Suisse

Vierge consacrée, une vocation bien dans son temps

Il y a 50 ans, le 1er juin 1970, le pape Paul VI créait l’ordre des vierges consacrées. Une vocation encore méconnue, mais qui, de par son insertion dans le monde, fait pleinement sens à notre époque, témoigne Claire Jonard, vierge consacrée en Valais.

C’était peut-être la vendeuse du magasin, la médecin qui vous a soigné ou l’employée des chemins de fer qui a contrôlé votre billet. Les vierges consacrées sont environ 5’000 à vivre leur discrète mission à l’intérieur de la vie «normale», dans des diocèses des cinq continents. Cette vocation spécifique et originale permet en effet à des femmes de recevoir une consécration de la part de leur évêque diocésain tout en demeurant dans leur contexte de vie et non plus en intégrant une communauté monastique.

Une lampe allumée

Tel a été le choix de Claire Jonard. Aujourd’hui animatrice pastorale à Bagnes (VS). Elle a été consacrée en 2008 à Louvain-la-Neuve, en Belgique, son pays d’origine. La cérémonie était présidée par le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, décédé en mars 2019. Une prière de consécration a été prononcée, mais pas de vœux, contrairement à la pratique dans d’autres branches de la vie consacrée. Un «propos de virginité» est canoniquement l’équivalent des vœux. Lors de cette célébration, Claire a reçu quatre objets symboliques, des «insignes»: un voile, qui signifie qu’elle s’est mise au service de l’Eglise et du Christ, une alliance, symbole de son statut «d’épouse du Christ», une petite lampe, en rappel qu’il faut veiller et prier, et un bréviaire, dont les prières rythment traditionnellement le quotidien des vierges consacrées.

Claire Jonard travail pour les Paroisses de Bagnes-Vollèges-Verbier | © Raphaël Zbinden

Juste «aimer le Christ»

Depuis l’âge de 20 ans, la Belge avait senti l’appel du Seigneur, sans savoir exactement quelle réponse lui donner. «Ce n’était pas un chemin tout droit, j’ai beaucoup recherché avant de choisir cette voie», explique-t-elle. Ce dont elle était sûre, c’était de vouloir être dans le monde, parmi ses frères et sœurs, pour les accompagner dans leur vie quotidienne, notamment dans les moments douloureux. Après avoir visité plusieurs communautés religieuses, la vocation de vierge consacrée lui a paru la plus pertinente pour elle. «Ce que je voulais c’était en même temps donner ma vie pour Dieu et être là pour tous, accueillir inconditionnellement chacun».

Certes, les vierges consacrées n’ont pas de charisme, de spiritualité spécifique, ni de ministère. Et elles sont obligées de se «débrouiller» dans le monde, sans le soutien spirituel, psychologique ou «logistique» d’une communauté. Des éléments qui peuvent a priori décourager des candidates. Mais Claire a été convaincue par une vierge consacrée qui lui a dit: «Je n’ai pas besoin d’une spiritualité particulière, j’aime le Christ, un point c’est tout».

«Expertes en humanité»

L’animatrice pastorale voit ainsi davantage sa mission dans «l’être» que dans le «faire». Son célibat est une manière de se donner entièrement à Dieu. Sa vie sociale, son métier, des instruments à travers lesquels le Christ peut se «transfigurer».

Elle a ainsi été très touchée par les paroles du pape, qui s’est adressé le 1er juin 2020 aux vierges consacrées, à l’occasion des 50 ans du rétablissement du rite liturgique. Une rencontre annulée à cause de la situation sanitaire. Le pontife les a notamment incitées à «ne pas se rendre étrangères» au milieu dans lequel elles vivent et où elles sont «appelées à donner leur témoignage». Claire a beaucoup apprécié que le pape les qualifient «d’expertes en humanité». «Nous tentons d’avoir un cœur qui bat au rythme des femmes et des hommes que nous côtoyons», assure l’animatrice pastorale.

Claire Jonard, lors de sa consécration, en 2008 | © dr.

Elle est également d’accord avec les propos du pape selon lesquels la vocation des vierges consacrées «met en lumière la richesse inépuisable et multiforme des dons de l’Esprit». Car il y a de multiples manières de vivre cette mission, note-t-elle, mentionnant les métiers très divers exercés par ces femmes en Suisse et dans le monde. Certaines sont en outre plus portées vers la contemplation, d’autres vers l’action.

Une Eglise «dans le monde»

Certes la vie communautaire manque un peu à Claire Jonard. «Mon appel n’était pas un point dans le temps, il continue. Et mon attachement à l’Eglise a tellement crû depuis ma consécration qu’il me manque parfois de partager mes moments de prière». Pour autant, elle relève des instants de sa mission qui l’ont confortée dans son option «en solitude». Par exemple lorsqu’elle a accompagné les camarades de classe d’une petite fille décédée d’une tumeur au cerveau. Ou quand elle a ressenti, lors d’un pèlerinage, que les jeunes avec lesquels elle se trouvait faisaient une réelle expérience de Dieu. Ou encore lorsqu’elle reçoit des courriels de personnes intéressées par la vocation de vierge consacrée. Claire Jonard estime ainsi que cette vocation a le vent en poupe. «Même si cette voie de la vie consacrée n’est bien sûr pas plus valable qu’une autre, je pense qu’elle est bien adaptée à notre époque. Comme l’Eglise n’est plus omniprésente, loin de là, il est important que le message du Christ soit transmis là où se trouvent les personnes. Et cela, beaucoup de jeunes le comprennent». (cath.ch/rz)

Une vocation «ressuscitée»
Dès les premiers siècles du christianisme, des femmes étaient consacrées à Dieu par leur évêque. Elles menaient une vie de prière et de don aux autres tout en restant dans leur famille. Sainte Geneviève de Paris, qui a vécu au Ve siècle, en est un exemple. Après le développement de la vie monastique puis des congrégations religieuses, les vierges consacrées dans le monde subsisteront parallèlement aux moniales mais deviendront de plus en plus rares. La réforme liturgique ayant suivi Vatican II (1962-1965) a ouvert, dès 1970, de nouveau cette possibilité à des femmes vivant dans le monde.

L’ordre des vierges consacrées n’a pas d’autre fondateur ou fondatrice que l’Église elle-même, qui a puisé son inspiration dans le mystère de Marie. À la différence des ordres religieux, l’ordo virginum n’a ni règles ni structures communautaires, mais ses membres sont consacrées par l’évêque diocésain. Un instruction publiée en 2018 par la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, intitulée Ecclesiae Sponsae Imago, est venu encadrer la mission des vierges consacrées.

On en compte actuellement plus de 5’000 dans le monde, plus de 500 en France et une soixantaine en Suisse. (avec catholique.fr) RZ

Claire Jonard est devenue vierge consacrée en 2008 à Louvain-la-Neuve (Belgique) | © dr.
4 juin 2020 | 17:00
par Raphaël Zbinden
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