Deux importants dissidents figurent parmi eux: contraints à l’exil
Vietnam: Amnistie pour plus de 5’000 prisonniers
Hanoi, 6 septembre 1998 (APIC) Quelque 5’000 détenus ont été amnistiés par le gouvernement vietnamien, à l’occasion de la fête nationale, le 2 septembre dernier. Parmi eux figurent le pédagogue Doan Viet Hoat, le médecin Nguyen Dan Que, et le mathématicien Trinh Tri Sieu. Le gouvernement a posé comme condition de la libération des deux premiers qu’ils quittent le pays.
Doan Viet Hoat, qui a de la famille à Minneapolis (Etats-Unis, Minnesota), a été contraint d’accepter. Au cours de son voyage il a déclaré aux journalistes qu’il «voulait rester», mais qu’on «ne le lui a pas permis». Un porte-parole du ministre des Affaires étrangères a pour sa part déclaré que le médecin, membre d’Amnesty International, est actuellement en visite chez des parents.
Les deux personnalités sont des figures de proue de la dissidence démocratique du Vietnam. Ces dernières années, leur libération a été réclamée par des organisations humanitaires, par la Communauté européenne, et par le gouvernement américain. Doan Viet Hoat, 55 ans, avait été condamné en 1993 à 15 ans de prison pour avoir fait imprimer et diffuser le bulletin intitulé «Forum de la Libertéé», (Dien Dan Tu Do). Il réclamait la démocratie et le pluralisme comme remèdes aux maux qui frappent le Vietnam. Nguyen Dan Que, 56 ans, avait été condamné en 1991 à 20 ans de réclusion pour avoir distribué des tracts réclamant le pluralisme et le respect des droits de l’homme.
Le moine bouddhiste Trinh Tri Sieu, mathématicien et historien renommé, est une autre personnalité très en vue. Après sa libération il a décidé de rester à Saïgon, comme hôte de la pagode Gia-Lam. Le bonze avait été arrêté en 1984, en même temps que 20 autres religieux membres de l’Eglise Bouddhiste unifiée, qui réclame la fin du contrôle gouvernemental sur les religions. En mai dernier, un appel de plusieurs Prix Nobel, dont le Dalaï Lama, avait demandé la libération de tous les religieux emprisonnés au Vietnam.
Un signal?
L’annonce de l’amnistie et la libération des dissidents a été saluée par les diplomates et les organisations humanitaires comme un «pas positif». L’organisation «Human rights watch» (HRW) dit espérer que «cela oit le signal d’un changement de direction au Vietnam» et elle a demandé «la libération de tous ceux qui sont encore détenus et que cessent les restrictions imposées à la liberté des autres personnalités ayant osé parler en faveur d’une plus grande démocratie, et de la liberté d’expression, d’association, et de réunion».
Sidney Jones, directrice de HRW, section Asie, estime que cette amnistie n’amènera pas la libération des centaines de dissidents actuellement emprisonnés pour «raisons administratives». Ce chef d’accusation implique un emprisonnement de deux ans sans procès et sans sentence. Selon Hanoï, toutes ces personnalités ont été emprisonnées non pour avoir revendiqué la liberté d’expression, ou de religion, mais pour avoir «conspiré à renverser le gouvernement».
Certains universitaires spécialistes du Vietnam font quant à eux remarquer que «Hanoï ne cherche pas la libéralisation, mais la suppression de l’opposition», en poussant ses ténors à l’exil. Il n’en demeure pas moins que les problèmes actuels du pays – corruption des chefs, effondrement économique, crise du marxisme, crise boursière en Asie, diminution des investissements étrangers – rendent plus précaire le pouvoir du gouvernement vietnamien. Il est en effet partagé entre les tenants d’une plus grande libéralisation et les partisans d’un plus grand contrôle social. (apic/fides/pr)



