Visite à Moscou de Mgr Kasper annulée: «L’Eglise ne veut pas faire de prosélytisme»
«Malentendu», «réaction exagérée», commente le cardinal Kasper
Rome, 17 février 2002 (APIC) La décision du patriarcat de Moscou d’annuler la visite du cardinal Kasper programmée de longue date a été qualifié par le même cardinal de «malentendu» et de «réaction exagérée». Les réactions de Moscou sont de «disproportionnées», a-t-il estimé. Les réactions sont vives jusqu’à la Douma. Le vice-président de celle-ci Vladimir Jirinovski, connu pour son ultra-nationalisme, a demandé que la Russie n’accorde pas de visa d’entrée aux représentants du Saint-Siège ou de diocèses catholiques.
«L’Eglise catholique ne veut pas faire de prosélytisme» en Russie, commente le cardinal Kasper qui déclare ne pas «comprendre» la réaction «exagérée» du patriarcat de Moscou à la nouvelle du passage des «administrations apostoliques» catholiques au statut de «diocèses».
La décision de l’Eglise de transformer les quatre «administrations apostoliques» de Russie en structures de «diocèses» a provoqué de vives réactions de la part de membres du patriarcat orthodoxe de Moscou et le report sine die de la visite du cardinal Kasper à Moscou prévue de longue date pour la semaine prochaine. Le directeur de la salle de presse du Saint- Siège est également intervenu. Quant à la Douma, elle a été saisie par des ultra-nationalistes à ce sujet.
Le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des Chrétiens s’est dit profondément désolé de la réaction orthodoxe russe. «Vraiment, a-t-il dit à Radio Vatican, je ne la comprends pas. Pour nous en effet l’érection des administrations apostoliques en diocèses correspond plus ou moins à un acte administratif, une formalité. Le nom change mais en substance rien en change: mêmes personnes, même territoire. A nos yeux, cette réaction apparaît exagérée et disproportionnée. Peut-être au fond y a-t-il un malentendu fondé sur une compréhension différente du concept de «métropole». Pour l’Eglise orthodoxe russe, la «métropole» est une structure juridique très importante, tandis que pour nous, c’est une chose normale».
Refus du prosélytisme
Pour ce qui est de l’accusation de prosélytisme, le cardinal Kasper répond: «Les orthodoxes suspectent que nous voulions faire du prosélytisme: mais telle n’est pas la ligne de conduite de l’Eglise catholique. Nous voulons des relations normales entre les Eglises, et il ne nous intéresse pas d’attirer des fidèles orthodoxes dans notre Eglise. Nous respectons la liberté de conscience et de religion. Certes, si un orthodoxe voulait, pour des raisons que lui (dicte) sa conscience, devenir catholique… mais ce n’est pas notre intention».
Le cardinal a encore souligné le principe de réciprocité: «Nous avons fait ce qu’eux ont fait, par exemple en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Amérique latine: eux aussi ont des structures parallèles, des diocèses… Ils sont bienvenus chez nous parce qu’ils doivent prendre soins de leurs fidèles. Il y a aussi des catholiques qui deviennent orthodoxes: nous devons reconnaître la liberté de conscience. Nous espérons par conséquent qu’ils fassent de même».
Réaction nationaliste à la Douma
Les récentes déclarations de la hiérarchie russe ont également provoqué une réaction nationaliste à la Chambre basse du Parlement russe, la Douma. L’assemblée a en effet demandé le 15 février que son Comité pour les associations et organisations religieuses étudie «la situation créée» par le soi-disant «prosélytisme actif de l’Eglise catholique sur des territoires traditionnellement orthodoxes», indique l’agence russe Itar- Tass. L’initiative de cette résolution revient au vice-président de la Douma, Vladimir Jirinovski, connu pour son ultra-nationalisme. Il va jusqu’à demander que la Russie n’accorde pas de visa d’entrée aux représentants du Saint-Siège ou de diocèses catholiques.
Le droit des catholiques à s’organiser
De son côté, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque du nouveau diocèse «de la Mère de Dieu» à Moscou, rappelle dans un communiqué de la Conférence des évêques catholiques de la Fédération russe, le droit des catholiques comme de toutes les communautés religieuses, à «s’auto-organiser».
«Le changement de statut des structures de l’Eglise catholique en Russie et l’institution de la province ecclésiastique ne peut être considérée comme la création d’une nouvelle structure catholique parallèle à l’Eglise orthodoxe russe», explique-t-il. (apic/zn/imed/pr)



