destinés spécifiquement à l’Autriche, le premier portant sur l’accueil des réfugiés. Un sujet qui fait actuellement l’objet de fortes polémiques dans le pays. «Restez fidèles aux bonnes traditions de votre pays, a lancé Jean Paul II. Conservez, y compris pour le futur, la possibilité d’accueillir les étrangers qui doivent quitter leur patrie».

La «culture de la vie» contre une «culture de la mort» en expansion

Le pape s’est encore fait l’avocat d’une «culture de la vie», «l’un des objectifs de mon pontificat». Une culture qui s’oppose à la «culture de la mort en expansion». Et le Souverain pontife de mentionner explicitement l’euthanasie et la légalisation de l’avortement avant les trois premiers mois en vigueur en Autriche, «pour mon coeur une blessure sanglante». «Si l’on s’éloigne de la loi de Dieu, a-t-il conclu, qui garantira dès lors qu’une puissance humaine n’arrive pas un jour à revendiquer le droit de décider la valeur et la non valeur d’une phase de la vie humaine ?» (apic/imedia/jmg/be)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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