Vietnam: Appel «subversif» à la liberté religieuse?
Quatre leaders religieux interpellent le régime de Hanoi
Hanoi, 28 janvier 2001 (APIC) Les religions demandent plus de liberté et le régime refuse catégoriquement: quatre personnalités religieuses du Vietnam ont publié une déclaration sur la politique du Parti communiste en matière religieuse dans ce pays.
Datée du 27 décembre 2000, mais rendue publique cette semaine par l’Agence Fides à Rome, celle-ci demande aux autorités communistes vietnamiennes la reconnaissance des droits de l’homme telle que prônée par l’ONU, la liberté religieuse, la restitution des biens confisqués, la fin de l’ingérence du Parti dans les affaires intérieures des religions.
La déclaration est signée par deux prêtres catholiques, l’abbé Nguyen Van Ly (Hué), et le Père Chan Tin, rédemptoriste, par un responsable régional du bouddhisme unifié, le vénérable Bhikkhu Thich Thien Hanh, et par une personnalité du bouddhisme Hoa Hao, Lê Quang Liem.
Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, Le Kha Phieu, a mis en garde contre des tentatives faites par des «forces hostiles» pour renverser l’ordre constitué et effriter le régime socialiste; Phan Yan, Premier ministre, a pour sa part ajouté que «nos ennemis se servent de la religion et des droits de l’homme pour miner la stabilité du régime».
«Depuis sa conquête du Sud-Vietnam, le 30 avril 1975, le Parti communiste vietnamien a imposé un régime inhumain vis-à-vis des religions», écrivent notamment les signataires. La déclaration rappelle plusieurs faits et des mesures prises dans ce domaine: la confiscation «de nombreuses institutions et propriétés appartenant aux différentes religions; de nombreux documents à caractère juridique ont été promulgués aux fins de limiter et supprimer toute activité religieuse de façon inhumaine; des manoeuvres d’amalgame et de fausse accusation ont été montées aux fins d’assigner à résidence et d’emprisonner les dirigeants religieux qui s’opposent à la politique de répression et de destruction des religions, politique qui se poursuit de façon cruelle depuis 1975 jusqu’à ce jour; des tentatives d’infiltration ont été perpétrées pour saper les religions de l’intérieur, pour diviser leurs rangs et politiser leurs objectifs….»
Revendications
Les auteurs de la Déclaration pensent que «le moment est venu de lancer cet appel pour exiger des autorités communistes vietnamiennes un changement d’attitude». Ils leur demandent notamment de *respecter scrupuleusement le droit des religions à une véritable liberté religieuse… à savoir la liberté et la totale indépendance des dirigeants des religions dans le choix, la formation, la nomination de leurs religieux et responsables… ; de respecter le droit à la liberté de croyance de tout citoyen vietnamien en supprimant désormais toute mention de l’appartenance religieuse dans tout document administratif… ; de restituer aux différentes Eglises leurs institutions et propriétés qui, depuis 25 ans, ont été confisquées, nationalisées ou injustement ’cédées’ à l’Etat sous la coercition… ; de mettre un terme à toute manoeuvre ou complot visant à étouffer et à étrangler les religions ; de mettre un terme à toute tentative d’ingérence dans les affaires intérieures des religions… ; de libérer sans condition les religieux, séminaristes, personnalités et responsables religieux déjà condamnés ou encore emprisonnés dans les centres de détention ; de respecter les différentes clauses de la Convention Internationale sur les Droits de l’Homme du 24 septembre 1984… à laquelle l’Etat Communiste vietnamien a souscrit en tant que membre».
Un des signataires de la déclaration, l’abbé Thaddée Nguyen Van Ly, prêtre de l’archidiocèse de Hué, est toujours en résidence surveillée. Quant à l’abbé Van Ly, qui, au mois de décembre dernier, a lancé une campagne pour la défense de la liberté religieuse, il a reçu la visite du vénérable Thich Hai Hoa, dirigeant du bouddhisme unifié, venu l’assurer de sa solidarité. (apic/cip/fs/pr)




